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/ Magie d’Un Instant

Sur le plateau, des chaises. Nombreuses, très nombreuses. En tas apparemment désordonnés, certaines solitaires, d’autres formant une espèce de tour au loin… Les surplombant, une chambre suspendue, reliée au sol par une échelle. Tel est le décor, au premier regard énigmatique, d’Un Instant, la nouvelle création de Jean Bellorini d’après À la Recherche du temps perdu de Marcel Proust, présentée au TGP jusqu’au 9 décembre.

Le spectacle s’ouvre avec la voix de Léo Ferré, émergeant doucement d’une atmosphère en clair-obscur, comme dans un rêve… « Avec le temps, va tous s’en va… » Nous voilà partis dans un extraordinaire voyage, sensible et profond, au pays de la mémoire, c’est-à-dire du socle de ce que nous sommes. Sur le plateau, deux personnages. Elle, Hélène Patarot, petit bout de femme forte et effarouchée qui raconte son enfance ballotée, ou plutôt ces souvenirs aujourd’hui, des odeurs, des sensations, des images, des bribes qui surviennent comme des nuages dans un ciel tourmenté. Lui, Camille de La Guillonnière, jeune homme fragile et résolu, devient Proust racontant ses souvenirs d’enfant, dont cette soif éperdue d’un dernier baiser de sa mère avant d’aller dormir. Ce simple désir de petit garçon, a priori anodin, devient alors une question de vie ou de mort, une évocation bien plus vivace que toute autre de son enfance, elle aussi tourmentée.

Ces deux comédiens sont fabuleux de sensibilité. Ils composent un duo magique comme on en voit peu, faisant surgir des sensations qu’ils jouent/vivent et qui sont aussi les nôtres. On traverse le spectacle comme un rêve, fait de réminiscences troubles, floues, d’où parfois un instant incroyablement clair et net jaillit, avant de disparaître. S’agit-il des souvenirs d’Hélène la comédienne, de Camille le comédien, de Marcel l’écrivain, de Jean le metteur en scène, sont-ce aussi les nôtres, spectateurs ? On saisit alors que la mémoire est faite de ces moments mouvants sur lesquels on s’assoit et on se construit. Outre cette justesse fine et subtile des comédiens, la mise en scène et la lumière de Jean Bellorini, les costumes et accessoires de Macha Makeïeff, la présence musicale de Jérémy Perret, le son de Sébastien Trouvé, tout concourt à faire de Un Instant un moment rare, troublant, et d’une beauté éperdue.

Benoît Lagarrigue

Un Instant, jusqu’au 9 décembre au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Roger-Blin), du lundi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h 30, relâche le mardi. Durée : 1 h 45. Tarifs : 6 € à 23 €. Réservations : 01 48 13 70 00 ; www.theatregerardphilipe.com

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