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/ Regard de policier sur la banlieue

Commissaire divisionnaire à la retraite, Hervé Pierre publie son sixième ouvrage, Les banlieues et territoires abandonnés. Pourquoi rien ne change ? Pour cet essai, il s’est appuyé sur le témoignage d’une Dionysienne, Françoise Gourdon.
Dans Les banlieues et territoires abandonnés. Pourquoi rien ne change ?, Hervé Pierre offre sa vision du fonctionnement de la police en France.
Dans Les banlieues et territoires abandonnés. Pourquoi rien ne change ?, Hervé Pierre offre sa vision du fonctionnement de la police en France.

 

Le JSD : Pourquoi ce dialogue avec Françoise Gourdon ?

Hervé Pierre : J’avais rencontré Françoise lors de l’écriture de mon livre précédent Petits trafics et grandes dérives (Éditions First, 2017) dans lequel je décrivais la situation de Saint-Denis, sans chercher à trouver des explications. Il y a six mois, j’ai proposé à Françoise de m’envoyer des documents pour voir si l’on ne pouvait pas écrire un pamphlet, un essai un peu incisif. J’ai utilisé les documents compilés par Françoise Gourdon, notamment des articles du JSD.

Le JSD : Quel est votre constat sur le fonctionnement de la police en France ?

HP : J’ai toujours fait des études comparatives de polices de différents pays. La police agit différemment en fonction de la société dans laquelle elle évolue. La plupart des pays qui nous entourent règlent les problèmes de sécurité au niveau des communautés d’agglomération ou des communes. La France a une police beaucoup trop centralisée. C’est un des rares pays en Europe à vouloir régler la police locale par la police étatique. La loi qui dit que la police des villes de plus de 10 000 habitants serait effectuée par la police d’État, c’est une loi de Vichy ! C’est une vision très autoritaire.
 

« La police du quotidien, c’est la même qu’en 1999. »

Le JSD : Il va falloir innover donc ?

HP : Les élites ne se rendent plus compte qu’une partie des Français représente une classe désargentée qui vit en dehors de la loi pour pouvoir vivre. Est-ce que la France ne se condamne pas à acheter sur l’ensemble de son territoire la paix sociale ? Si c’est le cas, comment allons-nous faire puisque ce modèle-là fait appel à un État qui distribue de l’argent et qui s’endette donc ?… Il faut que nous ayons le courage de tout remettre à plat.

Le JSD : Qu’est-ce que vous préconisez ?

HP : Il faut des gens de terrain. Les outils existent déjà plus ou moins. On pourrait imaginer des magistrats nationaux à qui on adjoindrait des personnalités locales, membres associatifs, pour agir ensemble. Ces outils existent mais ils sont éclatés. Il n’y a pas d’organe supérieur qui gère tout ça. Je me réjouis d’ailleurs que Saint-Denis profite de la PSQ (Police de sécurité du quotidien). Mais il y a des limites. Le gouvernement avance le chiffre de 10 000 policiers recrutés avant la fin du mandat de Macron, or cela ne couvre même pas les départs en retraite. On ne pourra pas reconquérir le terrain avec les moyens actuels. La police du quotidien, c’est la même qu’en 1999. Elle avait capoté parce qu’il n’y avait pas les moyens. Aujourd’hui, avec la dégradation du terrain, il faudrait trouver 40 milliards pour la justice et la police. Il faut aussi impliquer les pouvoirs locaux et que cela entraîne des changements au niveau législatif.
 

Propos recueillis par Maxime Longuet

Les banlieues et territoires abandonnés. Pourquoi rien ne change ? éditions HD, 109 pages, 19€.

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