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A l’école Anatole France
/ Lire et faire lire, ça s'apprend au café des parents

Samedi 10 février, des parents d’élèves ont organisé une rencontre avec les familles du quartier Pleyel. Celle-ci s’est déroulée en deux temps, avec un débat animé par les libraires de Folies d’encre, suivi d’un concert avec les élèves du conservatoire.
Les libraires de Folies d'encre sont venues transmettre la passion des livres.
Les libraires de Folies d'encre sont venues transmettre la passion des livres.

« Comment fait-on pour amener les enfants à la lecture ? » Cette question Sylvie Labas et Aurélie Dalmar, toutes deux libraires à Folies d’Encre l’ont très souvent entendue. Et c’est d’ailleurs pour répondre à cette préoccupation des plus communes, qu’elles ont répondu à l’invitation des parents d’élèves de l’école élémentaire Anatole-France pour venir ce samedi 10 février délivrer leurs conseils aux familles du quartier Pleyel.

En réalité, nul besoin de se prendre la tête ni d’avoir recours à une stratégie complexe, car « lire, c’est la première chose que l’on fait en venant au monde », tient d’emblée à faire savoir le tandem. En effet un bébé ne passe-t-il pas son temps à décrypter les expressions du visage de ces parents ? Quel que soit l’âge, « on est tous des lecteurs du monde », assurent-elles. D’ailleurs, « il n’y a pas besoin de savoir techniquement lire pour savoir lire ». Pour preuve, elles brandissent l’un des nombreux albums jeunesse qu’elles ont apportés avec elles. « C’est pomme d’Api ! », s’enthousiasme une petite fille d’à peine trois ans à la vue de la grosse pomme rouge dessinée sur la couverture, en poussant aussitôt la chansonnette en chœur avec la salle, à mesure que Sylvie tourne les pages du livre.

Et pour parfaire encore la démonstration, la libraire se saisit d’un album grand format où figure un crapaud et une lune. Problème, il est écrit en arabe, une langue qu’elle s’avoue incapable de déchiffrer. Qu’à cela ne tienne, elle se lance tout de même dans l’ouvrage et parvient à tenir tout le public en haleine avec l’histoire qu’elle arrive à composer en s’appuyant seulement sur les images.

Les parents d'élèves à l'initiative

C’est  à l’évidence une manière habile de se mettre à la place des parents non francophones pour mieux les encourager à dépasser la barrière de la langue et faire lire leurs enfants. « La lecture, ce n’est pas seulement découvrir un texte et des images, c’est aussi découvrir un objet », précise Aurélie, en insistant sur l’importance de la manipulation des livres dès le plus jeune âge. Et tant pis, si l’enfant ne tient pas jusqu’à la fin de l’histoire. « Il faut s’adapter, lire par petits bouts. Et puis une page, c’est déjà toute une histoire », indique-t-elle en utilisant l’expression du « chemin de lecture ».

Les échanges se poursuivent autour de la littérature orale. Autour de l’enfant qui déchire un livre et pourquoi ? Et comment réagir ? L’usage néfaste des écrans dans le quotidien des enfants s’invite aussi dans la discussion. « C’est ce qu’on appelle un débat intéressant, j’ai appris plein de choses ce matin ! », observe une maman, sortie enchantée de ce premier café des parents. « On a choisi cette thématique, après avoir appris au conseil d’école qu’il y avait un vrai problème autour de la lecture », explique l’un des parents à l’initiative de cette rencontre.

« C’est aussi qu’à Pleyel, on est relativement excentré des services du centre-ville et que pour des raisons historiques, il n’y a  ici ni médiathèque, ni ludothèque et qu’avec la directrice, on s’est dit que ça serait bien de faire entrer dans l’école des choses qu’il n’y a pas dans le quartier. » Ce samedi, pour ce premier rendez-vous « hors-les-murs », c’est le conservatoire de Saint-Denis qui est venu jusqu’à eux, en proposant à l’issue de la rencontre un concert gratuit, avec des prestations de guitare, de flûte, de violon, réalisées par de tout jeunes musiciens.

« On espère que cela donnera envie, et que cela fera naître des vocations », témoigne l’un des pères mobilisés autour de cette action qui ne peut accepter que « dans cette école élémentaire de dix-sept classes, seule une dizaine d’enfants soit actuellement inscrits au conservatoire ».