En ville

M. Gabriel devrait retrouver Chama

La solidarité, menée par RESF et relayée par les médias, autour du petit garçon de 5 ans et demi qui a fait sa rentrée sans son papa au CP à Jean-Vilar, devrait connaître un dénouement heureux.

« La solidarité n’est pas un délit : c’est une réponse citoyenne. » Déployée devant l’hôtel de ville par les militants du Réseau éducation sans frontières, la banderole ne pouvait mieux illustrer la cause qui les a réunis ce vendredi 4 septembre en fin de journée, au côté d’élus (1), de parents, d’enseignants… Près de quatre-vingt personnes, pour réclamer la libération – déjà en vue ce soir-là – de Joao Abel Gabriel, Angolais sans papiers de Saint-Denis, et papa du petit Chama Dieumerci. Portée par un formidable écho médiatique, la campagne de RESF pour ce gamin de 5 ans et demi, privé de tout parent, devrait sous peu aboutir. Arrivé en France en 2002, M. Gabriel a été arrêté le 26 août lors d’un contrôle à la station du RER B, à la Plaine. Débouté de sa demande de droit d’asile en 2003, cet homme de 44 ans est sous le coup d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Il est donc sitôt placé au centre de rétention administrative de Bobigny. Il y est maintenu sur une décision le 28 août du juge des libertés, confirmée le 31 par la Cour d’appel de Paris. Et ce, alors qu’il élève seul son fils. La mère de Chama n’a plus donné de signes de vie depuis trois ans. Sans parent, l’enfant est pris en charge par la compagne de M. Gabriel, une Congolaise de 22 ans, qui habite à L’Île-Saint-Denis.
Le 2 septembre, ultime recours et nouvelle déconvenue. Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise confirme la légalité de la reconduite à la frontière. Plus rien ne s’oppose à l’expulsion du père de Chama.

L’indignation est à son comble

Le lendemain, le gamin fait sa rentrée au CP à l’école Jean-Vilar, où l’indignation est à son comble. Des voix s’élèvent de la Ligue des droits de l’homme, parmi les parents de la FCPE… Relayé par journaux et radios (et par un joli blog de l’écrivain Thierry Lenain : http://dieumerci.tumblr.com), le cas du petit Chama choque les politiques, dont Jack Lang et Patrick Braouezec qui interpellent le ministre de l’Immigration, Éric Besson. Interrogé ce jeudi 3 septembre, lors d’une conférence de presse, « j’ai demandé à ce que l’on procède à un réexamen », répond le ministre.
Si l’ambiance est plutôt sereine, ce vendredi 4 devant l’hôtel de ville, Catherine Herrero, l’avocate de M. Gabriel, ne décolère pas contre une décision de justice qui aboutirait à « laisser l’enfant à la Ddass ». Elle fulmine contre un État qui se mettrait « à bafouer la Convention internationale des droits de l’enfant qu’il a signé » et s’émeut au rappel de la détresse de Chama, « quand il m’a demandé si son papa a fait quelque chose de mal ». Malika Chemma, militante de RESF qui a accompagné M. Gabriel et son enfant, rappelle leur « situation dramatique. Ils ont été expulsés en juin d’un immeuble insalubre au 67, rue Gabriel-Péri. Depuis, ils étaient ballottés d’hôtel en hôtel. Si M. Gabriel est libéré, il y aura un autre combat à mener, celui du relogement ». Et pour les militants de RESF, dont le responsable départemental Jean-Michel Delarbre, c’est un cas parmi d’autres : « Il faut continuer à se mobiliser pour que change cette loi qui produit tant de malheurs. »

Marylène Lenfant

(1) Étaient présents notamment Patrick Braouezec et Florence Haye.

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