En ville

Le voyage dans le temps se poursuit

Les archéologues qui explorent l’îlot Cygne, en plein centre-ville, n’ont pas fini de remonter l’histoire de ce lieu surprenant, témoin du passé de la ville.

Déjà près de 400 personnes ont visité le chantier de fouilles du Cygne (voir JSD n° 797 du 8 juillet), exploré depuis le 15 juillet par l’Unité d’archéologie avec des résultats fort intéressants. Un chantier ouvert au public l’après-midi. Sur une surface de plus de 400 m2 sont apparus des éléments qui confortent les archéologues dans leur idée que ce lieu est un formidable révélateur de l’histoire de Saint-Denis. Une histoire que l’on remonte à partir de l’époque contemporaine pour parvenir à… on ne le sait pas encore.

Une voie du XVIe siècle

On voit d’abord une chaussée pavée, prolongeant l’impasse des Boucheries jusqu’au cœur de l’îlot. « Elle est relativement récente, du XIXe siècle », explique Jean-François Goret, qui conduit le chantier. En contrebas de cette chaussée, plus profond de deux mètres environ, un espace vierge, qui n’a pas encore été fouillé, sans doute une cour. C’est au-delà que les choses sérieuses commencent. Un muret, d’environ un mètre de haut, coupe l’espace. « Il s’agit d’une partie des fondations d’un bâtiment, dont nous avions connaissance par les anciens cadastres des XVIIIe et XIXe siècles. Son principal intérêt vient du fait qu’il est constitué d’éléments d’architecture réemployés. » Il nous montre des blocs de taille, des éléments sculptés, un morceau de chapiteau, un boulet de canon en pierre… « Il faut se souvenir que l’abbaye médiévale a été démolie au XVIIIe siècle », précise-t-il.
Au-delà de ce mur commence la partie dont le travail de fouille proprement dit a le plus avancé. « Il y a d’abord une zone au sol très compact, avec quelques dalles, sans doute des XVIe et XVIIe siècles, qui révèle un niveau de circulation en extérieur. » On trouve aussi une fosse de dépotoir, avec une empreinte très nette d’un cuvelage en bois, dont le matériel signifie qu’elle date de la fin du XVe et du début du XVIe. Cette partie, en cours de fouille, précède la parcelle située le long du Croult, dont le lit apparaît. « Mais attention, il s’agit là de son lit aménagé au XIXe siècle?! Peut-être trouverons-nous plus tard son lit médiéval… »

Des artisans près du Croult

Apparaissent un pont, deux grandes cuves « qui servaient à chauffer l’eau tirée de la rivière, et de plus petites, utilisées par les lavandières ». Derrière, l’ancien séchoir Saint-Nicolas trône. « Ici, nous sommes en présence d’une zone d’abord artisanale, puis industrielle. Au XVIIIe siècle, une blanchisserie a pris la place des ateliers de teinturerie. » Enfin, en bout de parcelle, on devine des fondations matérialisant deux bâtiments voisins. « Ils peuvent être contemporains, peut-être du XVIe siècle, mais c’est à étudier avec plus de précision », conclut Jean-François Goret, tout à fait provisoirement, puisque ce chantier de fouilles programmées doit se poursuivre durant plusieurs années. Cette première campagne s’achèvera fin octobre.

Benoît Lagarrigue

Le chantier est ouvert au public du lundi au vendredi de 14?h à 16?h, lors des Journées du patrimoine et de la Fête de Saint-Denis. Entrée par le 4, rue du Cygne.

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Chantier à Meissonnier

Gaulois et Gallo-Romains dans la cité

L’Unité d’archéologie de la ville est intervenue cet été cité Meissonnier dans le cadre d’un diagnostic, avant que des travaux d’aménagement démarrent. Et, comme nous l’annoncions dès le 28 août sur www.lejsd.com, des vestiges gaulois et gallo-romains y ont été découverts. Vingt tranchées ont été creusées dans le sous-sol de cet ancien coron ouvrier, sur une zone de 6?000 m2, avec des résultats très intéressants.
« Dans la partie haute, proche du boulevard de la Libération, nous avons trouvé de nombreuses structures des XIXe et XXe siècles, liées bien sûr à l’ensemble des bâtiments Meissonnier », explique Stéphane Louit, qui dirige le chantier de fouilles. Une fosse contenant des déchets de céramiques et d’ossements d’animaux, témoignant d’une activité agricole au Moyen Âge, a également été découverte. Mais le plus important est à venir. Dans la partie centrale du secteur (où doit être construit un parking souterrain), entre les deux rangées de maisons, quatre grandes tranchées ont été évidées.
« Nous sommes à une centaine de mètres de la Seine, sur un terrain en pente descendant vers le fleuve, précise l’archéologue. Dans la première tranchée nous n’avons rien trouvé, si ce n’est des alluvions. Dans la deuxième, des caves et peut-être des traces d’un bassin de teinture, liés aux bâtiments industriels. » Toujours l’époque moderne, donc. Mais aussitôt, Stéphane Louit, en nous montrant un fossé, nous invite à faire un bond dans le temps. « Il s’agit d’un fossé protohistorique, perpendiculaire à la Seine, vraisemblablement d’époque gauloise. » Ce sont les céramiques trouvées et leur mode de cuisson qui permettent de suggérer cette datation. « Bien sûr, il faudra effectuer des analyses plus précises », indique-t-il.

Céramiques du Bas Empire

Ce fossé apparaît dans la troisième tranchée, la plus riche en terme de vestiges, avec un silo en forme de carafe contenant des céramiques. Mais ce n’est pas fini?: un puits coupe le fossé gaulois. D’un diamètre de cinq à six mètres en surface et de deux mètres plus bas, il semble très profond. « Il s’agit d’un puits gallo-romain, dans lequel nous avons trouvé des céramiques du Bas Empire, c’est-à-dire des IVe ou Ve siècles après J.-C., ainsi que beaucoup de charbon de bois, sans doute des scories venant d’une activité métallurgique et des objets liés à de l’artisanat, comme des rebuts de tailles d’os, des épingles à cheveux, certaines à têtes anthropomorphes. Ces vestiges témoignent de la présence d’un habitat gallo-romain dans le secteur », révèle l’archéologue. Ce premier diagnostic achevé, tous ces éléments vont maintenant être analysés avant, peut-être, une deuxième campagne de fouille l’an prochain. Mais cela dépend de l’État qui va, au regard des résultats de ce diagnostic, décider ou non cette poursuite. « Ce que l’on a appris, c’est que le site a été occupé à l’époque gauloise et gallo-romaine, ce qui n’est pas fréquent à Saint-Denis », conclut (provisoirement??) Stéphane Louit.

B.L.

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Repères

Par la loi de janvier 2001, modifiée en juillet 2003, le principe de service public de l’archéologie préventive a été confirmé.
Lors d’une opération d’aménagement ou d’urbanisation, il est d’abord procédé à un diagnostic par sondages afin de voir si le sous-sol ne recèle pas de vestiges archéologiques.
Si c’est le cas, une fouille préventive est déclenchée afin d’éviter que ce patrimoine ne soit détruit lors des travaux.
La fouille programmée, elle, s’inscrit dans un cadre
de recherche scientifique et correspond, le plus souvent, à des programmes pluriannuels élaborés par des chercheurs et structurés en fonction d’objectifs très précis.

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