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/ Le dernier tour du Cygne

La campagne de fouille programmée s’achèvera fin novembre. L’Unité d’archéologie est parvenue à remonter le temps pour donner une vision claire de l’évolution de la ville.
Fouille du fossé carolingien à l'îlot Cygne
Fouille du fossé carolingien à l'îlot Cygne

Visiter le chantier du Cygne, c’est un peu comme regarder l’histoire de Saint-Denis en accéléré. Au terme de la septième (et dernière) campagne de fouille programmée, qui s’achèvera fin novembre, l’Unité d’archéologie est parvenue à remonter le temps pour donner une vision claire de l’évolution de la ville. Actuellement, les archéologues fouillent un large fossé datant de l’époque carolingienne. « Il correspond à la mise en défense de l’abbaye en 869, devant la menace des Vikings », annonce Michaël Wyss, qui conduit la fouille avec Mathieu Ecrabet. Divers matériaux y ont été trouvés : bois, ossements, cuirs… « Ce sont surtout des rejets de cordonnerie (on sait qu’il y en avait une à l’abbaye) », précise-t-il. Ceux-ci ont été bien conservés dans des sédiments gorgés d’eau. Car nous sommes ici dans une zone qui était très marécageuse, drainée par le Ru-de-Montfort stagnant à cet endroit, contrairement au Croult, dont le cours était plus vif.

À l’est du fossé et parallèle à lui, un canal a été mis au jour. Il s’agit de la terminaison du bras du Croult qui avait été dévié par les moines pour traverser l’abbaye. Nous sommes ici dans la zone la plus basse du dispositif défensif. Le canal se jetait dans le fossé et le tout rejoignait la Seine. Le fossé était doublé d’une clôture et d’un chemin de ronde apparent, qui était le premier état de la rue des Boucheries. Ce système fut ensuite modifié dès les XIe et XIIe siècles : le fossé fut supprimé, ainsi que le canal, et le lit moderne du Croult, tel qu’il apparaît aujourd’hui, creusé. Alors que le fossé délimitait le territoire de l’abbaye, le bourg monastique s’est développé à l’intérieur de l’enceinte de celle-ci, sur ces terrains asséchés. « C’est assez rare », souligne Michaël Wyss. « Les moines ont accueilli des “laïcs”, sans doute pour des raisons économiques : ils devaient louer leurs terrains, et les habitants devaient travailler pour eux... »

Les premières maisons, assez grandes (10 x 6 m environ), faites de bois et de plâtre, avaient pignon sur ce chemin de ronde. Leurs poteaux, dont on a retrouvé les traces, s’appuyaient sur des pierres pour ne pas s’enfoncer dans ce sous-sol toujours humide. Vers la fin du XIIIe et au XIVe siècle, on démolit ces maisons, justement à cause de cette humidité ambiante. Le sol est alors nivelé, le terrain rehaussé et une chaussée est ouverte, qui va de l’actuelle rue de la République à la rue des Boucheries.

Aux XVe et XVIe siècles, la ville décline et l’urbanisation décroit. L’habitat se regroupe autour des axes les plus commerçants et la rue est mise en impasse, ainsi qu’elle figure sur le plan de Belleforest de 1575. Le terrain est ensuite occupé par une douzaine de fosses de tanneurs et devient un secteur artisanal. Trois de ces cuves sont encore visibles, le long du « nouveau » Croult. Plus tard, les tanneurs quittent eux aussi l’îlot qui végète et se transforme en jardins arrières des maisons ayant pignon sur la rue de la République, comme celles que l’on visite aujourd’hui.

Au XVIIIe siècle, l’industrialisation provoque l’arrivée d’une manufacture d’impression sur étoffe et d’un relais de poste, à l’emplacement de l’actuel café Le Diplomate. Un abreuvoir pour chevaux est construit le long du Croult et des lavoirs s’installent, avec des tonneaux de lavandières et de trempage du linge… Sur quelques mètres carrés, défilent ainsi plusieurs siècles d’histoire.

À l’ouest du fossé, on se souvient qu’une douzaine de grosses meules de moulin en très bon état ont été découvertes (lire JSD n° 1093 du 7 septembre ou sur lejsd.com). « L’hypothèse du moulin est tentante, même si on ne peut pas dire où il se situait exactement, indique Michaël Wyss. Le débit du Croult était suffisant pour activer une roue de moulin. De plus, on sait par les textes que le moulin de la Courtille se situait sur la partie nord du fossé. On peut penser qu’il y avait la même chose ici, plus au sud… »

Les fouilles vont se poursuivre encore un mois, et cesser sans doute définitivement. « Il n’y a pas de raisons scientifiques pour effectuer une nouvelle campagne », convient Michaël Wyss. Viendra alors le temps de l’étude, puis des publications rendant compte de la richesse des découvertes faites durant toutes ces années. On sait qu’il n’y a pas de projet immobilier dans ce secteur. L’idée de créer dans le futur un jardin archéologique ouvert au public est donc toujours d’actualité. D’ici là, il reste un mois pour visiter ce chantier de fouilles à nul autre pareil.


Ouvert du mardi au vendredi de 13 h 30 à 16 h 30 jusqu’au 26 novembre. Renseignements à l’Unité d’archéologie : 01 83 72 23 20.


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