En ville

Paris 8
/ Les précaires refusent de se taire

Ils sont enseignants, bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens… Contractuels, vacataires, attachés temporaires… Des profils et des statuts différents, avec une problématique commune : un code du travail bafoué.
Prochaine assemblée générale du collectif à Paris 8 le mardi 4 octobre à midi.
Prochaine assemblée générale du collectif à Paris 8 le mardi 4 octobre à midi.

« Je suis doctorant, contractuel pendant trois ans et maintenant vacataire pour six mois. » Parmi la trentaine des personnels de Paris 8 présents, la plupart sont doctorants ou post-doctorants. Il y a aussi quelques « Biatss », sigle regroupant les non enseignants de l’université : bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé. « Contractuel », « vacataire », « moniteur étudiant » ou encore « attaché temporaire d’enseignement et de recherche », c’est un véritable maquis de statuts qui se fait jour à mesure que les participants déclinent leur fonction lors d’un tour de table introductif, donnant à voir la réalité du travail précaire au sein de la fac, qu’ici tous « refusent de taire plus longtemps ».

Pousser leurs semblables à sortir de l’ombre et à grossir les rangs de la mobilisation initiée à l’occasion des manifestations contre la loi travail, tel était l’objectif de la réunion publique d’information organisée ce 20 septembre à l’initiative du Collectif des travailleur.e.s précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui revendique en premier lieu « la simple application du droit du travail ». Car chacun ici à voix au chapitre des vexations et des entraves manifestes au code du travail. Il y a ceux dont les vacations ne sont payées que huit mois après, ceux qui ne signent leur contrat qu’à la fin des missions ou encore ceux qui passent leur temps à préparer des cours, finalement annulés au dernier moment.

« Et pourquoi on ne saisirait pas les prud’hommes ? », s’enquiert une doctorante. « Parce que le tribunal ne traite que des cas individuels, avec toutes les conséquences et les pressions que cela peut supposer », lui répond son voisin, pour qui l’adage « plus on est maltraités, moins on peut se défendre » est particulièrement vrai dans le milieu universitaire où les non titulaires se retrouvent mis en concurrence à l’extrême. S’il paraît évident dans les discussions de porter la lutte collectivement, celle-ci semble bien partie pour être à double détente. « Il y a des petites victoires à arracher à l’échelle de l’université », estime ainsi quelqu’un, en prenant exemple sur la lutte orchestrée l’année dernière à la fac Paris 1 qui a notamment abouti à la mensualisation des vacations et à l’exonération des frais d’inscription. « Il ne faut pas non plus se priver de monter en généralité et d’attaquer directement le ministère », remarque un autre. Justement, une semaine de mobilisation nationale contre la précarité dans l’enseignement supérieur se prépare du 10 au 15 octobre, dans laquelle les travailleurs précaires de Paris 8 entendent bien s’investir. 

Linda Maziz