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Débat sur l'accueil des migrants
/ L'action des pouvoirs publics remis en cause

Lors du sixième débat du JSD part en live, jeudi 18 avril, associations et collectifs participants – Utopia 56 Paris, Solidarité Migrants Wilson, Chapiteau Raj’ganawak – ont tiré la sonnette d’alarme sur l’action des pouvoirs publics concernant l’accueil des migrants tant au niveau étatique que municipal.
Jeudi 18 avril, le sixième débat du JSD part en live s'est penché sur la question de la crise de l'accueil des migrants d'un point de vue local.
Jeudi 18 avril, le sixième débat du JSD part en live s'est penché sur la question de la crise de l'accueil des migrants d'un point de vue local.

« Ce sont nous, associations et collectifs, qui jour après jour pallions les carences de l’État, qui ne prend pas ses responsabilités. » Le discours revient sur quasiment toutes les lèvres des « aidants », ces bénévoles qui sur le terrain s’occupent d’apporter nourritures, couvertures, médicaments, aide administrative aux personnes migrantes à Paris ou Saint-Denis. Jeudi 18 avril, lors du sixième débat du JSD part en live, l’émission Facebook live du Journal de Saint-Denis qui a eu lieu au bar Le Pavillon, Julie Lavayssière, coordinatrice de terrain à Utopia 56 Paris, a refait ce triste constat.

Après la grève d’une quinzaine d’associations solidaires mardi 9 avril, pour « dénoncer l’action des pouvoirs publics » face à la situation critique dans le nord parisien, l’État et les collectivités ont répondu en partie à l’urgence. Ces dernières semaines, des campements à Porte d’Aubervilliers et Porte de La Chapelle notamment ont été évacués, des ouvertures de centres d’accueil ont été annoncées à Paris et Saint-Denis. Mais, pour la bénévole, ces réponses « rapides », « immédiates » ne sont pas de « vraies réponses ». « Après les évacuations, il n’y a pas de suiviCertains migrants sont remis à la rue car leur situation administrative ne convient pas », explique-t-elle. « Au niveau de l’État, les réponses sont souvent assez radicales mais il n’y a pas d’ouverture massive de centres d’hébergement, il n’y a pas de révision du règlement Dublin qui met beaucoup de personnes exilées, de personnes à la rue, dans des états pas possible », a continué la jeune femme.

Sur les réponses de la municipalité parisienne, Julie Lavayssière a critiqué la réaction systématique à l’urgence. « Il faut toujours que nous, collectifs et associations, tirions la sonnette d’alarme pendant des mois. On demande l’accès à l’eau ou aux toilettes pendant des mois avant qu’il y ait une réponse ».

Pour le collectif Solidarité Migrants Wilson, représenté lors du débat par les bénévoles Clarisse Bouthier et Philippe Caro, il existe une « incompréhension mutuelle » entre les bénévoles qui travaillent quotidiennement sur le terrain et les pouvoirs publics. « Ils résonnent en termes de gestion de flux et de masse », a critiqué Clarisse Bouthier qui participe « depuis le début » à la distribution des petits-déjeuners, repas, maraudes organisées par ce collectif né en 2016 autour du quartier de la Plaine. « Il n’y a pas de vrai dialogue avec les associations, encore moins avec les réfugiés », a-t-elle insisté. Selon Philippe Caro, également très engagé auprès des migrants de l’avenue Wilson à la Plaine, « les seuls services publics que voient les réfugiés, c’est la police ». Pourtant, « dans les mairies, les administrations d’État, il y a des services publics, il y a des assistantes sociales, des services médicaux, ça pose question », a souligné le conseiller municipal (opp.FDG). 
 

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Associations et collectivités : quelle coordination ? 

Autre invité du débat : Yahya Al-Abdullah, étudiant chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), également membre de l’équipe du Chapiteau Raj’ganawak qui vient en aide aux familles syriennes installées dans la commune. « Toutes les familles syriennes ne sont pas encore réfugiées », a tenu à clarifier le bénévole qui a évoqué un « processus très long » pour obtenir l’asile. « Certaines familles attendent depuis deux ans », a-t-il précisé. Celui qui a permis la mise en relation des familles syriennes avec des traducteurs pour la retranscription des actes de naissance de la trentaine d’enfants inscrits mi-septembre 2018 dans des écoles maternelles et élémentaires de la commune a rappelé le rôle qu’elle a joué. « La mairie de Saint-Denis a été très engagée dans le premier dossier préparé par le chapiteau sur la scolarisation de 30 enfants. Le service Éducation a été très positif et a accepté des dossiers non complets. » Le chercheur a toutefois concédé : s’il existe en France des droits pour les réfugiés, les demandeurs d’asile mais aussi les « citoyens », « il existe beaucoup d’obstacles pour accéder à ces droits ».

« Il y a une vraie schizophrénie des pouvoirs publics. » Concernant l’annonce faite le 15 avril par la mairie de Paris d’un plan d’action visant à améliorer la sécurité dans les quartiers populaires du nord de la capitale, comme l’interdiction de la distribution d’aide alimentaire non régulée pour des raisons d’hygiène et de sécurité, les invités sont unanimes : ce n’est pas le fait de donner à manger aux migrants qui provoque des bagarres. « C’est plutôt quand il n’y a pas assez à manger et que les gens se retrouvent dans des situations dégradantes », a expliqué Clarisse Bouthier pour qui cette question est un « débat récurrent ». Pour la Dionysienne, les « valeurs de base » comme « donner à manger, faire l’hospitalité ou soigner quelqu’un » sont aujourd’hui passibles de condamnations en France et en Europe. « On peut aujourd’hui se retrouver en prison pour ça », s’est-elle exclamée. Bagarres et animosités entre migrants sont presque compréhensibles, a jugé Yahya Al-Abdullah. Elles seraient dues à la différence de traitement reçu par les exilés au moment de leur arrivée dans le pays d’accueil. « Cette situation crée une hiérarchie dans la souffrance des gens. » Le chercheur a pris l’exemple de l’arrivée des réfugiés syriens en 2015, globalement acceptés en France. « Beaucoup de gens avaient le visa avant d’arriver. » Au même moment, a-t-il poursuivi, d’autres réfugiés sont arrivés en France et ont vu leurs droits bafoués. Il existe un « système de discrimination dès l’accueil », a déploré le chercheur.
 

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Pour Philippe Caro, cette annonce de la Ville de Paris montre qu’«il y a une vraie schizophrénie des pouvoirs publics. Ils passent leur temps à se renvoyer la balle, les uns les autres ». Et d’ajouter : « Il y a des déclarations d’intentions et puis quand on voit les faits on ne les voit pas. » « C’est un peu pareil avec la Ville de Saint-Denis, tous les pouvoirs publics ont la même manière de réagir », a continué le conseiller municipal avant de faire la liste des problèmes sur l’avenue Wilson, plus particulièrement celui de l’accès à l’eau pour les migrants. « Les fontaines sont toujours fermées à la Plaine. Les réfugiés ont besoin de se laver et ils ont soif aussi », a insisté le bénévole avant de conclure. « On repart sur ce même débat, or ça fait depuis mars qu’on en parle. »

La fin du débat aura permis de soulever une question importante au sujet d’un possible partenariat entre associations et villes pour faire face à la crise de l’accueil des migrants. Tous les invités se sont accordés à dire que cela est possible et que les associations sont pour. Mais, « elles n’ont pas l’impression d’être entendues », a estimé Julie Lavayssière. « C’est une très bonne idée mais on doit savoir qui pose les conditions », a terminé Yahya Al-Abdullah.

Yslande Bossé

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