En ville

LE DÉBAT DE LA SEMAINE
/ Quel système d’accueil pour les réfugiés en France ?

À l’heure où la politique d’immigration française fait l’objet de débats à l’Assemblée nationale, élus et associations ont dénoncé samedi 5 octobre, lors d’une conférence de presse à la Plaine, l’inaction de l’État face aux conditions de vie des réfugiés de l’avenue du Président-Wilson, de la Porte de La Chapelle et dans le reste du nord-est parisien.
Avenue du Président-Wilson, les campements s'accumulent. © Yslande Bossé
Avenue du Président-Wilson, les campements s'accumulent. © Yslande Bossé

« Regardez autour de nous, que peut-il exister de pire comme conditions de vie ? », a alerté le maire de Saint-Denis Laurent Russier. Lors d’une conférence de presse organisée près des campements de l’avenue Wilson samedi 5 octobre pour dénoncer « la situation humanitaire catastrophique » qui sévit dans le nord-est parisien, l’élu, aux côtés du député de la 1re circonscription de la Seine-Saint-Denis Éric Coquerel (LFI) et du Collectif Solidarité Migrants Wilson, a mis à mal la politique d’accueil des personnes réfugiées en France. L’édile a signalé la situation de « saturation » qui sévit depuis plusieurs années dans sa commune, à Paris ainsi qu’à Aubervilliers et Saint-Ouen.

« Entre 2 000 et 3 000 personnes errent dans les rues dans le nord-est de Paris. Elles sont entre 300 et 500 à Saint-Denis selon France terre d’asile », a avancé l’élu. Environ 260 tentes sont en effet implantées sur la couverture de l’autoroute A1, d’après l’association humanitaire. « Nous demandons que l’État prenne ses responsabilités », a continué Laurent Russier, qui a aussi fustigé les « inégalités criantes » dans les opérations de mise à l’abri en Seine-Saint-Denis et appelé à une « réécriture du règlement de Dublin ».

De son côté, Éric Coquerel a estimé qu’avec le débat parlementaire en cours sur l’immigration, Emmanuel Macron voulait « faire peur et détourner l’attention des Français ». « Il n’y a pas de problème d’immigration en France. Il y a un problème d’accueil des migrants. Nous sommes un des seuls pays d’Europe à ne pas avoir une politique d’accueil digne de ce nom, a affirmé le député de la France insoumise. Il faut créer un statut de réfugiés pour détresse humanitaire et climatique. » Lundi 7 octobre, lors du débat sur l’immigration à l’Assemblée nationale, Stéphane Peu, député de la 2e circonscription de la Seine-Saint-Denis, a attiré l’attention du gouvernement sur « la situation scandaleuse de la Porte de La Chapelle » et appelé à l’hébergement et à l’accueil digne des « 3 000 êtres humains stockés aux confins de Saint-Denis et d’Aubervilliers ».

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« Manque d’humanisme »

Le collectif Solidarité Migrants Wilson a par la voix d’une de ses bénévoles, Marion, résumé le travail colossal effectué par ces groupes d’habitants de la Plaine qui viennent en aide aux réfugiés depuis 2016. « Nous avons distribué plus de 300 000 repas, organisé des cérémonies pour les morts, aidé les personnes diabétiques, les femmes enceintes, les traumatisés de guerre ». Le collectif a également évoqué la verbalisation à laquelle font face les aidants, les 50 000 heures de bénévolat déjà écoulées au détriment de « leurs vies personnelles », puis la grève « historique » en avril d’une quinzaine d’associations et collectifs de soutien aux réfugiés. Certains riverains ont bravé la pluie matinale pour assister à une conférence de presse où ils ont pu directement interpeller les élus. « Pourquoi accepte-t-on que les migrants viennent ici ? Avant c'était une avenue fantastique », a lancé une habitante à Laurent Russier. « Pourquoi ne pas réquisitionner des bâtiments qui appartiennent à l’État ? », l’a questionné un autre.

Jean Giovanni, ingénieur dans le bâtiment et résident de la Plaine depuis 30 ans, a quant à lui insisté sur le « manque d’humanisme de la politique migratoire française ». « Saint-Denis était à l’époque le berceau du christianisme. Comment est-il possible qu’on n’arrive pas à résoudre ce problème-là qui est si simple ? », a-t-il questionné avant d’avancer ses solutions : « Créer plusieurs lieux d’accueil à Saint-Denis et dans le département ». Pour Gunsaba, une autre riveraine, « la situation se dégrade. Les migrants sont de plus en plus nombreux. Avec la colline du crack, certains prennent leur première consommation. On a l’impression que rien n’est fait ». 

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120 000 demandes d’asile

Avenue Wilson, les tentes s’accumulent sur les terre-pleins et dans les squares de jeux pour enfants. Les réfugiés d’Afghanistan, principal pays d’origine des demandeurs d’asile, sont revenus sur la principale artère du quartier. « La situation est difficile ici, on veut une maison », a timidement soufflé l’un d’eux, présent en France depuis quatre mois. Il y a trois semaines, un incident est survenu tout près des campements, à l’intérieur de la médiathèque Don Quichotte où les personnes migrantes ont la possibilité de venir se réchauffer et charger leurs téléphones.

« Un monsieur qui avait mis son portable à charger se l’est fait voler. Il a perdu le contrôle de lui-même et ne voulait pas partir de la bibliothèque. On a dû évacuer tout le monde. Puis il a fini par prendre un bâton et casser de fureur la porte d’entrée. C’est un incident regrettable. Après, plusieurs migrants sont venus s’excuser », a raconté Florence Maillet, assistante à la médiathèque. Pour l’année 2018, 120 000 demandes d’asile ont été enregistrées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Plus de 46 700 demandes ont été acceptées.

Yslande Bossé
 

La halte humanitaire reste ouverte pour l'hiver

Le centre d'accueil de jour mis en place par les villes de Saint-Denis et de Paris en juin dernier va rester ouvert pour l'hiver. Le site prêté par la Compagnie de Phalsbourg devait fermer ses portes le 31 août. L'espace qui accueille des personnes migrantes à la rue, notamment celles qui errent Porte de la Chapelle a été fermé pendant une semaine la semaine dernière « pour cause de travaux en vue de la préparation de l'hiver », a précisé Marie Cougoureux, chef de service de cette halte de jour, pour la Fondation Armée du Salut. La halte humanitaire devrait rester ouverte aux migrants jusqu'en mars 2020. 

Réactions

"Il faut créer un statut de réfugiés pour détresse humanitaire et climatique" ??? Trois milles citoyens soudanais et érythréens errent au nord de Paris à Saint-Denis à Aubervilliers et à Pantin. Ce sont des hommes refusant d'accomplir leur service militaire. Ils n'étaient pas en danger dans leur pays d'origine. Ils le sont devenus par leur refus de remplir leurs obligations militaires. Il ne s'agit ni de détresse humanitaire ni de détresse climatique, il s'agit de désertion. La convention de Genève du 18 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ne concerne pas les déserteurs. Et le 11 avril 2019 le général Omar-El-Béchir a été destitué de son poste de président de la république du Soudan. Ce dictateur a été arrêté et transféré en prison. Le 17 août 2019 un accord de déclaration constitutionnelle a été signé. Depuis deux mois un régime démocratique se met en place au Soudan avec une majorité et une opposition. Les jeunes soudanais n'ont plus aucune raison d'émigrer en Europe.