En ville

Les Restos toujours au front

L’association lancée par Coluche en 1985 a servi, en 2009, des repas pour environ cinq mille Dionysiens. Pour la campagne 2010, commencée le 1er décembre, les bénévoles s’attendent à plus. La crise est passée par là.

Le succès des Restaurants du cœur ne se dément pas. Le constat implacable et triste se confirme lors du lancement de la 25e campagne. « Les années se suivent et se ressemblent », glisse Monique Derrien, responsable du centre de Saint-Denis situé à la Maison de la solidarité. En ce premier jour de distribution, la foule est au rendez-vous. Le centre des Restaurants du cœur a revu l’organisation pour réduire la durée d’attente.

« Pour l’instant, on a un nombre d’inscrits équivalent (environ 600) à celui de l’année dernière à la même période. » C’est sans compter sur les inscriptions à venir. « J’ai entendu à la radio que ça débutait, je suis donc venue m’inscrire », explique cette jeune femme, un enfant dans les bras. Comme elle, ils sont nombreux à ne pas avoir anticipé l’ouverture des Restos. Au total, fin mars 2009, 1200 familles (5 000 personnes environ) ont franchi la porte de la Maison de la solidarité, rue Jacques-Duclos.

« Cette année, nous avons beaucoup de chômeurs en fin de droit », explique Monique Derrien, responsable du centre de Saint-Denis (et de L’Île-Saint-Denis). Les allocataires du RSA représentent en effet plus de 35 % des premiers inscrits.
La crise, seulement à ses débuts l’année passée, frappe de plein fouet. « Des gens découvrent les restos et sont dans une détresse totale », explique Maryvonne, une bénévole retraitée qui entame sa sixième campagne : « Beaucoup sont isolés et ont besoin de parler », ajoute-t-elle. Devant la porte, des groupes se forment : « On reconnaît un voisin et c’est étrange », explique Catherine, la responsable du stock qui entame sa première campagne. « Il fallait que je me sente utile », explique cette toute récente retraitée de l’Éducation nationale. Elle l’est.

« Nous avons besoin de gens et de bras costauds notamment »

La gestion des quelques 3,2 tonnes de stock qui arrivent chaque semaine n’est pas simple : « C’est une gestion pointue avec la livraison au fur et à mesure des produits frais, des surgelés… », confirme Alain, un ancien responsable de magasin qui vient de Clichy-sous-Bois tous les matins pour « honorer la mémoire de Coluche ». « Je me lève à 5 h, mais ça vaut le coup. » Au total, ils sont une quarantaine de bénévoles (contre 55 l’an passé). D’autres sont espérés dans les prochains jours. « Nous avons besoin de gens et de bras costauds notamment », lance Monique Derrien.

Les présents ne chôment pas. La distribution se poursuit presque mécaniquement dans un silence pesant. Les regards sont parfois fuyants. « Je ne viens pas là de gaîté de cœur, qu’est-ce que vous croyez », harangue un sexagénaire. Les bénévoles enchaînent les « bonjour » et un café et un gâteau sont proposés à l’entrée. « Il faut considérer ces gens comme des personnes à part entière et les regarder droit dans les yeux », explique Maryvonne. La tension est toutefois palpable.

« Des gens sont parfois excédés, si on leur parle, ils ont l’impression qu’on les agresse », explique Monique, 64 ans, bénévole depuis quatre ans. « On n’attend pas de merci, mais quelquefois c’est bon à entendre. » Micheline, qui entame sa onzième saison, reconnaît certains bénéficiaires avec lesquels des liens peuvent se créer, mais confesse presque honteuse « que ce n’est pas toujours facile d’évacuer toute cette misère et à chaque fois j’ai hâte que ça se termine ».

« Nous avons aussi de plus en plus de familles démunies »

Les poussettes se succèdent. « Les familles monoparentales sont toujours très présentes, explique Monique Derrien, mais nous avons aussi de plus en plus de familles démunies qui, après avoir payé leur loyer, composent avec ce qui reste comme argent. ». Caroline, 46 ans, mariée et mère d’un enfant, fait partie de celles-ci.

« Malheureusement, j’attaque ma deuxième année aux Restos », explique cette ancienne garde d’enfants en attente de reclassement après une grave maladie. « Les Restos nous offre une respiration, une aide qui nous permet de refaire un peu surface », confie-t-elle. « Vous avez vu le prix de la nourriture aujourd’hui ? », interroge ce retraité. L’affluence se calme, la distribution va bientôt prendre fin. Laure, 59 ans, remplit méthodiquement son caddie et remercie. Avant de sortir, elle lance : « Heureusement qu’ils sont là ! »

Étienne Labrunie

Les Restos du cœur à la Maison de la solidarité, 7, rue Jacques-Duclos, Tél. : 01 49 71 50 13. Première étape: inscription (se présenter le lundi matin à 8h pour un rendez-vous d’inscription dans la semaine). Deuxième étape: distribution de denrées alimentaires (les lundis, mardis, jeudis et vendredis à partir de 8h30).

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Dans les associations caritatives locales

« Va-t-on pouvoir répondre aux attentes de tous ? »

L’arrivée de l’hiver s’accompagne de grandes inquiétudes pour les différentes associations caritatives de Saint-Denis. « J’espère que je me trompe, mais j’ai peur qu’on ait beaucoup de gens dans la rue », confie par exemple Michaël Renard, le directeur de l’antenne de la Croix-Rouge à Saint-Denis. « Je redoute de me retrouver avec des gens de plus de 50 ans qui frappent à notre porte parce qu’ils sont dehors », explique Lidgie Kiminou, coordinatrice de développement social aux Petits frères des pauvres.

« Ma principale crainte est que certains retraités et les jeunes de moins de 25 ans sans ressources, qui ont besoin de nos services, n’osent pas venir nous voir », confie pour sa part Micheline Goislot, secrétaire générale du Secours populaire à Saint-Denis. « Dans le contexte social actuel et vu l’augmentation de la précarité, nous sommes forcément un peu inquiets », admet Betty Somé, responsable de la Maison municipale de la solidarité.

D’autant que cette année, en cas de froid et de passage au niveau 3, il serait plus difficile de réquisitionner des infrastructures si celles-ci devaient servir à vacciner contre la grippe A, explique en substance Djilali Benaboura, responsable de la mission sociale au Secours islamique de France.

Dans un contexte social particulièrement difficile, à l’angoisse s’ajoutent les doutes, les questions. « Va-t-on pouvoir répondre aux attentes de tous ? », se demande Betty Somé. « Comment faire face si le nombre de SDF augmente encore ? », s’interroge Michaël Renard.

Le logement est au cœur de la problématique. La hausse constante des loyers et la part toujours plus importante consacrée à l’habitation reste au centre de la précarisation : « De plus en plus de personnes âgées, ballotées de droite à gauche, sont dans une forme d’errance », explique Lidgie Kiminou. Pour le seul mois de novembre, quatre personnes de plus de 60 ans se retrouvant à la rue ont frappé à la porte des Petits frères des pauvres.

« La grande précarité est en constante augmentation chez les personnes âgées qui sont de plus en plus isolées », ajoute Lidgie Kiminou. « On a beaucoup plus de monde et ça se ressent dans toutes nos activités », confie Micheline Goislot. Les boutiques alimentaires et vestimentaires ne désemplissent pas et « les services sociaux nous sollicitent de plus en plus et nous devons faire face à des situations dramatiques », ajoute la responsable du Secours populaire.

Dans ce contexte, l’appel au bénévolat reste toujours d’actualité, quelle que soit l’association. : « Nous sommes potentiellement capable de faire une maraude par semaine ; en doublant notre effectif, nous passerions à deux », explique Michaël Renard, qui vient de prendre ses fonctions à Saint-Denis. Il ajoute : « Toutes les bonnes volontés, même pour une ou deux heures de temps, sont les bienvenues. » « On a notamment besoin de bras, d’hommes retraités de bonne volonté », lance Micheline Goislot. « On a besoin de bénévoles tout au long de l’année et pas seulement à Noël », renchérit Lidgie Kiminou. L’appel sera-t-il entendu ?

É.L.

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