Portrait

Davy Coumba
/ Mouvement bienfait

Danse thérapie. Une passion, la danse. Une vocation, le social. Et un fabuleux destin qui lui a permis d’allier les deux par une pratique éprouvée instinctivement.

Petit, Davy Coumba se voit bien devenir kiné pour soulager les corps endoloris. À commencer par celui de sa mère, qui use le sien comme agent d'entretien et qui élève seule son fils dans une cité de Stains. Ado, ce grand gaillard aux origines guadeloupéennes et guyanaises caresse le rêve d'une carrière de basketteur. Loupé, « avec mes vêtements larges, tout le monde au lycée me prenait pour un danseur ». D'ailleurs, il y a le spectacle de fin d'année à préparer pour lequel il est souvent sollicité. « J'en ai eu marre de dire non, j'y suis allé. » Il a 18 ans et cette rencontre avec le hip-hop en 1999 va bousculer le cours de sa vie. Plus qu'une passion, la danse s'impose comme une évidence. Il débute avec le réseau badland à Noisy-le Grand et les Wanted Posse, s'ouvre à différents styles, croise la route de multiples compagnies, passe par les clips de Kery James ou E.sy Kennenga. Sacré champion national chorégraphique aussi, en 2002.

Mais lui, ce n'est pas la scène qui le fait vibrer, c'est le partage. « Moins artiste que transmetteur », il monte sa propre association à Stains et commence à donner des cours dans les Maisons de quartier et les services jeunesse. Sans envisager encore en faire son métier. C'est qu'il a déjà trouvé sa voie, à l'occasion d'un stage dans une structure pour enfants polyhandicapés. « J'étais là pour du secrétariat, mais j'étais plus avec les gamins que derrière le bureau. » Le directeur propose de l'embaucher après le bac, marché conclu. C'est là qu'il découvre le métier d'éducateur spécialisé. Il passe le diplôme en alternance, enchaîne les expériences dans le social, travaillant avec les gens de la rue, les jeunes en rupture, les parents en difficulté, les demandeurs d'asile ou les enfants autistes. « En fait l'éduc’ spé’, il n'est spécialisé en rien, mais il a la capacité de s'adapter partout. »

Passe-partout, comme cet atelier de médiation par la danse qu'il a inventé et peaufiné au fil des rencontres et des publics. Quelque chose qui n'est pas dans la performance artistique ou l'apprentissage de chorégraphies, mais qui s'apparente plus à un outil de développement personnel et de cohésion sociale, avec à chaque fois des effets importants sur le plan psychique, sensoriel, moteur, relationnel. « Je trouvais ça génial, je ne voulais faire que ça. » Un jour, une amie lui apprend que ce qu'il pratique intuitivement porte un nom : la danse thérapie et il y a même un master à la Sorbonne« Tout mon parcours prenait sens. » Un chemin de vie qui l'appelle, mais un employeur qui refuse de l'accompagner dans cette formation. Dont acte, Davy qui vit maintenant à Saint-Denis prend le risque de reprendre les études à 33 ans, sans financement. Repéré par France Schott-Billmann, cette pionnière de la discipline fait de lui son assistant. Tout juste diplômé avec 15 de moyenne général et 19 à son mémoire de recherche auprès des femmes SDF, c'est sans complexe mais avec une immense fierté que ce « gosse de banlieue descendant d'esclave » envisage aujourd'hui le doctorat et la création d'une société pour continuer d'explorer et de diffuser les bénéfices de cette approche de la danse à visée sociale et thérapeutique.

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