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À la fin du XIXe siècle, Alphonse Bertillon a révolutionné la police scientifique en créant le système tiré de son propre nom : le bertillonnage. Les Archives nationales de Pierrefitte-sur-Seine lui consacrent une exposition passionnante au travers de 250 objets, images et documents d’origine ainsi que des installations.
Photo anthropométrique d'Alphonse Bertillon en 1901. © Collection particulière de Pierre Piazza
Photo anthropométrique d'Alphonse Bertillon en 1901. © Collection particulière de Pierre Piazza

Avant la reconnaissance faciale, les passeports biométriques ou la signature olfactive (comme les empreintes digitales, chaque individu possède une odeur unique !), il a fallu faire preuve d’inventivité et d’une grande méthodologie pour créer les premiers systèmes d’identification probants. Et en la matière, la France était novatrice. Jusqu’en janvier 2020, les Archives nationales consacrent une exposition au pionnier Alphonse Bertillon, l’homme qui a révolutionné la police scientifique et créé le système tiré de son propre nom : le bertillonnage.

L’exposition La science à la poursuite du crime présente au public 250 objets, images et documents d’origine ainsi que des installations pour comprendre comment est né l’ancêtre de la police scientifique. 
 

La révolution Bertillon

À la fin du XIXe siècle, Bertillon, un statisticien entré laborieusement en tant qu’employé à la préfecture de police de Paris, réussi à mettre en place un processus standardisé et rationalisé de fichage des prévenus. Les petits délinquants récidivistes étaient difficilement appréhendables, leur identité quasiment invérifiable à une époque où n’existaient pas les cartes d’identité dont nous sommes désormais tous munis. Son travail a consisté aussi à cartographier méthodiquement des scènes de crime.

« Il ne faut pas oublier que certaines personnes arrêtées étaient passées à tabac pour obtenir des aveux. Ce système était donc un progrès pour les enquêtes de la police mais aussi pour les prévenus innocents, raconte Pierre Piazza, le commissaire de l’exposition et maître de conférences en Science politique à l’université de Cergy-Pontoise. Bertillon avait remarqué un grand nombre d’approximations lors des enquêtes. Avec son système, il voulait faire entrer la police dans la modernité. » Concrètement, le bertillonnage consistait à ficher les individus selon une douzaine de mensurations.

À ces mesures très précises s’ajoutaient la photographie qui en était à ses débuts, le relevé de stigmates sur le corps et le « portrait parlé ». Cette technique de signalement codifiait et décrivait scientifiquement les formes de certaines parties du visage des individus interpellés : forme de l’oreille, du nez, des sourcils, couleur de l’iris… Le bertillonnage est une méthode qui a accouché de « millions de fiches » signalétiques selon Pierre Piazza, dont le livre La science à la poursuite du crime, d’Alphonse Bertillon aux experts d’aujourd’hui (éditions de La Martinière) retrace la grande histoire méconnue de la police scientifique. 
 


 

Dérives du Bertillonnage

Entré au panthéon des scientifiques français les plus célèbres comme Louis Pasteur ou Marie Curie, Alphonse Bertillon jouissait d’une renommée internationale qu’il aimait entretenir. Des registres exposés aux Archives attestent de l’intérêt que lui portaient scientifiques, journalistes, hommes de lettres, politiciens, fonctionnaires de police étrangers… Mais cette tendance à maintenir coûte que coûte sa notoriété si durement obtenue l’a conduit à des échecs dont il a eu du mal à se relever. Son expertise graphologique apportée à l’affaire Dreyfus (et qui condamne le capitaine) en est l’un des exemples les plus parlants. « Je ne pense pas que Bertillon était antisémite. Le problème était qu’à l’époque il n’y avait personne pour remettre en cause son expertise parmi les membres du jury », indique Pierre Piazza qui a également été conseiller sur J’accuse, le nouveau film de Roman Polanski.

La réhabilitation d’Alfred Dreyfus – déporté en Guyane à cause du rapport d’expertise de Bertillon – fait taire ses thuriféraires. Et, avec le temps, de nombreuses dérives du bertillonnage sont pointées du doigt : le gouvernement oblige dès 1912 les membres de la communauté tzigane à porter une carte anthropométrique d’identité, les populations dites autochtones dans les colonies – à l’instar d’ouvriers français – sont également fichées.

L’exposition réussit à mettre en lumière cette violence d’État rationalisée et fait le lien étroit avec les systèmes d’identification contemporains. Et leurs usages. Pour accompagner l’exposition, les Archives nationales vont accueillir le public avec une reconstitution de scène de crime notamment lors des Journées européennes du Patrimoine le samedi 21 septembre.

Une visite subjective se déroulera avec l’écrivain Rachid Santaki le samedi 28 septembre à 11h30 (1). La reconstitution sera à nouveau mise en place lors de la Fête de Saint-Denis début octobre. Des installations d’art contemporain sont aussi présentées dans le hall des Archives. Enfin, hasard du calendrier, cette exposition coïncide avec l’installation prochaine des nouveaux locaux de la police scientifique (INPS) à Saint-Denis.

Maxime Longuet

La science à la poursuite du crime, aux Archives nationales (59, rue Guynemer à Pierrefitte-sur-Seine), jusqu’au 18 janvier 2020, du lundi au samedi (9h-16h45), fermée du 23 décembre au 5 janvier. Entrée libre et gratuite. (1) Visite gratuite, sur réservation par mail à lauriane.stissi@culture.gouv.fr

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