Portrait

Sarah Oussekine / La voie rebelle

Antiraciste et antisexiste, elle milite avec l'association Voix d’elles rebelles depuis dix-huit ans.
Sarah Oussekine, antiraciste et  antisexiste convaincue
Sarah Oussekine, antiraciste et antisexiste convaincue


Un casque de cheveux bouclés surmonte un visage rond dont les yeux lancent fréquemment des éclairs. De rire ou de colère. Telle apparaît Sarah Oussekine dans les locaux de son association, Voix d’elles rebelles, au cœur de la cité Gabriel-Péri. « Nous sommes arrivées ici en 1995 », rappelle-t-elle. Mais Sarah s’est engagée depuis bien plus longtemps.


Après la Marche des Beurs, en 1983, elle milite contre le racisme et le sexisme, « aussi bien au sein des familles que dans la société », précise-t-elle. D’abord avec les Nanas beurs, à Boulogne. C’est lorsque cette association décide d’ouvrir une antenne dans le 93 qu’elle découvre Saint-Denis. L’antenne ouvre, de nombreuses femmes d’horizons divers accourent et il est alors décidé de changer de nom. « Nous accompagnons toutes les femmes et jeunes filles victimes de violences. » Avec toujours la recherche de la dignité. « Nous voulons les amener à devenir citoyennes, à prendre confiance en elles, à ce qu’elles aient le respect d’elles-mêmes. »


Sarah marche à la colère, à l’indignation. « Ça me met en rage de voir ces femmes victimes de manipulateurs pervers, y compris dans leurs couples ! Et comme la violence augmente avec la précarité, ça ne s’arrange pas. D’autant qu’on a de moins en moins de moyens… » Mais elle n’est pas du genre à baisser les bras. Jamais.


Fille d’ouvrier, dont les parents sont venus d’Algérie dans les années 1950 après que le père a combattu durant la deuxième Guerre mondiale (et le grand-père durant la première…), Sarah vit d’abord le racisme ordinaire, quotidien, sournois. « Diffèrent de celui d’aujourd’hui, mais pas moins fort. Ni plus. » À l’époque, on ne parlait pas d’intégration, mais plutôt d’assimilation. C’est-à-dire effacer les traces d’ailleurs.


Puis surgit cette funeste nuit du 5 au 6 décembre 1986. Son frère Malik est battu à mort par des policiers à la suite d’une manifestation d’étudiants. À ce souvenir, Sarah garde un court instant le silence. Puis, la voix se fait moins forte. « Ça a changé ma vision du monde », souffle-t-elle. « La vie n’avait plus de sens. Après la parodie de procès qui a suivi, je me suis rendue compte que, dans ce pays qui est le mien, où je suis née, je serai toujours une citoyenne de deuxième zone. » La voix se raffermit : « Et je ressens encore cela aujourd’hui. »


Adolescente, elle tombe en dépression, l’horizon se bouche. Mais, à la faveur d’une rencontre avec des militantes féministes, elle remonte à la surface. « Pour sortir de cette crise identitaire, il faut prendre conscience de ses propres valeurs, prendre le temps de les reconnaître. »


C’est, depuis, ce qu’elle s’attache à transmettre aux autres. « Il faut se questionner en permanence, découvrir le sens de sa vie. Il ne s’agit pas de choisir un camp mais de se retrouver. » Car si la colère est toujours présente, parfois violente, Sarah refuse la haine. « C’est l’appartenance à un groupe, à un clan, qui l’alimente. »


Au moment de se quitter, elle salue plusieurs femmes venues à Voix d’elles rebelles. « Ce qui m’intéresse, c’est l’être humain. Ces femmes en difficulté m’ont aidé à mieux comprendre mon histoire et moi-même… » Un temps, puis elle reparle des autres, de ces femmes de terrain qui l’accompagnent. « Nous sommes des résistantes ! », lance-t-elle dans un grand rire libérateur.


Benoît Lagarrigue

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