En ville

17 octobre 1961
/ Le jardin Fatima-Bedar essaime contre l’oubli

La Ville commémorait samedi les centaines d’Algériens victimes de cette répression sanglante. Parmi eux, cette jeune fille de 15 ans poussée dans la Seine, dont un jardin, dans le quartier Confluence, porte désormais le nom.
Samedi 17 octobre, au nouveau jardin Fatima-Bedar
Samedi 17 octobre, au nouveau jardin Fatima-Bedar


Le 17 octobre 1961, la France est déchirée entre adversaires et partisans de l’indépendance de l’Algérie. Les résultats du référendum décidé par le général de Gaulle, qui sont largement en faveur de l’autodétermination, ne font qu’aviver les tensions. La Semaine des barricades, à Alger, dure du 24 janvier au 1er février 1960?; le 22 avril 1961, un putsch, mené par quatre généraux français, échoue. Le 5 octobre, à Paris, le préfet de police Maurice Papon décrète un couvre-feu pour les « Français musulmans algériens ».

Le Front de libération national (FLN) décide une manifestation pacifique en protestation. Le 17 octobre, des milliers d’Algériens prennent la direction de la capitale. À Stains, Fatima Bedar veut participer à cette grande mobilisation. Ses parents s’y opposent, craignant ce qui va arriver?: la police française réagit violemment, la manifestation tourne au massacre. Des centaines de personnes sont tabassées, abattues, poussées à l’eau. 

Quand Hocine et Djida Bedar rentrent chez eux, à Stains, Fatima a disparu. Elle a désobéi à ses parents pour aller défiler. Lorsque son père, après des jours de recherches angoissées, est convoqué à l’Institut médico-légal, il y trouve les dépouilles de dizaines de victimes, couchées à même le sol.« La Seine rougissante », écrira Kateb Yacine, « N’a pas cessé les jours suivants?/ De vomir à la face?/ Du peuple de la Commune?/ Ces corps martyrisés?/Qui rappelaient aux Parisiens /?Leurs propres révolutions / Leur propre résistance. » Fatima Bedar est de ceux-là. On l’a retrouvée dans l’écluse du canal de Saint-Denis. À 15 ans, elle est la plus jeune victime.


Reconnaissance officielle en 2012

La police, pas encore abreuvée de honte, fait signer à Hocine Bedar, ancien combattant de l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale, un rapport portant mention d’un « suicide par noyade »… Le silence s’installe autour de ce crime d’État. Il faudra attendre les travaux de Jean-Luc Einaudi pour que la lumière se fasse peu à peu, jusqu’à la reconnaissance officielle du massacre, par le président Hollande, en 2012.Samedi 17 octobre 2015, la Ville de Saint-Denis a honoré la mémoire de Fatima Bedar en donnant son nom à un jardin du nouveau quartier Confluence, non loin du canal où elle a trouvé la mort. 

Le maire Didier Paillard, le député Mathieu Hanotin, le consul d’Algérie Mahmoud Massali, ainsi que Kader Chibane, fondateur du Cercle de réflexion citoyen, et Sonia Pignot, maire adjointe à la culture et la mémoire, ont pris tour à tour la parole pour évoquer les circonstances de cette tuerie et appeler au travail historique qui seul permettra de refermer les plaies de l’histoire.Djoudi Bedar, le frère de Fatima, qui avait 5 ans à l’époque des faits, a rendu hommage à Jean-Luc Einaudi, l’historien français, décédé en mars 2014, « pour son remarquable travail » sur cet événement, ainsi que l’écrivain Didier Daeninckx, « le premier à mettre des mots là-dessus ». Mohamed Garfi, qui était ce jour de 1961 — sous son nom de clandestinité, « Moh Clichy » —, le responsable du FLN pour la région Nord, a rappelé?: « La révolution pour l’indépendance n’était pas anti-française, mais anticoloniale. » 

Sébastien Banse

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