@ vous

Gilets jaunes
/ Le député Stéphane PEU (PCF) et la souveraineté du peuple

Nom ou initiales: 
Michel VANDENINDE

GILETS JAUNES / L'HOSTILITÉ DU DÉPUTÉ STÉPHANE PEU (PCF) AU RIC RÉVOCATOIRE

Gilet jaune et habitant de Saint-Denis, je voudrais réagir aux propos exprimés par le député PCF de Seine-Saint-Denis et conseiller municipal de Saint-Denis, M. Stéphane PEU, au micro de BFMTV le samedi 23 mars. En effet, il a fait part de son hostilité au Référendum « Révocatoire », c’est-à-dire à l’un des quatre types de référendums constituant le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) devenu une des revendications phares, pour ne pas dire la principale revendication des gilets jaunes.

Cela mérite d'y apporter quelques explications, d'autant que le RIC est largement soutenue dans l'opinion publique. Selon un sondage Harris Interactive pour RTL et M6, publié le 2 janvier 2019, 80% des Français sont favorables au RIC « Législatif », 72% au RIC « Abrogatoire », 63% au RIC « Révocatoire » et même 62% au RIC « Constituant ». Ce RIC, dit « en toutes matières » (économie, social, fiscal, environnement, immigration, Union européenne, …), réclamé par les gilets jaunes, est de quatre types :

• Le RIC « Révocatoire », qui permettrait au peuple de mettre fin au mandat d’un élu, de révoquer n’importe quel responsable politique, aussi bien le président de la République, qu’un ministre, un député, un sénateur, un maire ou de n’importe quel autre élu en cours de mandat.

• Le RIC « Législatif », qui permettrait au peuple de proposer un nouveau texte de loi, de modifier un règlement ou un décret.

• Le RIC « Abrogatoire », qui permettrait au peuple d’abroger (supprimer) une loi déjà votée ou un traité déjà signé.

• Le RIC « Constituant » (le plus important de tous), qui permettrait au peuple d’amender (modifier) la Constitution, voire d’en changer.

Le principe du RIC est simple : n’importe quel citoyen français peut, à partir d’un certain nombre de signatures d’électeurs qui serait fixé à l’avance, déclencher l’organisation d’un référendum qu’il soit législatif, abrogatoire, révocatoire ou constituante, qu’il soit à l’échelon local, départemental, régional ou national, sur une question précise. Si le oui l’emporte, alors la proposition est directement adoptée sans passer par le processus législatif habituel (conseil municipal, conseil départemental, conseil régional, sénat, assemblée nationale, …).

Il est à préciser que le RIC n’est pas à considérer comme une panacée à tous les problèmes. Il ne s’agit pas pour les citoyens de discuter toutes les lois ou voter toutes les lois, ils y a justement les représentants qui sont élus pour ça. En fait, Il s’agit pour les citoyens de reprendre le pouvoir sur la façon d’écrire les lois tout en restant dans le système représentatif. Le RIC est à percevoir comme un outil démocratique qui permettrait de rendre véritablement la souveraineté au peuple et d’obliger les représentants élus à respecter enfin leurs promesses.

Loin d’être une faiblesse ou un défaut, il y a une dimension positive à se refus délibéré des gilets jaunes d’avoir des représentants, de rentrer dans le système de la représentation : celle d’une réinvention démocratique. Celle où on y voit les gilets jaunes inventer ou réinventer la démocratie sans représentants. En effet, cela fait depuis des années que l’on entend parler de crise de la démocratie, alors qu’il s’agit en fait de la crise du système représentatif. Qu’elle soit de droite ou de gauche, c’est la même politique que nous subissons depuis 40 ans. Voyez comment depuis 40 ans, réduit au silence, nous ne décidons de rien. Voyez comment nous ne faisons qu’élire, une fois tous les cinq ou six ans, des représentants qui décident tout, absolument tout à notre place, qui élaborent, votent et appliquent des lois, malgré le peuple, sans le peuple ou contre le peuple. Cela donne comme résultat : 40 ans d’une même politique, de privatisation des entreprises et services publics, d’austérité, d’injustice fiscale et sociale. 40 ans de malheur, d’appauvrissement, de privation, d’humiliation et de souffrance pour le peuple.

Mais, l’exigence d’une vraie démocratie, celle dans laquelle le peuple pourrait intervenir sur tout et à tout moment, dans laquelle le peuple serait totalement souverain comme le réclame les gilets jaunes, soulève des questions d’un autre ordre par rapport au système représentatif et au pouvoir qui est laissé au peuple, telles qu’elles se sont posées en 1789, en 1848, en 1871,en 1968, et ce, jusqu’au jour d’aujourd’hui. C’est en cela que j’estime que le mouvement des gilets jaunes à bien une portée émancipatrice.

Les questions que soulèvent les gilets jaunes, c’est : est-ce que c’est à nos représentants élus de continuer d’instituer les règles du pouvoir et de la représentation, comme c’est le cas depuis 200 ans ? N’est-ce pas plutôt à nous, les représentés, d’écrire les règles du pouvoir, d’écrire les règles de la représentation ? Les gilets jaunes sont exemplaires en ce sens qu’ils montrent le chemin en réécrivant les règles de la représentation. Ils sortent de chez eux, ils refont société, ils repensent les règles de la représentation. Les gilets jaunes sont exemplaires en ce sens qu’ils savent qu’ils doivent apprendre à instituer eux-mêmes leur puissance. Les gilets jaunes ne sont pas contre les représentants élus. Bien au contraire, ils savent qu’ils ont besoin de représentants. Mais, ce qu’ils ne veulent plus, c’est que les règles du pouvoir et de la représentation continues d’être fixés par les représentants eux-mêmes.

Malheureusement, il me faut bien constater que ce que défend le député, Stéphane PEU, c’est le système de représentation avec mandat souverain, où le représentant qui est choisi parmi les meilleurs est élu pour faire les lois, où une fois qu’il est élu le représentant fait ce qu’il veut. Tandis que ce que réclame les gilets jaunes à travers le RIC, c’est le système de représentation avec mandat impératif, avec un objectif bien déterminé, avec révocabilité des représentants élus en cas de non respect de leurs engagements, de leurs promesses électorales.

Cependant, le député Stéphane PEU se montre hostile au système de représentation avec mandat impératif comme ci que la représentation avec mandat souverain qui est actuellement en vigueur était le seul système de représentation possible, comme ci que la démocratie moderne ne pouvait se ramener qu’à ce système de représentation. Question : faut-il y voir-là, aussi bien de la part du député Stéphane PEU que du parti politique dont il est issu, une incapacité historiquement à penser une alternative à la démocratie représentative ?

Michel VANDENINDE
Michel.vandeninde@gmail.com

Gilets jaunes

Réactions

Vous écrivez : "Question : faut-il y voir-là, aussi bien de la part du député Stéphane PEU que du parti politique dont il est issu, une incapacité historiquement à penser une alternative à la démocratie représentative ?"

Moi j'y vois surtout, sous couvert de Gilets Jaunes, que vous êtes le énième rabatteur sournois et hypocrite de la France Insoumise et de son émanation locale le Groupe REVE !

Minable comme approche.

il n'est pas souhaitable que le RIC puisse être le moyen de reenir sur des avancées sociétales : l'abolition de la peine de mort, les droits des femmes, le droit à la contraception et à l'avortement, le mariage pour tous etc... De plus l'eventail des candidats est grand à chaque élection alors votez pour qui vous voulez mais votez et ne restez pas à la maison chers électeurs !

Vous croyez vraiment que les Français se sont appauvris depuis 40 ans ? Demandez autour de vous et posez la question : vos parents / grands-parents étaient-ils plus riches ? Mieux soignés ? Mieux protégés au travail ? Moins d'heures de travail ? Plus de loisirs ? Des vacances ? Mangeaient-ils correctement tous les jours ? Etaient-ils plus éduqués ? A moins que vous n'évoluez dans un monde d'élite, la réponse est non à toutes ces questions. Alors avant de parler de crise de représentativité et de mettre toutes nos avancées sociales à la merci d'une bande de réacs, suivez le conseil d'Albert et allez voter !

Ils n'est pas question de surjoué, Allez Voter.

Albert, pourquoi voudriez-vous que le peuple veuille se servir du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) « ouvert en toutes matières », pour remettre en cause des avancées sociétales, telles que l'abolition de la peine de mort, les droits des femmes, le droit à la contraception et à l'avortement ou le mariage pour tous ? Et si tel devait être le cas, alors cela ne tendrait-il pas à démontrer que toutes ces lois et avancées sociétales qui ont été promulguées par nos représentants ont en fait été décidés et votés par eux et eux seuls malgré le peuple, sans le peuple ou contre le peuple ?

La démocratie représentative (et l’Assemblée nationale qui l’incarne), telle qu’elle existe dans l’état actuel, et ce, depuis 200 ans, pouvait se justifier à une époque où Internet et les réseaux sociaux n’existait pas, ou l’analphabétisme était répandu, ou on comptait 1% de bacheliers (en 1900), alors qu’aujourd’hui on compte 88,2 % de bacheliers (Taux de réussite en 2018). Les gilets jaunes ont très vite pris conscience qu’élire des représentants ce n’est pas voter et que seul les représentants élus ont le pouvoir de voter et donc de décider. Les gilets jaunes ont compris qu'avec le RIC c’est pouvoir, sur certaines questions importantes, redonner la voix au peuple pour qu’il décide tranquillement de décisions importantes après en avoir réfléchi, après en avoir débattu le temps nécessaire. L’oligarchie et ses médias l’ont bien compris, car chacun de leurs arguments contre le RIC, c’est en fait toujours le même argument contre le vote : « il ne faut surtout pas que les gens se mettent à voter, car ils vont nous élire n’importe qui, ils vont nous voter n’importe quoi comme rétablir la peine de mort, supprimer les droits des femmes, etc. »

Dans tous les cas, les « risques », liés au dispositif de démocratie directe qu’est le RIC, pourraient-être circonscrit en y ajoutant un temps de débat éclairé et de réflexion collective, sur la base d’une campagne d’information neutre, par exemple de six mois à un an, entre l’acceptation du référendum à partir du recueil d’un certain nombre de signatures fixé à l’avance, par exemple, de 500000 à 700000 signatures pour un référendum national et la date du vote. Un autre filtre pourrait être mis place, intitulé « la Chambre du référendum », dont les membres seraient des citoyens lambda tirés au sort et qui décideraient du bien-fondé de la demande de référendum. Les citoyens français ne sont pas plus idiots que les citoyens italiens ou suisses et ils savent bien, par exemple, que la peine de mort n’a jamais eu et n’aura jamais aucun effet dissuasif sur la criminalité. Dans tous les cas, rien n’empêche par la suite de revenir sur le vote d’une décision prise par une majorité de citoyens en procédant à un nouveau référendum sur la même question l’année suivante.

Par cet outil qu’est le RIC, il s’agit d’introduire de la démocratie directe dans notre système politique dit « représentatif », afin que soit mis en œuvre une démocratie semi-directe. Avec la mise en œuvre de ce dispositif, il s’agit de donner la possibilité, aux citoyens qui le souhaiteraient, de pouvoir reprendre la parole pour décider de ce qui les regarde par référendum d’initiative citoyenne, à tous les niveaux territoriaux, au lieu d’être réduits au silence pendant cinq ou six ans, une fois leur bulletin mis dans l’urne, comme c’est le cas depuis ces 40 dernières années.

Regardez, c’est le désert politique quand même aujourd’hui. Voyez la loi Pacte de privation d’Emmanuel Macron qui concerne la plus importante vague de privatisations depuis dix ans, dont celles des Aéroports de Paris (ADP), de la Française des Jeux (FDJ) et d’Engie (troisième plus grand groupe mondial dans le secteur de l'énergie en 2015). Cette loi vient d’être adoptée par l’assemblée nationale, le samedi 16 mars 2019 à 6h15 du matin, par 27 voix pour, 15 voix contre et trois abstentions. La privatisation de l’ADP, de la FDJ et d’Engie est un scandale absolu, mais a fortiori lorsqu’elle est décidée par seulement 27 députés, soit par moins de 5 % des députés sur les 577 députés que compte la France. Et les citoyens n’avaient absolument pas la main pour empêcher ces scandaleuses privatisations.

Voyez les syndicats eux-mêmes, c’est 10% de la population active. De plus, ces 10% de syndiqués ne sont pas du tout représentatif de la population active. Parmi les syndiqués, un tiers d’entre-eux sont des retraités. Beaucoup des syndiqués en actifs sont dans la fonction publique. Beaucoup sont aussi des cadres, alors qu’avec les gilets jaunes on a très clairement affaire à des classes populaires et à la petite classe moyenne, qui sont invisibilisés depuis des décennies et qui de ce fait se sont finalement auto-retirés de l’espace public par la voie de l’abstention. Aujourd’hui, il n’y a même pas 2 % d’employés et d’ouvriers dans les assemblées parlementaires, alors que ces derniers représentent 50 % de la population active. On est dans le même cas de figure avec la composition sociologique de la municipalité de Saint-Denis.

Qu’elle soit de gauche ou de droite, c’est une même politique qui est menée depuis 40 ans : de destruction de l’économie nationale, avec toujours plus de privatisations des entreprises publiques et de destruction des services publics, de désertification des campagnes, d’atteinte aux droits du travail et des salariés, de chômage de masse, avec toujours plus de précarité et de pauvreté, de toujours plus d’injustice fiscale et sociale, d’absence totale de démocratie doublée maintenant d’une dérive de plus en plus autoritaire pour ne pas dire totalitaire.

C’est dans ce contexte politique que ce pose la venue du RIC et la question de son avenir. Le RIC, ce qu’il deviendra concrètement, sa réussite, dépendra de ses modalités d’applications et surtout, à chaque fois, du rapport de forces entre la volonté populaire et le pouvoir en place, finalement de la capacité des classes populaires à peser sur la politique gouvernementale.

Michel VANDENINDE
michel.vandeninde@gmail.com

Réagissez à l'article

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur