Portrait

Michel Chapalain

C’est un fidèle. Michel Chapalain est responsable de la surveillance du site de Christofle, où il est entré en mai 1991. Dans sa loge de l’entrée du 112, avenue Ambroise-Croizat, il veille encore aujourd’hui aux entrées et sorties de ce lieu qui fut il y a quelques années une ruche en pleine action. « À l’époque, il y avait 800 salariés », dit-il avec une once de nostalgie. Et d’énumérer les ateliers de fabrication des matrices, « à la main ! », l’argenture, la finition, la réception des marchandises, « tout était plein ! ». Aujourd’hui, le site, où les nouveaux propriétaires veulent développer une zone d’artisanat, sonne un peu creux. Mais Michel Chapalain y veille avec le même enthousiasme.
Breton de Saint-Brieuc, après une enfance à la ferme, il débute sa vie professionnelle comme tailleur de pierres et maçon. Puis il travaille dans une fonderie qui fabriquait les anciennes plaques d’égout. Après l’armée, il monte à Paris et occupe divers postes avant d’entrer chez Chausson à Gennevilliers comme surveillant, déjà. Il y reste onze ans avant, délocalisation oblige, de se retrouver à la rue. Pas longtemps, ce n’est pas le genre du bonhomme. Lorsqu’une place se libère à Christofle, il n’hésite pas. Tout va bien lorsque, un jour de 1992, le chef lui dit : « Il va y avoir une restructuration de personnel, on ne peut pas vous garder. » Coup dur. Mais l’un de ses collègues tombe malade et Michel le remplace, d’abord momentanément, puis définitivement.
D’Asnières, où il habitait, il emménage à Saint-Denis, square Degeyter, dans un logement appartenant à Christofle. Dès lors, il ne quittera plus le site, y vivant les hauts et les bas. « En juin 1993, j’ai connu ma première grève. La dégringolade a commencé après la première guerre du Golfe. Il y avait moins de commandes, les plans sociaux se sont succédé. Je me souviens de tous ces gens licenciés qui pleuraient. Il fallait leur remonter le moral. Ce n’était pas mon travail, mais j’étais passé par là… »
Aujourd’hui, pour seulement quelques semaines encore, il ne reste que le musée, qui doit lui aussi s’exiler avant la fin de l’année. « C’est une page qui se tourne, il ne restera plus rien de Christofle », soupire-t-il. Mais bien vite, il raconte les nouveaux occupants du site : deux fonderies d’art, une société de décoration, un bronzier, un sculpteur, un restaurateur d’orfèvrerie, comme un trait d’union entre le passé et le présent. « Il y a une petite vie, c’est bien », sourit-il. Mais la cicatrice est là, à fleur de peau. « Quand ils ont curé l’usine, ils ont tout mis à la benne : machines, matrices, établis… Heureusement que le service du patrimoine culturel du conseil général, dirigé par Olivier Meyer, a réussi à en sauver de justesse une partie. » Michel Chapalain refuse de se plaindre. « J’ai un travail agréable, et je suis bien avec tout le monde. Ça me va bien. » À 52 ans, il est logé sur place et retient aussi les moments agréables : « Il y avait du beau monde qui venait : la princesse du Pakistan, des ambassadrices, des femmes de préfet… ».
Benoît Lagarrigue

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