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Loi Blanquer
/ Mobilisés contre un système éducatif inégalitaire

De la maternelle à l’enseignement supérieur, parents d’élèves et enseignants dionysiens ont manifesté samedi 30 mars contre la réforme du lycée et le projet de loi « pour une école de la confiance ». Cette semaine, ils prévoient aussi d'appeler à la grève et de bloquer des établissements.
Samedi 30 mars, enseignants et parents d'élèves ont défilé dans les rues de Saint-Denis contre le projet de loi Blanquer.
Samedi 30 mars, enseignants et parents d'élèves ont défilé dans les rues de Saint-Denis contre le projet de loi Blanquer.

Parcoursup, bac territorialisé, spécialisations au lycée, suppression envisagée des directeurs d’écoles… Les mesures qui inquiètent les parents d’élèves sont nombreuses. Si la loi Blanquer n’est pas encore précise sur certains points, son article 1 consacré au devoir d’exemplarité des enseignants leur paraît être un signe alarmant. « Ils ne pourront plus nous informer des dangers des réformes », craint Arnaud, président de la FCPE à Saint-Denis.

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La menace de la suppression des directeurs d’écoles

Ce samedi 30 mars, environ 150 personnes se sont rassemblées sur le parvis de la basilique pour montrer leur opposition. Siga, mère d’élève à la maternelle L’Hermitage, est venue avec ses enfants. Comme pour beaucoup de parents, son inquiétude principale concerne « la possibilité de la disparition des directeurs d’école, nous perdrions des liens de proximité précieux ». Cette mesure est liée à la création d’établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF) (1), qui regrouperaient des écoles et un collège au sein d’un même établissement. Au moins l’un des adjoints du chef de cet établissement serait délégué au premier degré, selon un amendement adopté par l’Assemblée nationale (2). Le projet de loi mentionne que ces EPSF ne seront mis en place qu’avec l’accord des collectivités territoriales.

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À Saint-Denis, la Ville a annoncé le 19 mars renoncer à sa candidature au dispositif Cités éducatives, car « il existe un risque qu’il soit une porte d’entrée pour la réforme Blanquer ». Pour Louise, enseignante à l’école Opaline syndiquée CGT, ce nouveau label pour les quartiers prioritaires « va dans le même sens que les EPSF, avec l’objectif de réunir dans un réseau collège, écoles, mais aussi d’autres structures comme des médiathèques ».
 

Des inégalités qui vont s’accentuer

« Dans tous les quartiers, dans toutes les régions : un même droit à l’éducation ! », scande le cortège qui part en manifestation. Des enfants portent la banderole de tête : « Loi Blanquer, on n’a pas confiance ! » Pour beaucoup de familles, toutes ces réformes génèrent beaucoup d’appréhension. « Nous avons le sentiment que seuls les enfants dont les parents sont bien informés pourront s’en sortir », confie une mère d’élève du collège De Geyter.

La réforme du bac, avec le choix de spécialités, inquiète. « C’est très difficile de savoir si les choix ne vont pas boucher l’accès à certaines filières, d’autant que Parcoursup a apporté plus de sélection... Mon fils n’a été accepté en STAPS qu’à Bobigny. Selon le lycée d’où on vient, on a moins d’opportunités, et ce sera pareil ensuite sur le marché de l’emploi », déplore Sefora, mère d’élève au lycée Paul-Éluard.

Le sentiment d’injustice est partagé. « La réforme du bac va introduire un contrôle continu qui constituera 40 % de la note, la valeur du bac variera selon la réputation de l’établissement. C’est une mesure discriminatoire », dénonce Touria, parent déléguée au collège Jean-Lurçat. Une première réunion parents-profs des collèges Lurçat, Courtille et Barbusse a eu lieu jeudi 28 mars, réunissant une soixantaine de personnes. « Toutes ces réformes semblent être la goutte de trop qui va fragiliser des conditions d’enseignement déjà très précaires en Seine-Saint-Denis », analyse Camille, enseignante à l’école Bas-Près, syndiquée à Sud Éducation.

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Amélie, mère d’élève à l’école René-Descartes illustre l’urgence : « L’enseignant de mon enfant est en arrêt maladie, sa classe a déjà vu défiler 14 enseignants dont plusieurs contractuels. (3) »

Pour Louise, cette mobilisation doit aussi servir à « réclamer un plan d’urgence pour le 93 : nous avons besoin de plus de moyens, plus de postes ! » Une revendication qui fait d’autant plus sens après l’annonce que l’étalement du dédoublement des classes de CP et CE1 en REP prendra plus de deux ans en Seine-Saint-Denis contrairement au reste de l’Hexagone.

Enseignants et parents, unis « contre la casse de l’école publique » ont prévu de se mobiliser la semaine du 1er avril, avec un appel à la grève, des occupations d’établissements et une assemblée générale mardi 2. « La lutte est nationale, mais la Seine-Saint-Denis est un département qui est très regardé, nous pouvons insuffler un élan », encourage une enseignante.

Delphine Dauvergne
 

(1) http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/amendements/1481/CION-CEDU/AC501

(2) http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/amendements/1629/AN/993

(3) Erratum. Dans le numéro 1204 du journal, nous avons écrit en reprenant le témoignage d'une parent d'élève, qu'une classe de l'école René-Descartes "a vu défiler 14 contractuels". Or, la classe a vu défiler 14 enseignants dont plusieurs contractuels. 

Réactions

" École René Descartes " ... C'est dans cet etablissement que l'on a laissé pendant plusieurs années une enseignante débutante "expérimenter" la méthode Singapour sur des gamins de 6 à 10 ans avant de s'apercevoir de la catastrophe ! Et cela se permet de critiquer la réforme Blanquer qui prévoit la formation des enseignants en continu ! Pauvre Saint Denis ...
Dans le premier article du projet de loi pour une école de la confiance, il n'y a rien sur des sanctions, qui seraient infligées aux enseignants critiquant l'Éducation Nationale. Devoir d'exemplarité ne veut pas dire devoir de silence. A 54 jours des élections européennes, à un an des élections municipales, LEJSD semble multiplier les fausses informations. Il y a tellement de fake news se propageant sur ce projet de loi, que l'AFP Factuel en a écrit un article intitulé "le vrai du faux des visuels dénonçant la loi Blanquer". Dans les Instituts Nationaux de formation des professeurs des écoles il faut un nombre minimum d'heures pour l'enseignement de la lecture. Faut-il rappeler qu'en France un élève en début de CP sur cinq peine à reconnaître les lettres ? Et qu'un élève en CE1 sur deux a des problèmes de calcul mental ? Ces difficultés ne sont pas irrémédiables et l'instruction obligatoire dès l'âge de trois ans contribuera à résoudre celles-ci.
@checkjsd le JSD ne relaie pas des fake news dans cet article si vous l'avez lu. En revanche nous donnons aussi la parole aux parents et enseignants mobilisés à Saint-Denis. Vous avez parfaitement le droit de ne pas partager leur point de vue. Concernant le devoir d'exemplarité, on peut simplement, sans exagérer, se poser la question de son rappel dans ce texte de loi alors que les enseignants comme tout fonctionnaire sont déjà astreints à un droit de réserve. Cordialement Yann Lalande.
@mourad comme vous l'ont dit les parents de cette classe il y'a quelques mois, cela n'a pas été un échec bien au contraire, c'est fou !!! comme vous m'avez l'air fasciné par cette école/cette classe malgré les bons retours des parents vous vous obstinez dans le mensonge de votre ami/collègue va falloir vous soigner!! et comme nous vous l'avons proposé venez boire un café nous parlerons de cette pseudo catastrophe !!

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