Portrait

Patrick Aeberhard : un cœur gros comme ça

Il est cardiologue à la clinique dionysienne (centre cardiologique du nord) et forme à l’action humanitaire à Paris 8. Car il est l’un des cofondateurs de l\'ONG Médecins sans frontière.


Sa modestie dut-elle en souffrir, voilà un homme qui a contribué à ce que le monde soit un peu moins mauvais – ou un peu meilleur, c’est selon – que ce qu’il pourrait être. Patrick Aeberhard est cardiologue et exerce depuis 1974 à Saint-Denis, au CCN (Centre cardiologique du Nord).


Parisien, il a toujours voulu être médecin. Le hasard, les rencontres, le poussent vers la cardiologie, une des disciplines qui ont le plus évolué depuis les années 1970. « Et ce qui me plaît, c’est de travailler ici, dans cet établissement privé devenu une référence et qui se situe en banlieue, sur un territoire où vivent des gens en grande difficulté. »


Car Patrick Aeberhard est avant tout un homme d’engagement. Ancien soixante-huitard, comme il dit en souriant, il s’engage très tôt (il est alors en 5e année de médecine) dans l’action humanitaire. Il part avec la Croix-Rouge au Biafra, en pleine guerre. Il a 22 ans et ce qu’il y voit le choque profondément. Les centaines de milliers de victimes civiles, tuées par les bombardements ou la famine, l’indignent.


À son retour, face à l’inacceptable, il est convaincu de la nécessité de créer une association médicale d’urgence. Ce sera Médecins sans frontière, dont il fut l’un des cofondateurs, en 1971. À la suite d’une scission, il s’engage à Médecins du monde, dont il deviendra président. Les régions où il est intervenu sont nombreuses : Liban, Afrique du Nord, Afrique du Sud, Salvador, Afghanistan, Mali, Brésil… Partout où guerres et catastrophes naturelles tuent et meurtrissent les peuples.


Patrick Aeberhard mesure le chemin parcouru, depuis cette époque où le concept même des ONG (organisation non gouvernementale) humanitaires en était encore à ses débuts. « Aujourd’hui, les ONG se sont développées, se sont professionnalisées, ont acquis une autorité morale incontournable. » Son engagement de terrain l’amène à agir également au niveau de l’État.


À trois reprises, il est conseiller chargé de l’exclusion et de la toxicomanie au cabinet de Bernard Kouchner, qu’il avait rencontré au Biafra, alors ministre de la Santé d’un gouvernement de gauche. Il travaille à l’instauration du RMI (revenu minimum d’insertion), de la CMU (couverture maladie universelle), de l’aide médicale pour les étrangers. Et, depuis six ans, il enseigne à Paris 8, où il forme des médecins, avocats, juristes, journalistes, militaires à l’action humanitaire. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à exercer au CCN, « avec le soutien de mes collègues », tient-il à préciser.


Cette double vie n’est pas simple à mener, mais il est attaché à la ville où il exerce. « Ici, nous avons créé une synergie avec la Maison de la santé, les praticiens locaux, on a tissé des réseaux. J’ai vraiment l’impression de poursuivre mon engagement humanitaire, avec un rôle préventif et social. »


Il se bat toujours, aujourd’hui pour L’accès aux soins des migrants, des sans papiers et des personnes précaires (titre de son prochain ouvrage, aux éditions Les études hospitalières). « On peut toujours faire quelque chose pour sauvegarder la dignité des gens. Il ne faut jamais baisser les bras. » Un homme d’action, toujours. Et de cœur, évidemment.


Benoît Lagarrigue



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