Portrait

Jo Bal
/ Mister T-shirt

Mode et musique. Il est tellement piqué de Saint-Denis qu’il le revendique par une seringue, logo de sa marque de vêtement Denis Saint. Il a même consacré un morceau rap à sa ville natale.
© Yann Mambert
© Yann Mambert

Jo Bal a Saint-Denis dans le sang. C’est le rappeur qui le dit. « C’est mort, je suis piqué ! Je ne suis né à Delafontaine, j’ai grandi ici, j’y ai tout fait. Saint-Denis, c’est ma base », raconte le Dionysien. Même s’il n’a que 32 ans, Jo Bal est un ancien, un vieux baroudeur. Un homme qui connaît sa ville et ses moindres ruelles. De son vrai nom Jonathan Xavir, le rappeur – il a commencé à écrire ses premiers textes en 2004 et à prendre le micro en 2008 – a d’abord grandi dans la cité pavillonnaire avenue Lénine, pas loin de Saint-Rémy, avant de s’installer avec son père d’abord à Romain-Rolland dans l’est puis à Stalingrad près du Barrage au nord.

« C’est pour cela que je connais tout Saint-Denis. » À tel point qu’il a composé un morceau nommé Denis Saint. « J’ai toujours voulu faire un son pour ma ville », raconte l’artiste. En mars, il est invité par le rappeur local Landy à venir participer à l’émission Planet Rap sur la radio Skyrock, consacrée cette semaine-là au jeune artiste de Joliot-Curie. Jo Bal « lâche » Denis Saint, extraite de son premier projet Vizion 4K. Un son avec un refrain en mode trap et saccadé. Et « bim » comme il le dit, la musique fait un mini-buzz sur les réseaux sociaux. Il tourne dans les quartiers de la ville. « Le son, il est lourd ! Il faut faire le clip », lui disent les gens. 
 

« J’ai toujours aimé la sape »

Il a alors l’idée de créer un t-shirt et un pull. « J’ai toujours aimé la sape », dit le Dionysien, au style et à la coupe soignée. Son nom d’artiste, il le doit à Djo Balard, le nom d’un sapeur congolais dans le film Black Mic-Mac, sorti en 1986. « Jo pour Jonathan et, comme j’étais bien habillé, mes potes m’ont appelé Djo Bala. » Pour sa marque à lui, il barre ses créations d’un grand Denis Saint avec une seringue pour logo. Parce que les gens sont comme lui « piqués » de cette ville. « J’ai fait le t-shirt pour tous ceux qui ont Saint-Denis dans le sang. » Le vêtement cartonne. « Je ne pensais pas que ça allait péter. Les clients venaient directement à la cité. En une semaine, il ne me restait plus rien. J’ai dû en recommander. Je voyais mon t-shirt partout », sourit le rappeur. Il n’en oublie pas pour autant son clip. Tourné dans différents quartiers de la ville, il est sorti en juillet.

« On a déjà fait plus de 100 000 vues », dit-il fièrement. Jo Bal assume le côté violent du son, fidèle à la réalité dionysienne. « J’ai grandi là. Il y a un côté sale. Mais malgré toute cette merde, il y a des qualités humaines. Nos parents nous ont bien éduqués. On sait faire les cons. Mais on sait aussi être droit et poli », estime-t-il. « Faire le con », il connaît.

De 2005 et ses premiers soucis de justice à 2017, il a passé en cumulé presque neuf ans derrière les barreaux. Adolescent, il commet d’abord des vols à la portière. Majeur, il est arrêté pour braquage en 2008 et est condamné à trois ans de prison. Il fera ensuite plusieurs allers-retours pour des faits similaires. « La prison, c’est un autre monde », dit-il avec gravité. Jo Bal assume cette partie de sa vie. « Je ne regrette pas. C’est maintenant que je vais commencer à mettre en œuvre les bonnes choses, après avoir chuté, pleuré, blessé, déçu mes proches… » 
 

« L’école des bandits »

L’artiste fait une critique acerbe du système judiciaire et pénitencier. « La prison, ça ne sert à rien ! On veut te faire arrêter les conneries, mais on te met à l’école des bandits », souffle-t-il. Pour lui, il faudrait faire un véritable suivi des jeunes dès l’entrée de la prison pour qu’ils n’y reviennent pas. Il y a un mot qu’il exècre en particulier : « réinsertion ».

Pour lui, elle n’existe pas. Il s’est engagé à plusieurs reprises dans des formations ou des recherches d’emploi. « Mais on me sortait mon casier. À chaque fois, c’était mort », s’indigne-t-il. Lors de sa dernière sortie d’incarcération, en 2017, il s’est juré de ne plus jamais y retourner. L’homme est père de deux garçons, âgés de 6 ans et 3 ans. « La prison, quand tu as des responsabilités, ce n’est plus la même chose. Je n’ai plus l’âge d’y être », confesse-t-il. Le rappeur est revenu à son premier amour : l’écriture.

« À l’école, la matière où j’étais fort, c’était le français. J’aimais bien les rédactions, raconter des histoires. Mon kiffe, c’est l’écriture, les rimes, les jeux de mots, etc. » Aujourd’hui, il se partage entre la Normandie, où vivent sa compagne et son plus jeune fils, et Saint-Denis où il a gardé ses attaches. Il refuse que ses enfants soient scolarisés dans sa ville natale, de peur de la mauvaise influence. Il se consacre à sa musique – son deuxième projet devrait sortir en octobre – et sa marque qu’il va développer (des sweats à capuche, coupe-vent, survêtements) avec le lancement d’un site Internet cet automne. Ses vêtements Denis Saint sont vendus jusque dans le Sud de la France. « C’est le kiffe. »

Aziz Oguz

Les vêtements de la marque Denis Saint sont vendus chez John Slim 93 (4, rue du Corbillon).

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