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Violences au lycée Paul-Éluard
/ Les profs réagissent à l’incident de trop

Intrusions de jeunes extérieurs à l’établissement, agressions, bagarres entre bandes… L’équipe éducative, soutenue par des élèves et des parents, tire la sonnette d’alarme face à l’augmentation des violences et appelle à un rassemblement jeudi 5 avril pour la dénoncer.
Le lycée Paul-Eluard s'étend sur 7 hectares et compte 1 700 élèves
Le lycée Paul-Eluard s'étend sur 7 hectares et compte 1 700 élèves

Les professeurs tirent la sonnette d’alarme. Jeudi 5 avril, les personnels de Paul-Éluard ainsi que des élèves et des parents appellent à se rassembler, à partir de 17h30, devant le parvis de l’établissement pour « exprimer [leur] refus de la banalisation de la violence au sein et autour du lycée ». Cette mobilisation fait suite au droit de retrait exercé par une vingtaine d’enseignants, mardi 27 mars, après une succession d’incidents survenus la semaine précédente. Mercredi d’abord, un parpaing a été « projeté à travers la vitre qui surplombe une salle de classe, atterrissant à moins d’un mètre de deux élèves et de leur professeur. Lui et une élève ont été blessé-es à la main et au poignet », décrivent-ils dans un communiqué. Deux jours plus tard, trois jeunes extérieurs à l’établissement ont pénétré dans l’enceinte pour agresser « un élève avec une bombe lacrymogène dans un couloir. Une classe a également été prise à partie sur le terrain de football par des collégiens », poursuivent-ils.

Cette dernière journée a été celle de trop. « Depuis la rentrée scolaire, il y a une répétition de faits. On a eu des bagarres aux abords du lycée, des intrusions, des élèves rackettés, s’alarme une professeure. Cette situation est liée à un climat dans la ville, qui n’est pas propre à Paul-Éluard. Jusqu’ici, on était plutôt préservé par un phénomène de rivalités inter-quartiers qui touchait davantage les collèges et le lycée Suger », poursuit-elle. Elle s’inquiète particulièrement des bagarres entre bandes, souvent avec des jeunes extérieurs au lycée.  Des affrontements qui débordent jusque dans l’établissement.

Impossible d'empêcher les intrusions

Sans être « catastrophique », la situation est « inquiétante », partage un autre enseignant. Il constate aussi une dégradation dans la ville. « On se demande pourquoi le lycée est devenu un lieu de règlement de comptes, s’interroge-t-il.Cela crée de la psychose dans l’établissement. Certains n’ont plus envie d’aller au foyer [un espace réservé aux lycéens],l’ambiance est lourde. Des rumeurs circulent. Des élèves sont inquiets. On essaye de les rassurer », continue ce professeur, pilier de l’équipe éducative. Il craint que cette accumulation d’incidents n’écorne « la réputation » de Paul-Éluard que les enseignants ont mis « des années à construire ». « On est dans une situation d’excellence malgré tout », rappelle-t-il.

Pointant le manque de moyens en Seine-Saint-Denis, les professeurs demandent pour leur établissement « l’augmentation du nombre de personnels d’encadrement ». Ils jugent « les effectifs insuffisants » suite à « la perte des contrats aidés au pôle vie scolaire, d’un demi-poste d’assistant d’éducation et du non remplacement d’une surveillante » à la rentrée 2017. « Le lycée est tellement grand qu’on a du mal à empêcher les intrusions », note un enseignant, pour qui des caméras de surveillance ne suffiront pas. Regroupant plus de 1 700 élèves, Paul-Éluard s’étend effectivement sur 7 hectares. « Plus il y a d’adultes pour encadrer, plus l’atmosphère est apaisée dans l’établissement », ajoute sa collègue. Elle appelle « l’ensemble de la population » à se rassembler ce jeudi. « La solution, c’est que les professeurs, les personnels d’éducation, les parents et les élèves se mobilisent, s’organisent pour régler ce problème », insiste-t-elle.

Mardi 3 avril, dans la matinée, un nouvel incident s’est produit. Une pierre a été jetée à l’intérieur d’une salle de classe, blessant légèrement une élève. Une soixantaine d’enseignants ont exercé leur droit de retrait. Dans un communiqué, la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de Paul-Éluard a exprimé son « entière solidarité » aux lycéens et à l’ensemble du personnel, appelant à participer à la mobilisation de ce jeudi contre les violences.  

Aziz Oguz

Réactions

les lycées de saint denis sont laissés à l'abandon
J'habite à Saint-Denis depuis 2003. Année après année, c'est le même constat: aucune amélioration tant de la situation que que l'image de Saint Denis. Et depuis qq temps, les ratés sociaux accélèrent les attaques contre ce qui devrait être un sanctuaire, n'y voyant que le reflet de leur lamentable échec. J'ai peur pour mes enfants ... comment les faire grandir ici ? Tout ce qui devrait être normal est juste aberrant dans cette ville.
Il paraît que le dernier incident était signé, avec un beau message sans fautes de lycéens revendiquant la justice...convergence des luttes? comme la violence peut venir de partout et avoir différents symboles... peut-être ne faudrait-il pas tout confondre... voire amalgamer, pour que cela retombe encore sur les mêmes.
Faudra-t-il faire comme aux USA et armer les professeurs pour assurer le calme et la sécurité dans les salles de cours à Saint-Denis ? Voilà le résultat où nous a conduit 20 ans de mépris de la réalité de la violence quotidienne à Saint-Denis par les municipalités qui se sont succédées !
et oui combien de fois nous entendions il fait bon vivre a st Denis le vivre ensemble, l'emblème de cette ville et bien on en est loin aujourd'hui? Laxisme+laxisme=notre quotidien d'aujourd'hui, le bordel