Cultures

Relations internationales
/ Oakland/Saint-Denis sur la même longueur d’art

L’une est américaine, l’autre française et ces villes populaires partagent un même destin : être toutes deux partie intégrante d’une future métropole. Une délégation d’Oakland était reçue en mairie pour échanger sur la place laissée aux artistes dans ces gigantesques transformations urbaines.
Atelier théâtral entre Dionysiens et Californiens (ici Matthew Passmore, Simon Hanukai et William Gilchrist).  © Yann Mambert
Atelier théâtral entre Dionysiens et Californiens (ici Matthew Passmore, Simon Hanukai et William Gilchrist). © Yann Mambert

Mercredi 2 octobre, une délégation venue d’Oakland (Californie) était accueillie en mairie pour un petit-déjeuner auquel étaient conviés des acteurs culturels de la Ville de Saint-Denis (musée d’art et d’histoire, Synesthésie, Unité d’archéologie, Parti Poétique…) en présence d’élus dont le maire Laurent Russier, Sonia Pignot adjointe à la culture, et Kader Chibane adjoint aux relations internationales. Cette rencontre est le fruit d’un projet d’échanges menés entre les deux villes et initié il y a un an par le Consulat général de France à San Francisco. Les deux cités populaires ont en commun de se confronter aux problématiques liées à la construction d’une métropole dont elles sont partie intégrante : le Grand Paris pour Saint-Denis et l’agglomération de la Baie de San Francisco pour Oakland.

« Dans la construction de ces métropoles, il est question de savoir comment ces villes populaires et artistiques portent la voix des artistes et comment ces derniers participent à la transformation urbaine », évoque Didier Coirint, directeur de la culture de Saint-Denis qui s’est rendu à Oakland en amont de la rencontre. Surnommée le nouveau Brooklyn par certains médias américains, cette ville de plus de 400 000 âmes est en proie à une gentrification qui laisse, par définition, peu de place aux habitants « historiques » les plus modestes ainsi qu’aux artistes en grande précarité. 
 

Gentrification

En effet, les salariés de la Sillicon Valley venus s’installer à Oakland ont fait grimper les loyers à tel point que certains biens valent aujourd’hui dix fois plus cher qu’il y a cinquante ans dans la partie nord de la ville et que dans certains quartiers la population afro-américaine (l’une des communautés les plus fragiles économiquement) a été divisée par deux en l’espace de trente-cinq ans (source Rue 89). Pour autant, si Oakland et Saint-Denis partagent de nombreux points communs, la gentrification est un phénomène qui ne toucherait pas la ville des Rois de France selon Émilie Moreau. Cette responsable des études sociétales à l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) était présente mercredi pour nourrir la réflexion entre les deux délégations.

« Mon propos est de montrer qu’il y a beaucoup de caricatures autour de cette question de gentrification. Je m’appuie sur une note qui montre les dynamiques des évolutions sociales du Grand Paris. On voit bien qu’il y a un creusement des écarts entre le nord-est et l’ouest parisien. Quand on parle de gentrification, on a l’impression que ce territoire du nord-est de Paris a beaucoup changé. Or ce n’est pas le cas. Le parallèle ne peut pas être fait avec Oakland. Là-bas, la pression immobilière fait fuir les artistes. Il n’y a pas d’outils fonciers pour la contrebalancer. »
 

Des outils innovants

Pour la Ville de Saint-Denis, ces outils sont déjà en place et vont continuer à se développer sur le territoire. « Nous avons le dispositif du 1% artistique pour les nouvelles constructions, l’ouverture de lieux dont les loyers sont peu élevés à l’instar du 6b et qui se structure actuellement en société coopérative d’intérêt collectif, nous aidons des tiers lieux à se développer comme La Maison Jaune ou l’espace de coworking Pointcarré… », liste Laurent Russier.

Les échanges entre Oakland et Saint-Denis seront de diverses natures. Parmi les sept représentants nord-américains reçus mercredi 2 octobre, on comptait Shannon Jackson, professeure de théâtre, danse et interprétation à l’université de Berkeley, Robert Ogilvie, directeur du SPUR Oakland (l’équivalent de l’APUR), William Gilchrist, directeur du service de planification et construction à la Ville d’Oakland, Steven Raspa, directeur associé du festival Burning Man, Matthew Passmore, artiste et fondateur du studio d’art MoreLab basé à Oakland, Julie Fry, présidente de California Humanities spécialisée dans les sciences sociales, et Moy Eng, directrice du CAST, une association qui vient en aide aux organisations culturelles et favorise leur implantation.

Pour cerner les enjeux auxquels se confronte le territoire, cette délégation californienne s’est rendue au siège de Plaine Commune, à la basilique de Saint-Denis, au 6b, à Mains d’Œuvres ainsi qu’à la Maison Jaune pour des ateliers d’échanges avec des habitants coordonnés par les artistes Julia Lopez et Simon Hanukai.

À la mi-novembre, une délégation dionysienne, pas encore entièrement définie, se rendra aux États-Unis pour poursuivre les travaux de réflexion commune. « L’enjeu central de ce projet de coopération c’est d’apprendre les uns des autres. C’est une énorme opportunité pour expérimenter notre façon de fabriquer la ville », conclut Juliette Donnadieu, attachée culturelle au Consulat général de France. Cet automne, un artiste d’Oakland doit réaliser une commande pour la Street Art Avenue et graver ainsi cette coopération inédite dans le béton. 
 

Maxime Longuet

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