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/ Le Cosmos et les étoiles

Trois stars de la dream team de RMC sport, Emmanuel Petit, William Gallas et Rolland Courbis, ont côtoyé pendant quatre semaines les joueurs du modeste club dionysien, pour les besoins d’un documentaire.
Le coach Mamadou Soumaré s’adresse aux joueurs du Cosmos sous les yeux de William Gallas, de Rolland Courbis et de la caméra du réalisateur Jules Bian-Rosa. (©) Yann Mambert / Le Journal de Saint-Denis
Le coach Mamadou Soumaré s’adresse aux joueurs du Cosmos sous les yeux de William Gallas, de Rolland Courbis et de la caméra du réalisateur Jules Bian-Rosa. (©) Yann Mambert / Le Journal de Saint-Denis

Ils ont du mal à se quitter. Emmanuel Petit a des étoiles plein les yeux. À ses côtés se tient William Gallas. Rolland Courbis, lui, félicite les joueurs du Cosmos pour leur succès 2-1 contre Le Raincy, dimanche 7 octobre. Les Dionysiens lancent un énorme chant victorieux, sous les yeux des célébrités du ballon rond qui savourent avec eux ces trois premiers points gagnés en Départemental 2, le 10e échelon du foot français. Après quatre semaines de cohabitation, ils doivent se quitter. « Les gars, vous allez me manquer. Vous êtes attachants. On reviendra», leur témoigne Emmanuel Petit, champion du monde avec les Bleus en 1998 et ancien d’Arsenal. « Vous êtes les bienvenus », lance un joueur. 

« Le nom du club nous a séduits »

Les stars de la dream team de RMC sport sont venues s’immerger dans le quotidien du Cosmos pour le documentaire Passe décisive, qui sera diffusé en décembre sur la chaîne, en six volets lors de trois prime time. Le projet est porté par Benoit Pensivy, fondateur de la société What a Wonderful World, et le réalisateur Jules Bian-Rosa. Le premier a déjà produit Terrain favorable, une série documentaire similaire dans le monde du rugby, avec une première saison sortie en 2017 dans un club breton et une deuxième en préparation dans le Nord. « On ne savait même pas qu’il y avait un club de foot à côté du Stade de France », raconte le producteur.

Le Cosmos joue sur le terrain annexe, juste en contrebas de l’enceinte mythique, entre le canal et l’autoroute A1. Hésitant entre plusieurs associations sportives de la région parisienne, leur choix s’est porté sur le Cosmos, fondé à la fin des années 1980 dans le quartier Cosmonautes. « On a eu un coup de foudre pour le terrain. Le nom du club nous a séduits, tout comme Saint-Denis », souligne le réalisateur. Le concept du film n’est pas celui du programme sensationnel Cauchemar en cuisine (sur M6) où des professionnels viennent en aide à des restaurateurs en détresse. 

« Les membres de la dream team viennent s’immerger dans le club et donnent quelques conseils au passage. Au final, ce sont même eux qui apprennent. Parce qu’on passe du temps avec les gens. On est dans l’immersion. À travers l’exemple du Cosmos, on veut montrer la réalité de 99% des clubs amateurs de France : les difficultés du bénévolat, l’engagement des joueurs alors qu’ils ont un travail, une vie de famille », développe Benoit Pensivy.

«J’ai appris à relativiser, confie le finaliste du mondial 2006 William Gallas, voyant les sacrifices des joueurs. Pour eux, c’est compliqué d’enchaîner la vie de famille et le travail avec les entraînements mardi et jeudi et les matches le dimanche.»

« J'ai été bluffé par le centre-ville »

Le président du club, Mourad Hamoudi, ne voulait pas au départ faire le documentaire, de peur des clichés. Mais Jules Bian-Rosa a réussi à le convaincre en venant régulièrement suivre le club au printemps. Les stars du ballon rond ont également hésité. « On a tous des préjugés, qu’on soit des habitants des quartiers cossus de Paris ou de banlieue. Ce sont deux mondes qui se mélangent rarement. Il y a de l’ignorance », confie Emmanuel Petit, couronné il y a deux décennies à Saint-Denis mais qui n’avait jamais mis les pieds dans le cœur de la ville. « J’ai été bluffé par le centre-ville. C’est magnifique. Après, on m’a expliqué qu’il y avait des cités difficiles. On n’est pas non plus dans l’angélisme. Mais à chaque fois que l’on parle de la banlieue, c’est un fait divers, un règlement de compte, etc. La majorité des habitants sont victimes de ces clichés. Ça leur colle à la peau », regrette-il.

Le latéral Kissima Koita (au centre) parle avec William Gallas

Les pros de RMC ont suivi les amateurs dans leur vie de tous les jours, dans le bar à chicha du milieu Kissima Dramé ou encore la petite chambre du latéral Mary Ba, un sans-papier malien, qui vit dans un foyer. Agent de propreté à Plaine Commune, Jimmy Pesce a montré son quotidien: le libero se lève chaque matin à 4h pour aller travailler. « On a rencontré des personnes très sympathiques, humbles. Ils ne se sont pas comportés comme des stars qui nous prennent pour des moins que rien», dit le Dionysien, même s’«il attend de voir le résultat final» du documentaire.

« On s'est attaché à vous »

Deux jours avant la victoire contre Le Raincy, Petit est allé au Stade de France avec des membres du Cosmos revivre ses souvenirs d’il y a vingt ans. « Sincèrement, je suis très content de vous avoir rencontrés les gars. Vous êtes de vrais bons mecs », leur dit l’exgloire d’Arsenal. « On s’est attaché à vous. Vous vous êtes attachés à nous », lui répond le capitaine Kissima Dramé, alors qu’il avait des réticences au départ. Le champion du monde les a encouragés à avoir le bon état d’esprit en dehors et sur le terrain, lui qui avait trouvé des joueurs, des entraîneurs et un président démotivés par la dernière mauvaise saison et la descente en D2.

« Quand vous prenez une licence, c’est un engagement. Ce n’est pas à la carte. Vous pouvez évidemment rater quelques entraînements ou un match. Mais vous êtes une équipe, ne l’oubliez pas », rappelle le footballeur.

Vendredi 5 octobre, Emmanuel Petit est dans les vestiaires du Stade de France avec la team du Cosmos.

Dimanche, après la joie des joueurs, l’ancien international a savouré. « La vie d’un vestiaire, c’est représentatif de la vie en général. Il y a de la crispation et de la tension. À la fin, il y a des cris de joie ou des pleurs. Cela me manque!»

Mourad Hamoudi a tenu à rendre hommage à Kamel Medjane, figure du club décédée en 2012, en portant un T-shirt à son effigie. Il a remercié l’équipe de Passe décisive et ses joueurs. «Ce n’est pas fini, prévient-il. Ce n’est que le début. On va voir maintenant quand les caméras seront éteintes, si vous allez continuer à être aussi sérieux. Mardi, on reprend l’entraînement.»

Aziz Oguz

Le JSD vous tiendra informés de la date de diffusion du documentaire Passe décisive.

Ce jeune fan d'Arsenal ne croyait pas qu'Emmanuel Petit et William Gallas avaient joué dans son equipe de coeur. William Gallas fait preuve de sa bonne foi en lui montrant une photo d'époque.(©)Benoit Pensivy sur Instagram