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Franc-Moisin/Bel-Air, Stade-de-France
/ Le pont ne tourne pas rond

L’ouvrage mobile censé relier les deux quartiers séparés par le canal n’a jamais fonctionné à plein depuis son inauguration en 2003. Au grand dam des riverains, qu’ils soient véhiculés ou piétons. Ils sont invités à un rassemblement le 10 mai.
Quand le pont tournant est en panne, les usagers doivent emprunter la passerelle piétonne.
Quand le pont tournant est en panne, les usagers doivent emprunter la passerelle piétonne.

À force, c’est devenu une source de plaisanterie. « Le pont ? Depuis qu’il existe, il a plus été en panne qu’il n’a fonctionné ! », rient jaune des habitants. Inauguré en 2003, le pont tournant relie les quartiers des deux rives du canal, Franc-Moisin/Bel-Air d’un côté, Stade-de-France de l’autre. C’est pratique pour les véhicules, qui ne sont pas obligés de passer par la Porte de Paris, et les usagers à pied ou à vélo. La première année, son taux de fonctionnement était de 53%. En 2016, il était d’environ 80%, selon les chiffres communiqués par Plaine Commune. En fin d’année, des travaux temporaires ont été entrepris, mais rebelote mi-janvier : les galets qui permettent la rotation du pont ont de nouveau cédé. Pour éviter un nouvel arrêt, la structure marche « en mode dégradé » depuis avril, de 8h15 à 9h, de 15h30 à 18h et de 19h30 à 6h15 (fermeture du canal à la circulation fluviale). Son activité normale est prévue d’ici mai, avec l’arrivée de pièces de rechange.

« C’est un ouvrage complexe, avec de la vidéo, des capteurs, de l’électronique, des moteurs, de la présence humaine, etc. Si un seul de ces dispositifs dysfonctionnent, le pont bloque »,explique Alain Feraud, en charge du dossier à Plaine Commune. L’équipement est aussi victime de malfaçons et de défauts de construction. « Il y a déjà eu deux expertises judiciaires et trois contentieux, dont l’un est en cours d’achèvement », poursuit-il. L’affaire se complexifie d’autant plus que la structure appartient à Plaine Commune, mais son exploitation et son entretien dépendent de la Ville de Paris, gestionnaire du canal. Après mai, « on va lancer une expertise technique de la totalité de l’ouvrage », assure-t-il. 

En attendant, les habitants, eux, vivent la même galère. Souvent, ils doivent emprunter la passerelle piétonne attenante au pont tournant. Fatima-Zahra fait généralement deux allers-retours par jour. Habitante depuis près de vingt ans de Franc-Moisin, elle travaille côté stade. « Tous les jours, c’est vraiment fatiguant de monter les marches. Mais le plus difficile, c’est pour les petits, les femmes enceintes, les mamans avec poussette, les personnes âgées, ceux qui ont des problèmes de santé… Il faut être sportif », déplore la Dionysienne d’une quarantaine d’années. Pour Linda, elle aussi de Franc-Moisin, le pont en panne renforce la séparation. « Cela met une sorte de barrière, de différence. C’est comme le mur de Berlin, dit-elle. On est encore pénalisé. Au lieu d’ouvrir le quartier au Stade de France, on le ferme. » Le contraste est saisissant entre, d’un côté, une ancienne cité HLM, et de l’autre un nouveau quartier qui mêle bureaux et logements neufs. Côté Stade, les Dionysiens sont aussi impactés : il faut aller sur l’autre rive, pour accéder aux services de proximité, comme la Poste, la médiathèque ou le supermarché.

« Quand le pont est fermé, le canal se transforme en frontière »,renchérit Mélanie Thomas, directrice de la Maison de quartier Franc-Moisin. En mars, lors d’un forum organisé par la structure, c’était l’une des préoccupations majeures soulevées.  « Cette question d’aménagement est tellement prégnante dans le quotidien des habitants ! Cela irrigue tant de problématiques, liées à l’éducation, la lutte contre les discriminations, l’accès au service public, la liberté de circulation… » Les habitants ont lancé des pétitions. La Maison de quartier appelle à un rassemblement le mercredi 10 mai, à partir de 17h30, devant le pont tournant pour fédérer les riverains.

Aziz Oguz