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/ Macha Makeïeff au pays de Lewis Carroll

Le spectacle que Macha Makeïeff a créé d’après l’auteur d’Alice au pays des merveilles dessine un monde magique et féerique, celui de l’enfance, étrange, fantastique et bouleversant.
Créé en juillet dernier au Festival d’Avignon, Lewis versus Alice, sera au TGP du 27 septembre au 13 octobre. © Pascal Victor
Créé en juillet dernier au Festival d’Avignon, Lewis versus Alice, sera au TGP du 27 septembre au 13 octobre. © Pascal Victor

C’est un spectacle pictural et musical d’une beauté étrange et fantastique, parfois bouleversante. Créé en juillet dernier au Festival d’Avignon, Lewis versus Alice, mis en scène d’après Lewis Carroll par Macha Makeïeff sera au TGP du 27 septembre au 13 octobre.

Lewis Carroll, on connaît ou plutôt on croit connaître : une petite fille, un terrier, un lapin, un miroir, etc. Conte fabuleux, Alice au pays des merveilles a enchanté des générations d’enfants. Un univers qui avait en son temps séduit les surréalistes (Aragon a traduit Carroll), en décalage avec le réel pour en tirer toute la poésie et la magie sous forme de jeu.

Une singularité qui correspond parfaitement à l’univers de Macha Makeïeff, qu’elle déploie depuis Les Deschiens jusqu’à ses derniers spectacles que l’on a pu voir en 2015 et 2017 à Saint-Denis : Trissotin ou les femmes savantes de Molière et La Fuite ! de Boulgakov. Lewis versus Alice est composé « d’une énigme en quatre crises », succession de tableaux tous plus enchanteurs et surprenants les uns que les autres. « J’ai retrouvé chez Carroll l’esprit d’inquiétude de l’enfance, ce choc avec le réel que vivent parfois les enfants et qui peut tourner au drame, confie Macha Makeïeff qui, petite fille, a elle-même été confrontée à un tel choc. Cela donne une responsabilité insupportable si jeune et c’est alors la poésie qui rend le monde vivable. » 

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Le titre du spectacle pose l’énigme à résoudre : qui était Lewis Carroll ? Et qui a créé l’autre : Lewis ou Alice ? « Versus doit ici s’entendre comme contre, dans le sens de tout contre, comme lorsque l’on se colle à un miroir. Je tente en fait une sorte d’enquête de personnalité : qu’est-ce qui a fait que cet homme, élevé dans l’austérité victorienne, est devenu un mythe malgré lui et quels sont les points d’accroche entre lui et ses personnages ? » Macha Makeïeff s’est plongée dans l’œuvre intégrale de l’auteur, en tirant la matière première pour bâtir son spectacle, à laquelle elle a ajouté son œil de plasticienne, son oreille de musicienne et son humanité de femme de théâtre. « Pour Lewis Carroll, le monde est incertain, instable. Il y a quelque chose d’inquiet chez lui, mais exprimé avec beaucoup d’humour », souligne-t-elle. 
 


 

Les voix des acteurs chanteurs

Avec la complicité de Jean Bellorini et de Sébastien Trouvé, respectivement pour les lumières et le son, tous deux essentiels et véritablement constitutifs du spectacle, avec le talent et les voix des acteurs chanteurs, dont le travail sur les langues française et anglaise ajoute à l’étrangeté, Lewis versus Alice est une réussite émouvante et drôle, charmante et inquiétante, où les personnages mais aussi les éléments de décor, les ombres, les costumes et les masques, les chants, façonnent un monde magique et féerique, celui de l’enfance, du nonsense, de l’absurde. Entre il était une fois… et si on jouait à…, nous voilà entraînés entre le réel et l’imaginaire, le vrai et le faux, le rêve et le sommeil, dans un pays proche et lointain, dont les portes s’ouvrent ou pas et où tout peut basculer d’un instant à l’autre comme sur un fil. Et nous plongeons avec délice dans le terrier à la suite d’Alice… et de Macha.

Benoît Lagarrigue

Lewis versus Alice, d’après Lewis Carroll, mise en scène de Macha Makeïeff, du 27 septembre au 13 octobre au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Roger-Blin), du lundi au samedi à 20 h sauf le 5 octobre à 20h30, dimanche à 15h30, relâche le mardi. Durée : 2 h. Tarifs : 6 € à 23 €. Réservations : 01 48 13 70 00 ; www.theatregerardphilipe.com