En ville

Les locataires d’Icade se mêlent de leur avenir

Pendant trois semaines, une poignée de locataires de la CNL ont rencontré un à un les occupants des 649 logements, avec un questionnaire, en espérant influer sur les conditions de vente de ce patrimoine.

Ce soir-là, à Floréal, ils sont cinq à parcourir les étages, autant que de portes à toquer sur chaque palier, pour remettre leur questionnaire. Parmi eux, Sophie. « Bonsoir, nous sommes comme vous des habitants de la cité. Vous savez qu’Icade va vendre son patrimoine ? On aimerait qu’il soit racheté par un office HLM pour que les loyers soient reconventionnés… » Ils auront ainsi arpenté les immeubles d’Icade pendant trois semaines pour y rencontrer un à un les locataires.

Dans les 649 logements, dont le sort doit être bientôt scellé, on apprécie l’écoute attentionnée de ces visiteurs sur le ménage qui laisse à désirer, les extérieurs mal entretenus… Quant à l’évolution des loyers, on convient qu’il y a lieu de s’en inquiéter. Conçu par la CNL (Confédération nationale du logement) de Saint-Denis avec les habitants du groupe de travail constitué au printemps dernier, et l’adjoint au maire délégué sur le quartier, Bally Bagayoko, « le questionnaire permettra de rétablir la vérité par rapport au diagnostic fait par Icade, explique Chantal Delahousse, responsable locale de la CNL. On veut, au travers de ce qui sera exprimé par les locataires, que les engagements soient tenus par le futur bailleur, quel qu’il soit ».

« Que des loyers puissent atteindre ou dépasser les 8 euros au m2 est un scandale »

En tête des questions sur l’état des lieux, les locataires sont en effet invités à se prononcer sur les « exigences portées par la municipalité de Saint-Denis et l’Amicale CNL » pour fixer les conditions de la vente. En priorité, le reconventionnement des loyers qu’Icade a commencé à augmenter il y a six ans pour les aligner sur ceux du marché de l’immobilier. « Que des loyers puissent atteindre ou dépasser les 8 euros au m2 est un scandale », s’écrie M. Bagayoko, qui s’attelle lui aussi à distribuer les questionnaires, afin que « l’action soit portée par les habitants », nombreux en réunion, mais plus rares à se mobiliser.

Ce que déplore aussi Colette Boucher, responsable de l’amicale CNL de la cité. Pourtant, observe-t-elle, « beaucoup de gens croient que la vente des logements est individuelle. On a la chance à Saint-Denis que le maire y ait mis son veto. Le bailleur fait le strict minimum », continue-t-elle pour contester la qualité de la réhabilitation, d’ailleurs inachevée, et déplorer l’état des réseaux, chauffage, assainissement, éclairage, dont l’amicale CNL, avec la ville, demande « la rénovation immédiate ».

« Des immeubles amortis, qui ont été financés par de l’argent public »

« Et puis, il y a toutes les voies qui sont complètement dégradées. » C’est là l’un des principaux points d’achoppement avec la ville : sur la voierie qu’elle s’apprête à lui rétrocéder, Icade n’a pas conduit les travaux de réfection qui lui incombent. Stéphane Peu, maire adjoint à l’urbanisme, et président de Plaine Comme habitat, y voit l’un des principaux obstacles à lever pour s’accorder avec Icade sur le rachat de son patrimoine à Floréal. Car, ce n’est plus un secret pour personne, PCH a décidé de se porter acquéreur. « Nous voulons y conduire une réhabilitation sur la base d’un programme de travaux qui doit être validé par les locataires. Mais sans que cela se traduise par des augmentations de loyers », promet M. Peu, selon lequel les négociations en conséquence n’aboutiront « pas avant la fin 2010 ». Quoi qu’il en soit, insiste-t-il, la vente « à un prix très supérieur à leur valeur, d’immeubles amortis, qui ont été financés par de l’argent public, reste sur le fond un scandale ».

Voici près d’un an qu’Icade, filiale de la Caisse des dépôts et consignations, a annoncé sa décision de mettre en vente son patrimoine social, soit 36 500 logements dont la construction avait été en effet financée par l’épargne populaire et le 1% logement. Pour écouler les 26 000 encore à négocier avec les bailleurs sociaux, dont PCH, regroupés autour de la Société nationale immobilière, « vous savez qu’ils ont fait appel à Jean-Marie Messier ?» La révélation en août par le Canard enchaîné n’a pas échappé à Martine, l’une des locataires militantes. Icade aurait ainsi rémunéré les services de l’ancien Pdg de Vivendi Universal, à présent poursuivi pour malversations et abus de bien social, pour 3 millions d’euros ! Quant aux locataires de Floréal, nous fait savoir la CNL, ils peuvent déposer leur questionnaire rempli à la maison de quartier.

Marylène Lenfant

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur