En ville

Profs et parents mobilisés : « Avec cynisme, les enfants des quartiers populaires sont sacrifiés »

Les vacances scolaires ne devraient pas anéantir le mouvement revendicatif dans l’Éducation nationale. Jeudi 18 février, lors d’une manifestation en centre-ville, la poursuite de l’action était dans toutes les têtes.

« On veut des moyens, on n’est pas des moins que rien », ont repris en chœur environ 200 enseignants et parents d’élèves jeudi 18 février pour une manifestation symbolique reliant la mairie à l’inspection d’académie. À la veille des vacances scolaires, le corps enseignant et les parents d’élèves tenaient à prouver qu’ils restent mobilisés. Loin de retomber, la colère des enseignants prend de l’ampleur.

« En dix jours, nous sommes passés de 12 à 85 établissements en grève », explique ce représentant de Sud éducation. Une contestation en forme de ras-le bol qui va de la maternelle au lycée et unie souvent parents, professeurs, et parfois des élèves. « Nous sommes tous dans la même galère et on veut que ça change », explique cette prof de français. « Réduire ce mouvement à une question de violence ou de sécurité est limite malhonnête », explique Ludovic, professeur d’électro-technique au lycée d’application de l’Enna.

« Ce n’est que pure manipulation de faire croire que nous sommes dans la rue pour attirer l’attention sur la violence »

« Ce n’est que pure manipulation de faire croire que nous sommes dans la rue pour attirer l’attention sur la violence et la sécurité dans les écoles, explique Geoffroy Gilbert, instituteur en maternelle ; Nous sommes là pour dénoncer les sous-effectifs, le manque de moyens à tous les niveaux dont nos écoles souffrent depuis trop longtemps. »

Jean-Charles Hodak, professeur de SVT au collège Fabien, résume plus froidement encore : « Le vrai problème est qu’avec cynisme les enfants de nos quartiers populaires sont tout simplement sacrifiés. » Il ajoute : « Nous sommes méprisés, ça révolte, ça dégoûte !»

L’exaspération a dépassé son seuil de tolérance et a donc fait place à une contestation qui s’étend. Surtout, le mouvement reçoit le soutien toujours plus important de parents d’élèves. « Il y a un moment où l’on ne peut plus accepter l’inacceptable », explique cette mère de famille retenant une poussette.

« C’est la première fois que je m’engage comme ça, mais je m’inquiète pour l’avenir de mes enfants »

Cyrille Ménard est venu avec ses deux enfants scolarisés en maternelle : « C’est la première fois que je m’engage comme ça, mais je m’inquiète pour l’avenir de mes enfants et tout le monde devrait en faire autant. » Certains parents n’hésitent pas à occuper les groupes scolaires. C’est le cas de cette maman qui jongle entre son travail et l’école : « Là c’est trop, on a vraiment l’impression d’être des laissés pour compte. » À côté d’elle, une autre mère renchérit : « Dans la classe de CM1 de mon fils, on en est à sept remplaçants depuis le début de l’année ! » Des enseignants qui se succèdent, avec parfois des contrats de quatre semaines.

« C’est une réalité, explique Geoffroy Gilbert, des CDD de 108 heures sont même proposés à certains étudiants inscrits au concours. » Ces aspirants enseignants regroupés dans une « brigade de formation continue » sont « catapultés comme ça devant une classe sans être préparés », glisse Jean-Charles Hodak. Les profs s’inquiètent en outre de cette précarisation de l’enseignement : « On veut des remplaçants, des titulaires, pas des vacataires », entonnent les manifestants.

« Ce gouvernement, c’est donner moins pour ceux qui ont le plus besoin »

Le cortège descend l’avenue de la République aux cris de « Dans tous les quartiers, dans toutes les régions, mêmes droits pour l’éducation » ou « Parents, enseignants, tous ensemble pour sauver l’école ». Des enfants sont tout heureux de porter une banderole où l’on peut lire : « Le droit d’apprendre pour tous » et « Une école c’est une garderie ? ».

Devant l’inspection d’académie, les orateurs se succèdent au mégaphone : « Avec ce gouvernement, c’est donner moins pour ceux qui ont le plus besoin ». Un dialogue s’instaure. Profs, parents d’élèves et passants échangent : « Seule une mobilisation de tous peut nous permettre d’avancer », explique cet enseignant de Paul-Éluard.

Les vacances arrivent. « Les autres académies vont prendre le relais », explique Geoffroy Gilbert. Mais la rentrée s’annonce d’ores et déjà mouvementée. Une manifestation à Paris est prévue pour le 10 mars, et une grève à l’appel de l’intersyndicale générale est annoncée pour le vendredi 12 mars. Cyrille Ménard restera solidaire des professeurs et entend continuer à mener sa lutte: « C’est de l’avenir de nos enfants dont il s’agit, c’est une cause juste et suffisamment mobilisatrice », conclut-il.

Étienne Labrunie

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