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Education Saint-Denis
/ L'Education dans le 93 ou la politique de la corde coupée

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Tribune parue dans Libération

Les médias se sont largement fait échos d’un incident grave survenu au collègue Elsa Triolet, jeudi 11 avril, à Saint-Denis : un adolescent, après avoir escaladé la grille du collège pour s’introduire dans une classe, a braqué une enseignante avec un pistolet factice en tirant à plusieurs reprises des billes en direction de son visage. Heureusement, elle a pu se protéger et ne pas être blessée. Légitimement, cet événement a provoqué un effet de sidération. Le lendemain, les personnels du collège ont décidé d’arrêter le travail.
Comment peut-on en arriver là ? La réponse de l’institution est facile à prévoir : lutte contre la délinquance avec surement l’annonce de quelques mesures sécuritaires. Mais comme le montre la répétition de ce type d’évènements ces derniers mois au Lycée Paul Eluard, aux collèges La Courtille (Saint-Denis) et Diderot (Aubervilliers), ça ne risque pas de changer radicalement cette situation.
Il est en effet impossible de ne pas réinscrire cet incident grave dans un contexte territorial où les tensions économiques – un des départements les plus pauvres – et scolaires sont les plus exacerbées. A Saint-Denis, et plus largement dans le 93, le service public d’éducation souffre d’un manque structurel de moyens que dissimule de plus en plus mal la politique d’éducation prioritaire : là où l’État était historiquement moins présent, désormais il se retire. C’est ce qu’a montré le rapport parlementaire de mai 2018 sur « l’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis ». Pour exemple, le collège Elsa Triolet a perdu 10 % d’heures d’enseignements depuis 2012 alors que les effectifs ont augmenté de 100 élèves. Le taux d’encadrement y est bien trop faible : un assistant d’éducation pour 89 élèves et deux conseillers principaux d’éducation (CPE) pour 578 élèves. Face aux élèves en difficultés scolaires, les moyens manquent pour soutenir ces élèves et combler les problèmes d’apprentissage. Reste alors la réponse répressive. Chaque jour dans le département plusieurs centaines d’élèves sont sous le coup d’une exclusion temporaire de leur collège. Autrement dit, l’équivalent d’un « collège fantôme » par jour. L’élève ayant commis cette acte est d’ailleurs un ancien élève du collège, exclu il y a deux ans. Dans ce contexte on pourrait même envisager que ce type de violence ait lieu plus régulièrement si des milliers d’agents statutaires et précaires présents quotidiennement dans ces établissements populaires (enseignants, agent de service, surveillants, CPE, ATSEM, AVSH, assistantes sociales, infirmières) ne tentaient pas de faire face malgré le manque criant de moyens.

L’exemple de cet ancien élève au parcours scolaire chaotique le montre bien, les violences contre l’institution scolaire et leurs représentants ont une spécificité : elles sont d’abord, toujours et systématiquement le résultat de difficultés non surmontées dans les apprentissages. À cet égard, la France se caractérise par une dégradation continue des acquis de ces élèves depuis 15 ans, à la fois dans la maitrise de la culture écrite et dans les exercices de numération. Cette dégradation des capacités de l’école à transmettre les savoirs décisifs affecte plus spécifiquement les élèves des milieux populaires, surreprésentés en Seine-Saint-Denis. La politique actuelle du ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer n’infléchira pas cette situation. Pire, la réforme en cours va accentuer la concurrence entre établissements et la compétition scolaire entre les élèves. Qu’on ne s’y trompe pas, en réduisant chaque année toujours davantage les moyens notamment dans les territoires populaires, cette politique gouvernementale n’est pas seulement celle des premiers cordés ; elle est désormais celle de la corde coupée.

Simon Duteil, enseignant.e.s au collège Elsa Triolet et parent d’élève à Saint-Denis, Zélia Molinari,, enseignante au collège Elsa Triolet, Etienne Penissat, sociologue et parent d’élève à Saint-Denis et Cédric Hugrée, sociologue.

Education Saint-Denis

Réactions

Ils me font doucement marrer ces sociologues de salon ! cela fait 30 ans qu'ils se trompent sur tout mais cela ne les empêchent de faire la leçon aux autres.

Sans oublier qu'un des signataires (Etienne Penissat) n'est autre qu'un élu REVEUR / INSOUMIS qui vient ici "sociologuer" sournoisement pour son chef de fil Bally Bagayoko.

“Les peuples heureux n’ont pas de sociologues, mais ils ont des mœurs, des institutions et des lois.” - Jules Monnerot

Au vu des fautes de langue contenues dans le texte, on ne peut qu'espérer que ces soi-disant sociologues seront bientôt licenciés pour insuffisance professionnelle. Heureusement que Libé a son relecteur, contrairement au JSD apparemment...
Sur le fond c'est toujours la même rengaine bourdieusienne qui veut que les mineurs délinquants et leurs parents soient forcément des victimes.
Or la solution idoine est à la fois simple et économique : il suffit d'infliger des sanctions vraiment dissuasives, telles que le retrait de l'autorité parentale ou la suspension des allocations sociales et familiales pour les parents irresponsables.

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