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Rénovation urbaine
/ Le nouveau Franc-Moisin

Des bâtiments démolis, moins de logements sociaux et de nouveaux axes routiers traversant, telle est la recette pour désenclaver le quartier Franc-Moisin. Le programme de rénovation urbaine ne fait pas l’unanimité pour autant.
Le projet de rénovation urbaine présenté en septembre 2018 aux habitants.  (©) Ph.Guignard/air-images.net - Plaine Commune
Le projet de rénovation urbaine présenté en septembre 2018 aux habitants. (©) Ph.Guignard/air-images.net - Plaine Commune

C’est un sujet hautement inflammable. Dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), le projet de rénovation de la cité Franc-Moisin entre dans sa phase décisive. Commencée en 2016, la concertation autour de ce projet devait initialement se terminer dans l’année écoulée. La Ville avec Plaine Commune et l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), représentant l’État, espèrent désormais signer la convention au plus tard en 2019. Quant au projet, il a pris forme dans les grandes lignes. Les démolitions d’immeubles et les constructions de rues se précisent. Vendredi 21 septembre, le projet devait être présenté aux habitants lors d’une réunion publique, mais celle-ci a été annulée à cause d’un acte malveillant (lire ci-dessous). Il a été confirmé que de nouvelles rues traverseront la cité, avec des trottoirs et des zones de stationnement le long de ces routes. Aujourd’hui détournée de son usage et servant de parking, la place Rouge deviendra un carrefour névralgique, traversé par deux axes, allant d’ouest en est et du nord au sud. « On propose de construire des rues pour qu’on puisse traverser Franc-Moisin. Notre volonté, c’est de désenclaver le quartier, de l’ouvrir sur la ville », défend David Proult, maire adjoint à l’urbanisme et élu du secteur.

Fini le tout logement social

Et qui dit rues, dit démolition d’immeubles. Dans le projet porté par la Ville, il est prévu des destructions partielles aux bâtiments 1, 2, 7 et 13. Dégradé, le B4 serait entièrement détruit. Grand ensemble de 13 étages tout en longueur, ce dernier concentre environ 300 logements sur les 507 destinés à la démolition. À la place, environ 580 logements dans de plus petits immeubles seraient reconstruits : 250 appartements sociaux et 330 privés, dont une partie en accession sociale à la propriété. Les habitants seront accompagnés pour être relogés. « Tout ce qui n’est pas détruit sera réhabilité », rappelle le maire adjoint. Au final, le nombre de logements passerait de 1 886 à 1 959, mais la part de logements sociaux baisserait légèrement à environ 1 630 unités. « On passerait de 100 % à 83 % de logement social », précise David Proult. Par ailleurs, la moitié du groupe scolaire Franc-Moisin/Rodin-Renoir sera détruite pour être reconstruite à l’emplacement des anciens locaux de l’entreprise les Charcuteries gourmandes. Néanmoins, le sort du B4 n’est pas encore réglé. Le bailleur privé Logirep refuse pour l’instant sa démolition. « Pour des raisons financières », selon l’élu. Il assure que Logirep n’est pas satisfait du prix proposé pour le rachat de son parc. « La Ville, PCH et l’Anru poussent pour cette démolition. L’État ne veut pas financer le projet de rénovation si le B4 n’est pas détruit », explique François-Xavier Brabant, du conseil citoyen Stade-de-France, Franc-Moisin et BelAir. « L’Anru veut faire de Franc-Moisin un projet emblématique du NPNRU », confirme David Proult. « Sans la démolition du B4, il n’y aura pas de transformation en profondeur du quartier », estime-t-il. Or, l’enjeu de ce plan est énorme puisque le quartier pourrait bénéficier de 150 à 200 millions d’euros de travaux. 

Un manque de concertation déploré

La concertation, elle, est critiquée par des habitants. « On ne nous donne pas toutes les informations, souvent on ne les a qu’au dernier moment. Et à force, des habitants se résignent. Ils laissent tomber et disent aux décideurs : “faites votre projet comme vous le voulez” », critique Diangou Traoré, locataire et membre du conseil citoyen. Au printemps dernier, avec l’aide de l’association Appuii, le conseil citoyen a organisé deux événements publics avec les habitants. Ils ont noté un paradoxe : il y a eu de nombreuses réunions mais les habitants ne se sentent néanmoins pas assez informés. Dans ses conclusions, Appuii écrit que les scénarios proposés par le cabinet de l’urbaniste Catherine Tricot « ne sont pas suffisamment concertés avec les habitants et donnent l’illusion d’un choix, qui résultera en fait d’une négociation entre l’Anru, le bailleur Logirep, Plaine Commune et la Ville de Saint-Denis ». Si le projet est bien avancé, les négociations ne sont donc pas encore terminées.

Aziz Oguz

Présentation annulée. Vendredi 21septembre, la Ville avait installé une grande tente au cœur du quartier pour présenter les grandes lignes du plan de rénovation. Mais la réunion a été annulée après l’irruption de plusieurs jeunes armés de pieds de biche. Ils ont agressé un agent de sécurité, qui n’a pas été blessé, avant de s’enfuir. La police est intervenue. La réunion est reportée courant octobre. 

Pour en savoir plus: 

Réactions

Ce projet ne vas pour autant désenclaver le quartier par rapport au reste de la ville. La demolition du bâtiment 4 ne changera pas les problèmes d'insécurité. Remettre des logements en plein cœur de la cite, a la place de l'école maternelle va concentrer les trafics. De plus sans le bâtiment 4 et ses180 places de parking (box) dessous n'arrangera pas le stationnement sauvage. Alors que piétonnise de plus en plus de rues, ici on veut en remettre. C'est justement ce qui faisait le charme de la cite, de ne pas être traversée par des rues anonymes et sans intérêt.. Oui, une plus concertation aurait été bien, mais comme souvent, les habitants n'ont pas leur mot a dire. Et s'il vous plait, il s'agit de la cite des Francs-Moisins. Je ne sais pas d'où vient ce singulier ridicule.
En 2017 LOGIREP a réalisé un chiffre d'affaires de 497 millions d'euros avec un résultat net de 59 millions. La rentabilité de LOGIREP de 11,9% est impressionnante. Le logement social semble un secteur très rentable. En 1972, la décision de l’État de construire des immeubles d'habitations dans le quartier du Franc Moisin a permis à LOGIREP d'augmenter son patrimoine de trois cent logements et de créer le bâtiment B4. En 1972 le groupe POLYLOGIS veut bien bénéficier de l'action de l’État mais quarante six ans ans plus tard il ne veut pas aider l’action de l'État et bloque un des plus important projet de renouvellement urbain d'europe en réclamant un gros prix pour cet immeuble B4. S'agit-il du développement durable prôné par le groupe POLYLOGIS ?
Non Pierre, le singulier de Franc-Moisin n'est pas ridicule. Ce nom, qui s'écrit donc au singulier vient de Pratum Formosum (beau pré) devenu en français pré formosain au 13e siècle avant de devenir Franc-Moisin par le truchement de diverses déformations. Pierre Douzenel dans "Saint-Denis aux coins des rues" explique la transformation de ce nom...masculin.
La réalité c'est qu'on dit toujours la cité des Francs-Moisins quoi qu'on en dise. Le fait qu'il n'y ait pas de routes cela nous faisait déjà une pollution en moins. Après tout le centre-ville est piétonnisé et est-ce qu'on en parle comme d'un quartier enclavé? Franchement, c'est un projet pour l'extérieur plus que pour les habitants qui y vivent. Je suis d'accord avec Pierre, c'était le côté tranquille et atout de la cité qu'il n'y ait pas de pollution qui traverse le quartier à ce niveau là Un urbaniste que je connais m'a dit que ce projet était déjà plié sans l'avis des habitants. Le B4 qui se fait traiter de "vraie muraille de Chine" par l'architecte du projet est un comble alors qu'elle n'y vit pas et n'en a qu'une vue extérieure. Ce ne sont pas que des murs et des bâtiments que vous allez démolir du paysage, sachez-le! En effet, les infos passent plutôt en catimini et au dernier moment. Alors je crois que les habitants méritent un petit plus de respect.