Portrait

Michel Rogel Le rugby canal historique

Sous l’épaisse moustache, le regard est chaleureux et la voix calme et égale. Michel Rogel, le secrétaire général du Sdus (Saint-Denis union sports) depuis 1989, est un homme placide mais tenace, qui sait écouter et agir. Façonné par le rugby, on pourrait le croire du Sud, alors que c’est un vrai Parigot. C’est dans le 15e arrondissement qu’il est né et qu’il a grandi, rue des Quatre-Frères-Peignot, dans la partie populaire de ce quartier huppé, dans les HLM en briques rouges derrière les usines Citroën. « C’était un village », se souvient-il. La famille Rogel vit là dès les années 20, grand-père cheminot, père dessinateur industriel et… rugbyman.

« Avant guerre, mon père et mes oncles jouaient à Paris XIII. Le jeu à XIII, professionnel, fut interdit sous l’Occupation et ils ont rejoint le club de Saint-Denis, l’Olympique, qui jouait à XV et qui était de bon niveau », raconte-t-il. Dans les conditions particulières de cette époque, l’Olympique fut même demi-finaliste du championnat de France, s’inclinant devant l’Aviron Bayonnais, futur vainqueur?!

Après la guerre, l’Olympique rejoint le Sdus à sa création, avec toujours dans ses rangs les frères Rogel. C’est donc tout naturellement que le petit Michel, né en 1951, rejoint l’école de rugby du club dionysien, créée par son père. « On était toute une flopée de gamins du 15e à venir à Saint-Denis, dans les voitures des parents », sourit-il. Il attrape le virus, aime la débauche physique et la petite pointe de roublardise que demande le poste qu’il occupe?: demi de mêlée, « voire à l’ouverture, mais je n’étais pas très bon au pied », reconnaît-il. Il a toujours joué au Sdus, intégrant l’équipe première en 1970 pour ne la quitter que quinze ans plus tard.

Entre-temps, il remonte l’école de rugby en 1976, entre au comité directeur du club et devient, en 1983, salarié du Sdus en tant que secrétaire administratif. Une fois sa carrière de joueur achevée, il est entraîneur, d’abord des cadets, puis des seniors de 1988 à 1995 avant de revenir vers les jeunes, puis les féminines, jusqu’en 2002. « Là, j’ai arrêté le terrain. » C’est en 1989 qu’il est nommé secrétaire général du Sdus, une fonction qui a énormément évolué au fil des ans. « On est passé de 20 à 35 sections et à 57 disciplines, de 3?000 à 5?000 adhérents et d’un permanent et 7 vacataires à 7 permanents et plus de 70 vacataires?! »

Heureux d’avoir vécu de beaux moments d’émotion et d’avoir fait de belles rencontres, il voit le club confronté à la crise du bénévolat, regrettant le temps où l’en­gagement associatif était d’abord un plaisir. « Aujourd’hui, on a du mal à trouver les formes pour impliquer les jeunes dans la vie associative. » S’il reste optimiste quant à la capacité des individus, il l’est moins quant à la faculté de ces structures à les attirer. Attaché à Saint-Denis, cet habitant de Langevin déplore aussi les départs de plusieurs personnes pourtant impliquées dans la ville. Ce qui ne l’empêche pas cependant de garder toujours la même passion pour le Sdus, son club.

Benoît Lagarrigue