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/ Les jardiniers du Cornillon ne lâchent rien

Eiffage veut utiliser 8 des 11 parcelles des jardins familiaux du Cornillon pour améliorer la fluidité de son chantier de la ligne 16 du Grand Paris Express. Le constructeur promet de les rendre après travaux. Mais les jardiniers ne l’entendent pas de cette oreille.
Les jardiniers se sont rassemblés samedi 21 septembre pour faire le point. © Véronique Le Coustumer
Les jardiniers se sont rassemblés samedi 21 septembre pour faire le point. © Véronique Le Coustumer

Abdallah et son frère Kader cultivent la parcelle n° 8 dans les jardins familiaux du Cornillon. Ils sont fiers des haricots, des tomates, des potirons, du raisin qui y poussent.

«L’an passé, on a récolté 70kg de courgettes. On en donne souvent aux amis, aux voisins», indique Abdallah. Leur parcelle, comme 7 autres sur les 11 que compte le terrain, est menacée par le chantier de la ligne 16 du Grand Paris Express conduit par Eiffage, qui souhaiterait les utiliser pour améliorer la fluidité du chantier. Le 12 septembre, un représentant de l’entreprise a soumis aux jardiniers un projet d’accord actant la restitution des terrains au bout de quinze mois et la construction de nouvelles cabanes de jardin, voire une remise à neuf de l’alimentation en eau à l’issue du chantier.

Mais les jardiniers ne veulent pas en entendre parler. Depuis quelques mois ils s’organisent. Ils ont envoyé des courriers à Anne Hidalgo, maire de la Ville de Paris – propriétaire des lieux – et sollicité le soutien des élus dionysiens. Ils font aussi signer des pétitions. Abdallah s’en est emparé. Il a déposé deux exemplaires au Balthazar, un restaurant où déjeunent les salariés des environs (Afnor, Orange…). En très peu de temps elles ont été remplies. Ce poumon vert de la Plaine que certains employés voient de leur bureau est cher à leur cœur. D’après un élu proche du dossier, les différents partenaires (Villes de Paris et de Saint-Denis, Société du Grand Paris) n’auraient pas été informés de l’empiétement du chantier sur les jardins. 

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Accord impossible

Le 19 septembre, une nouvelle rencontre a eu lieu. Du côté d’Eiffage on pensait un accord possible, persuadé que les propositions faites sont à la hauteur du préjudice subi. Mais les jardiniers, pouvant compter désormais sur le soutien d’élus locaux et de la Ville de Paris, sont restés fermement opposés à l’occupation des 1 600 m2 de parcelles. La situation est donc bloquée. Le maître d’œuvre pourrait bien devoir  se passer de l’espace convoité…

Samedi, Abdallah, Michel, Gilbert, José, Martine… une grande majorité des locataires des jardins, se sont réunis pour faire le point. «S’ils ont autant d’argent, pourquoi ne réfléchissent-ils pas à une solution qui n’amputerait pas nos jardins?», scande Michel, représentant de la Ligue du coin de terre au Cornillon. Il faut dire qu’ici, le bras de fer c’est une tradition. Déjà à l’arrivée des chantiers autour du Stade de France, il avait fallu se bagarrer pour conserver les parcelles. 

Véronique Le Coustumer

Facebook : Jardin du Cornillon

Réactions

C'est quand même malheureux ! Ces jardins jouxtent le complexe sportif Nelson Mandela (sauf erreur de ma part) qui a été amputé d'un bon tiers de sa surface depuis le début du chantier. Et maintenant les bétonneurs en voudraient plus ? Ils ont raison de ne pas céder. Fluidifier le chantier doit vouloir dire augmenter la productivité et/ou la rentabilité... Il est quasi certain que leurs jardins ne leur seraient pas rendus à la fin du chantier. Il semblerait que la Mairie de Paris, propriétaire des lieux, aurait des projets immobiliers sur le site de Mandela qui est petit à petit vidé de ses occupants (clubs sportifs), donc pourquoi pas prendre la surface des jardins pour construire un immeuble de bureaux en plus. Au passage, ce seront quelques hectares de verdure qui disparaitront.