En ville

Métabolisme urbain
/ Le réemploi, matière à construction

Petit à petit le réemploi des matériaux de construction fait son nid. Si l’on ne peut pas encore parler de cercle vertueux, l’expérience menée au Fort de l’Est par Batiplaine est encourageante.
Le métabolisme urbain considère la ville comme un être vivant, qui vit de flux © Yann Mambert
Le métabolisme urbain considère la ville comme un être vivant, qui vit de flux © Yann Mambert

Les persiennes métalliques mériteraient un petit rafraîchissement. Tout comme les volets en bois et les cheminées en bakélite qui patientent à l’ombre des deux seuls pavillons qui ont échappé à la destruction. Tous attendent un repreneur. Un peu plus loin on découvre des tuiles en terre cuite qui ont été démontées une à une à la main, ainsi qu’un gros tas de pavés en grès. Eux auront droit à une seconde vie sur le site. Aux confins de Saint-Denis et de La Courneuve, en bordure du glacis de l’ancien Fort de l’Est, avenue de Presov, la société Batiplaine expérimente la notion de métabolisme urbain pour son futur programme de 350 logements (205 sociaux et 107 en accession et 38 en accession sociale).

Le métabolisme urbain considère la ville comme un être vivant, qui vit de flux. Avec cette approche, un chantier de démolition doit d’abord être vu comme un gisement de matière première secondaire à réemployer. « Les services de Plaine Commune ont identifié le programme du Fort de l’Est. Nous en avons été informés au début de l’été 2018, juste avant que ne démarrent les travaux de démolition, se souvient Marie-Amélie Cornil, directrice générale de Batiplaine, le maître d’ouvrage. Avec l’entreprise nous avons donc lancé le plus rapidement possible un diagnostic ressource afin d’identifier tous les matériaux potentiellement réutilisables ou recyclables. » 14 bâtiments à démolir étaient concernés.

S’il s’est avéré impossible de récupérer les lavabos à cause de leurs joints en amiante, ni les carreaux de ciment pour la même raison, ou encore les briques qui supportaient mal la démolition, d’autres matériaux ne présentaient pas de problème. « Le démolisseur a fait des tests de dépose pour voir la faisabilité et à quel coût, » précise Marie-Amélie Cornil. Les parquets en bois (l’équivalent d’une benne) ont ainsi pu être sauvés et confiés à l’association RéaVie, spécialiste du réemploi. Charge à elle de les remettre en état et de se rémunérer sur la revente. « Nous avons réalisé cette expérimentation en un temps record, souligne Marie-Amélie Cornil. Mais, à l’avenir, il faudrait anticiper plus la démarche, notamment pour mieux identifier les filières de réemploi. » C’est bien le nœud du problème et à Plaine Commune on en est conscient.

Cinq filières pour le réemploi

« Une fois le diagnostic ressources achevé, nous avons identifié cinq filières stratégiques pour le réemploi, détaille Justine Emringer chef de projet métabolisme urbain. Il s’agit du béton, du bois, de la serrurerie-métallerie, de la menuiserie extérieure et de la terre cuite. Nous avons lancé ce printemps un appel à projets intitulé “Construisons ensemble les nouveaux circuits de valorisation des matériaux du BTP”. Nous avons retenu sept lauréats. On y retrouve des acteurs de l’Économie sociale et solidaire, comme des acteurs traditionnels de la construction. Nous venons d’avoir une première réunion dans le but de mettre en place de véritables filières sur le territoire, en réfléchissant aux problématiques de reconditionnement, de stockage ou de transformation. » Car si le réemploi semble tomber sous le coup du bon sens, les contraintes sont nombreuses.

« La question du stockage est primordiale, témoigne Marie-Amélie Cornil. Pour notre programme, elle l’était moins car nous avons beaucoup de place. Mais nous pourrions par exemple stocker pour d’autres. Les choses vont avancer mais à notre niveau on a pu constater des points de blocage. Il est par exemple impossible d’imaginer réutiliser dans une construction neuve les persiennes métalliques que nous avons stockées. Dans le neuf, lesmatériaux font l’objet de fiches techniques et de tests en laboratoire. En revanche, si nous avions eu du béton à réemployer, nous aurions trouvé preneur facilement. Une bonne part de béton neuf est issue de déconstruction. » Reste donc à formaliser les choses. Ce à quoi va s’atteler Plaine Commune. « On va intégrer des clauses de réemploi de matériau dans les chantiers de construction neuve », assure Justine Emringer. En attendant, au Fort de l’Est, tuiles et pavés démarreront leur nouvelle vie début 2022 quand le nouveau programme sera livré.

Yann Lalande

Batiplaine au service des bailleurs sociaux

 Batiplaine est une filiale partagée et mutualisée entre les organismes HLM locaux (PCH, OPH d’Aubervilliers, la Caps) et l’entreprise sociale pour l’habitat 3F. L’unique objectif de ses 15 salariés est la production de logement. Batiplaine assure ainsi la maîtrise d’ouvrage pour ses actionnaires. Elle a mis en chantier plus de 2 000 logements sur le territoire de Plaine Commune depuis sa création en 2013. Sa présidence est assurée par l’élu dionysien David Proult.

 

 

Logements avec vue sur le fort

Au Fort de l’Est, les gendarmes ne sont pas tout à fait partis mais ils cèdent du terrain. 2,4 hectares exactement, dont l’achat en mars 2017 a été facilité grâce à la loi promulguée en 2013 sous la houlette de Cécile Duflot, ministre (EELV) du Logement d’alors, relative à la mobilisation du foncier public en faveur du logement. En clair, l’État s’est débarrassé à bas coût de ces délaissés dont il ne faisait rien. Si les gendarmes conservent sur le site des hébergements temporaires et des entrepôts bien pratiques pour les jours de grand événement au Stade de France, la physionomie de ce qui a été près d’un siècle durant une caserne va profondément changer. 350 logements vont pousser là, répartis sur six lots, à destination entre autres des bailleurs sociaux PCH et 3F. 450 m2 de locaux d’activités et commerciaux vont également voir le jour, ainsi qu’un local associatif de 200 m2. Le programme comprend aussi 7 000 m2 de parc. Ce dernier ne sera pas ouvert au grand public mais donné en gestion à une association dans le domaine de l’agriculture urbaine. Une étude d’impact est actuellement en cours. Une consultation publique par voie électronique s’en suivra à la rentrée. Les travaux devraient ainsi pouvoir démarrer en décembre 2019.

Réactions

Le projet est intéressant mais il semble bien moins ambitieux que ce qui est déjà fait par Bellastock à Stains sur des chantiers de Seine-Saint-Denis habitat avec le soutien de Plaine Commune et de la Ville de Stains.
Des logements sociaux... yen a tellement peu sur notre territoire. Tant qu'on en construit à st Denis, pourquoi en construire à levallois, Neuilly...

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