En ville

Conférence à Paris 8
/ Pour une gestion humaine du jardin

Mercredi 7 octobre, dans le cadre d’une réflexion autour de l’aménagement des espaces extérieurs du campus, l’université Paris 8 a accueilli le paysagiste Gilles Clément pour une conférence sur son célèbre concept du Jardin en mouvement.
Le lendemain de la conférence, le premier atelier de co-conception « Jardin et biodiversité » s’est tenu le jeudi 8 octobre avec Gilles Clément.  © DR
Le lendemain de la conférence, le premier atelier de co-conception « Jardin et biodiversité » s’est tenu le jeudi 8 octobre avec Gilles Clément. © DR

« Je me démasque, c’est mieux pour parler », a débuté le conférencier du jour à l’amphithéâtre X de l’université Paris 8. Gilles Clément qui dit « bien volontiers qu’il est jardinier » est également botaniste, paysagiste et écrivain. Celui qui a longtemps enseigné à l’École nationale supérieure du paysage de Versailles a présenté mercredi 7 octobre devant des étudiants et autres usagers de la fac, son concept « Le jardin en mouvement » créé dans les années 70, puis mis en œuvre quelques années plus tard (entre 1986 et 1992) dans une parcelle du parc André-Citroën, à Paris. 

La faculté dionysienne inaugure avec cette conférence une série d’ateliers de co-conception (1) autour de l’aménagement des espaces extérieurs du campus, d'une superficie de 6 hectares. Ils « manquent de cohérence », a dépeint Joeffrey Moreaux, en charge de l’immobilier de l’université. Le projet global a été confié – après une mission de consultation – à un « groupement » pluridisciplinaire composé d’une équipe de paysagistes-urbanistes, d’un cabinet de concertation et d’un bureau d’études. C’est dans ce cadre que le jardinier Gilles Clément a expliqué la genèse de son travail sur la gestion d’un jardin en constante évolution.

Privilégier le vivant

L’expérience a d’abord été expérimentée chez lui, dans la Creuse, sur son propre terrain. « Tout est parti d’une plante, la berce du Caucase, a confié le jardinier en faisant défiler des photos de son jardin sur le rétroprojecteur. C’est elle qui est à l’origine du jardin en mouvement. » Cette plante « vagabonde » « assez envahissante » et qui peut être « photosensibilisante », Gilles Clément l’a observée puis « l’a jardinée » à sa manière. C’est-à-dire : faire le moins possible, « ne pas tuer » (comme cela lui a été enseigné durant ses études d’ingénieur horticole), « privilégier le vivant » et son développement dans sa façon de considérer l’espace.

Dans le jardin où cohabitent une diversité d’espèces (plantes, animaux, insectes) il convient d’avoir des « espaces où ne rien faire ». Le paysagiste insiste : « Dans notre métier, si nous ne faisons rien, nous sommes utiles à tous. Si nous ne faisons rien, nous faisons une forêt. Écrivez cette phrase. » Mais,« le jardin en mouvement, ce n’est pas ne rien faire. C’est un mode de gestion », souligne-t-il encore.

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Dans la deuxième partie du séminaire, Gilles Clément s’est attelé à répondre aux questions diverses des personnes présentes et à développer sa vision du jardinage, une activité qui demande de la patience et « une vraie connaissance du vivant ». Au sujet justement du travail demandé aux jardiniers dans les collectivités aujourd’hui, le paysagiste a insisté sur leur nécessaire « formation ». Pour le paysagiste, qui dans son approche du jardin en mouvement bannit le plus possible l’utilisation de machines (il abhorre la souffleuse, outil « monstrueux ») et interdit les produits chimiques, la question du temps ne doit pas polluer l’esprit du jardinier. « Quand on est jardinier, on ne court pas, il ne faut pas tailler à toute vitesse. » 

Jardin en mouvement et production sont-ils compatibles ? « Dans un jardin, on peut faire des purées d’orties », sourit Gilles Clément, qui précise qu’en effet, un « travail peut être fait sur la production aussi ». Changement climatique, déstabilisation de la nature et du « génie naturel des plantes », approche animiste du jardin chez les peuples amérindiens, préservation de la vie…

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D’autres thèmes qui gravitent autour de l’idée de jardin ont été discutés. Pour appréhender d’une autre manière la relation qu’entretient l’humain avec le vivant, il faut « changer de modèle culturel », affirme Gilles Clément. Mais comment lui demande-t-on ? « Par la surprise, l’émerveillement, l’étonnement », a répondu le jardinier, un brin poétique.

Yslande Bossé

(1) Cinq ateliers de co-conception ont été programmés en octobre et novembre par l’université Paris 8. Le premier atelier de co-conception « Jardin et biodiversité » s’est tenu le jeudi 8 octobre avec Gilles Clément. D’autres ateliers organisés par Paris 8 se dérouleront durant le mois d’octobre (14, 20 octobre) et novembre (12, 24 novembre). Plus d’infos sur le site de Paris 8.

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