Portrait

Caroline Le Lausque
/ Le droit de jouer

Elle a exercé son métier de juriste pour des grands cabinets internationaux... Mais toujours, depuis l’enfance, elle se rêvait comédienne.
Caroline Le Lausque, dans le chevet de la basilique de Saint-Denis
Caroline Le Lausque, dans le chevet de la basilique de Saint-Denis

« J’ai toujours rêvé de faire du théâtre, dit Caroline Le Lausque. Dans ma chambre, j’ai joué tous les grands rôles ! » À la voir aujourd’hui, en costume de reine, mener son public à travers les gisants de la basilique, ou bien défiler en tenue de super héroïne avec les Bonnets d’Âne, on a du mal à croire que la timidité ait muselé sa vocation : « Longtemps je n’ai pas osé me lancer pour de vrai, ni même en parler. » Alors sa carrière, ce sera le droit, inspirée par son avocat de père.

Après un double cursus droit français et anglo-saxon à la fac de Cergy, Caroline est embauchée par un cabinet américain en tant que collaboratrice. Direction Sarasota, en Floride. Entre deux dossiers, les plages de sable blanc du Golfe du Mexique. « C’était assez paradisiaque. J’ai passé deux ans là-bas. »

De retour en France, elle développe des outils de recherche en ligne pour une société d’édition juridique, avant d’être débauchée par Baker & McKenzie : deuxième firme mondiale, 4 500 avocats. Parmi les clients, des multinationales, l’industrie pharmaceutique… On est loin du petit cabinet généraliste que tenait son père.  « Dans le contenu, c’était passionnant, mais le droit des affaires, ce n’était pas vraiment ce que j’avais envie de pratiquer. » Raisonnablement, la juriste doute.

« Il se trouve qu’à ce moment-là, je suivais une année de théâtre amateur. Le metteur en scène nous avait fait jouer dans une salle du 18e à Paris, le théâtre du Sudden, qui a aussi une école dramatique. » C’est la période des auditions d’admission. Son mari l’encourage à les passer, elle est reçue en deuxième année. Dilemme. Ils viennent d’avoir une petite fille. Est-elle prête à démissionner, se lancer dans une toute nouvelle voie ? « J’ai la chance incroyable d’avoir un mari qui m’a soutenue totalement. »

En sortant de l’école, le couple a un deuxième enfant, s’installe à Saint-Denis. La suite se fait « par de jolies rencontres » : Perrine Leclere, qui lui fait confiance lors des animations des « Portes du temps » autour de la basilique. Elle y rencontre Laurent Gerlaud, guide-conférencier, qui aime jouer la comédie. « On a mis en place des contes théâtralisés en lien avec le monument, qu’on adapte selon l’actualité historique. Ça a plu, et ça s’est pérennisé. »

Fin 2014, la compagnie la Petite Main a vu le jour. « On avait plusieurs commandes, c’était mieux d’avoir une structure. » Les projets se multiplient : un escape game dans un donjon du château de Vincennes, une invocation des Reines de France autour des Grandes robes de Lamyne M. à la basilique…

Pour leur dernier spectacle, la Poubelle au roi dormant (« thriller moyenâgeux autour du gaspillage alimentaire »), Margaux Gorce, camarade de promo du Sudden, les a rejoints, ainsi que des Dionysiens : son mari, Pierre, pour les décors, entièrement conçus avec des matériaux de récup’ ; Barbara Ouvray, une complice de Bonnets d’Âne, pour les costumes…

« Le principe c’est de se marrer, mais en gardant une trame historique solide. On essaie d’écrire des spectacles à double niveau : les adultes et les enfants ne rient pas forcément aux mêmes choses, mais tout le monde s’amuse. » La petite fille qui jouait devant le miroir de sa chambre est la première à rigoler.


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