En ville

Sémard, une page se tourne

Un ensemble de 92 logements sociaux a été inauguré, après quinze mois de chantier, dans le flambant neuf îlot Pottier-Timbaud, le 6 juin.

Du 15 juin au 22 juillet, une page se tournera dans l’histoire du quartier Pierre-Sémard. À raison de deux déménagements par jour, la vieille barre d’immeuble au 8-10-12, rue Gaston-Monmousseau sera désertée par ses derniers locataires, une cinquantaine de familles, qui s’en iront poser leurs pénates, quelques dizaines de mètres plus loin, dans le flambant neuf îlot Pottier-Timbaud.

Habillage en bois et toit végétalisé

Après quinze mois de chantier, et à une semaine de l’arrivée de ses premiers habitants, cet ensemble de 92 logements sociaux a été inauguré le samedi 6 juin par son maître d’ouvrage et bailleur, Plaine commune habitat (PCH). Le maire Didier Paillard, le député et président de Plaine commune, Patrick Braouezec, le président de PCH et maire adjoint Stéphane Peu, et le conseiller régional Stéphane Privé, chacun a retracé tour à tour le montage du projet, dans le cadre d’une opération de rénovation urbaine, subventionnée par l’Anru (Agence nationale de rénovation urbaine) à 15 %. L’essentiel de la facture, 13,6 millions d’euros, ayant été supporté par PCH (65 %), avec l’appui de la Région (13 %) et de Plaine commune (7 %).
Accolés autour d’un espace vert, les six immeubles, d’un à cinq étages, ont été conçus par deux ateliers d’architectes, Jacques Soucheyre, déjà auteurs de nombreux programmes de logements à Saint-Denis, et le studio Milou. Entre autres originalités, un habillage en bois a été réalisé par l’un sur les derniers étages, et par l’autre comme un écran dressé sur les façades. Et un toit végétalisé est prévu sur les bâtiments les plus bas. Terrasse, balcon ou jardin privatif, tous les logements bénéficient d’un prolongement extérieur. Doté de locaux collectifs et d’une loge de gardien, l’îlot abritera prochainement la PMI, aujourd’hui logée dans sa vieille bâtisse d’origine.

Au tour de l’autre barre en 2011

« On a fait jusqu’à trois propositions par locataire, explique Salem Bakhun, qui est en charge des relogements à PCH. On s’était engagé à les maintenir dans la même typologie de logement, du moins jusqu’au F3. Après, c’est plus délicat à cause du loyer, si l’on veut maintenir un taux d’effort identique. La hausse du loyer étant compensée, avec une meilleure isolation, par la baisse des charges de chauffage. » Les engagements du bailleur avaient fait l’objet d’une charte de relogement, comme celle qui a été signée le 6 juin, avec l’amicale des locataires, pour les habitants de l’autre vieille barre, au 23-25-27 rue Gaston-Monmousseau. Elle devrait être vidée fin 2011 pour une démolition début 2012.
Marylène Lenfant

Mémoire d’habitants en textes et en images

« L’amour du quartier »

« J’ai été sidéré de la chaleur de l’accueil. » Jean-Christophe Bardot est l’un des deux photographes du collectif du Bar Floréal, à observer depuis l’automne 2007 la vie du quartier. Et plus précisément, celle des habitants du 8-10-12, rue Gaston-Monmousseau. L’exercice qui leur était demandé par Plaine commune habitat, et qu’ils poursuivront jusqu’au chantier de démolition de cette vieille barre à l’automne prochain, n’était pourtant pas des plus faciles. Il s’agissait de suivre le déménagement des familles, 90 sur les 160 que compte l’immeuble, qui avaient fait le choix d’un relogement hors du quartier.
« Il fallait se faire accepter. Ils se demandaient à quoi ça allait servir. Peu à peu, il y a eu une confiance, ils nous recommandaient à d’autres. Et alors qu’on venait faire des photos, les gens nous racontaient des tas de choses. Mais collecter des paroles n’était pas notre boulot. » Ainsi, pour restituer à ces portraits une parole qui ne demandait qu’à s’exprimer, PCH allait-il solliciter Mots et Regards, une association de « récolteurs » bénévoles, qui intervient depuis janvier 2008. « On est cinq, chacun avec ses méthodes. On a été beaucoup au pied des immeubles, puis on a commencé à entrer chez les gens, à être reçus plus volontiers », raconte Katie Bournine, directrice de l’association, et Catherine Serre-Albeffard. « Les gens ne se rendent pas compte de la richesse qu’ils représentent. Leur première réaction, c’était?: “ce que j’ai à dire n’est pas très intéressant”. » Leur principal constat, auprès de toutes les générations, c’est « un attachement au quartier qui ne correspond pas à la vision qu’on en a a priori. C’est le village Monmousseau, le village Henaff, avec des gens qui s’entraident. On nous a même raconté qu’autrefois les huissiers repartaient bredouilles, parce que les meubles et la télé étaient chez les voisins ». Parmi les plus anciens dans ces cités édifiées voici cinquante ans, « l’amour du quartier est né au début quand il y avait à côté des champs, des vergers, des jardiniers qui donnaient des légumes. Mais même les jeunes le disent?: “Si on devait quitter le quartier, ce serait pour partir de Saint-Denis” ».
Ce travail de collecte s’est prolongé à l’école Roger-Sémat par un atelier avec des élèves de CE1 puis de cours moyens. Par la bouche de ces enfants, les paroles moissonnées ont été restituées aux habitants en avril à l’occasion d’un carnaval, et lors de l’inauguration. Ainsi se sont dites entre générations « des choses qu’on n’a pas le temps de se raconter dans les familles ».

Entre excitation et angoisse

Autre expression saillante, « l’inquiétude ». « C’est la femme qui nourrit les chats qu’elle craint de voir partir avec la démolition de la barre. Ou bien c’est un vieux couple qui vit le déménagement comme une expulsion. Après quarante-huit ans dans leur appartement, ils n’arrivent pas à mettre leurs affaires dans les cartons. » On s’interroge aussi sur « les gens de l’extérieur » qui vont loger dans les nouveaux immeubles, parce « ça va transformer les rapports entre les gens ». Ces paroles, que Mots et regards devrait recueillir au moins jusqu’à la fin 2009, évolueront sans doute une fois franchi le pas de l’inconnu.
En attendant, plus l’échéance s’approche, plus les craintes s’avivent. Le 6 juin, parmi les futurs locataires de l’îlot Pottier-Timbaud, Koula et Rosa se sont fait entendre des représentants de PCH. Elles contestent les augmentations de loyer, bien plus importantes que promis, disent-elles, le coût de la place de parking, qui devait être gratuite. Des différends qu’une responsable de PCH s’est engagée à aplanir avec elles. Mais il y aussi les chambres, trop petites, où elles ne pourront caser leurs grandes armoires. « Et nos ados, c’est là qu’ils vivent, qu’ils reçoivent leurs copains. Ils ont tout dans leur chambre?! »
Également très critiqué, « le vis-à-vis » qui leur était inconnu. « Là, sur ma terrasse, je vais tout barricader. » Elles jugent aussi insuffisants les 300 euros offerts par PCH pour un nouvel appareil de cuisson, non plus au gaz, mais électrique. Après dix-neuf ans à Pierre-Sémard, « j’ai voulu rester ici à cause de mon fils. Je n’ai pas envie qu’il aille se mêler à d’autres bandes », précise finalement Koula. « Le problème, c’est que ce déménagement n’a pas été voulu au départ, résume une responsable de PCH. Et pour les personnes âgées, c’est un déracinement profond. » C’est ainsi, malgré la laideur de la vieille barre, de son manque de confort, et malgré l’agrément apporté au quartier par le nouvel îlot. « Une jeune femme nous a dit, rapporte Katie Bournine, “ce déménagement, c’est comme quand on part en voyage. On est à la fois excité et angoissé” ».
M.L.

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