En ville

La suroccupation du foyer Siqueiros au cœur du conflit

Entorse au règlement pour l’un, tradition d’hospitalité pour les autres, au foyer de travailleurs sis dans le quartier Allende, on compterait le double d’occupants autorisés. Tandis qu’Adoma, le gestionnaire, a lancé des procédures d’expulsion, les résidents font la grève des loyers.

Six manifestations dans Saint-Denis, la grève des loyers. Depuis plus d’un an, les résidents du foyer David-Siqueiros sont en lutte contre Adoma, le gestionnaire. Le conflit s’est développé depuis l’été 2008 en raison des procédures d’expulsion engagées contre 27 résidents. « Il y a eu une quinzaine de commandements à quitter les lieux, indique Olivier Pitel, directeur de l’agence Adoma de Saint-Denis. C’est un conflit lié à un phénomène de suroccupation et aux actions qu’on met en place depuis un an pour revenir au règlement. » Dans cette tour de 13 étages construite « pour accueillir 304 personnes, il y en a au moins 600 de présentes. Or, il s’agit de chambres individuelles que les résidents doivent occuper personnellement. Ils n’en sont pas locataires. » Pour M. Pitel, cette contrainte découle du « statut de la résidence. Le titulaire du bail paie 297 euros de redevance mensuelle, dont 39 euros pour prestations et mise à disposition du mobilier, pour le blanchissage des draps, le nettoyage… La suroccupation, ajoute-t-il, entraîne une surdégradation. »

« on nous traite comme des mineurs »

Pour les résidents, des Maliens pour beaucoup, que soutient l’union locale Force Ouvrière, « il y a un abus de pouvoir, on nous traite comme des mineurs ». 75% d’entre eux vivent là depuis plus de dix ans. « Les gens ont fait leur vie ici ! Il y en a qui sont ici depuis l’ouverture le 14 septembre 1973, précise Brahima Konté, l’un des délégués des résidents. On a ici des retraités ! Ce n’est pas notre souhait de rester dans 7 m2. C’est faute de mieux. » Tous récusent le terme même de suroccupation, « qui fait de l’hospitalité un délit ». Pour un parent comme pour un ami, « l’hospitalité fait partie de notre culture, insiste Babiné Dianessy, autre délégué des résidents. On les héberge en attendant qu’ils aient les moyens de se loger. Le directeur régional d’Adoma nous accuse de sous-louer. C’est de la calomnie ! » Comme Mbouillé Fofana, autre délégué, ils reconnaissent certains arrangements pour « les quatre ou cinq mois de vacances » accumulés sur plusieurs années pour revoir la famille qu’ils ont laissée au pays. « On a des petits salaires. On ne peut pas payer pendant tout ce temps en laissant la chambre vide. »

L’hébergement d’un tiers est autorisé « sous réserve d’en informer le gestionnaire »

Depuis la fin 2008 pourtant, l’hébergement d’un tiers est autorisé « pendant trois mois, et non plus pendant 15 jours comme ils en ont toujours eu la possibilité, sous réserve d’en informer le gestionnaire et d’en payer le coût associé, 50 centimes par jour », souligne de son côté M. Pitel. Avec cette nouvelle mesure, concédée après des mois de conflits, les résidents estiment d’autant plus infondées les procédures engagées à partir de l’ancien règlement. Ils racontent le cœur gros les visites d’huissier à 6h du matin pour constater l’infraction. Et c’est avec colère qu’ils retracent l’irruption de la police le 31 août, pour déloger un jeune homme qui allait être menotté et malmené. Le jour même, les résidents ont rouvert la chambre sous scellés. Le dialogue qui venait alors de s’amorcer avec le directeur n’a pas été rompu pour autant. « On est condamné à s’entendre », observent les résidents. Quant à entamer des négociations, ils s’y refusent. « Ils nous demandent en préalable l’annulation des expulsions, remarque M. Pitel. On peut seulement s’engager à ne pas les réaliser. » Le tribunal ne pouvant statuer sur un règlement intérieur, les expulsions seront prononcées en raison de la grève des loyers observée depuis un an. Pour les résidents, soudés comme un seul, ces décisions de justice seront en tous cas « inapplicables ».

Marylène Lenfant

Tarif, hygiène, services et équipements

Les résidents dénoncent leurs conditions d’habitat

Chacune de leur manifestation est l’occasion de le dénoncer : le « loyer exorbitant », 297 euros par mois de leur chambrette de 7 m2, superficie inférieure au minimum légal de 9 m2. 40 euros le mètre carré ! Le tarif leur paraît d’autant plus excessif que les services et équipements censés le justifier laissent à désirer. « C’était mieux avec la Sonacotra (ancien nom d’Adoma, ndlr), malgré l’insalubrité », lâche M. Dianessy, d’abord à propos du nettoyage. « Il n’est fait qu’une fois par semaine. Et c’est la même serpillère pour les toilettes et pour les tables ! » Ils disent s’inquiéter aussi de la sécurité incendie, dont ils ont demandé un audit en 2008. « Les extincteurs sont périmés. Il n’y a qu’une entrée, pas d’escalier de secours, et l’accès au toit est grillagé, cadenassé. Il y a un risque grave. »

Quant aux travaux de rénovation, « ils sont bâclés ». Dernier exemple en date, la pose des nouveaux WC qui avec cuisine et douches font partie des équipements partagés par les résidents dans chaque unité de vie, soit 24 chambres. C’était, « suite aux revendications », pour remplacer les vieux modèles à la turque dont « les eaux usées nous tombent sur la tête des étages supérieures ». Les deux vieux ascenseurs, dont les résidents réclamaient aussi le renouvellement, fonctionnent à nouveau normalement.

Dans les cuisines, équipées de réchauds et de hottes aspirantes, Olivier Pitel promet de faire gratter la peinture écaillée qui tombe du plafond dans les assiettes et les marmites. Pour lui, « les choses avancent ». Il en désigne pour preuve le parking au bas de l’immeuble, débarrassé depuis peu des épaves et des activités plus ou moins licites, qui indisposaient y compris les riverains. Mais voilà, les anciens squatteurs en ont fracturé la nouvelle grille d’entrée qu’il n’est pas encore prévu de réparer, faute d’argent. Les résidents se disent d’autant plus interloqués par le projet du directeur de changer les portes des chambres, pourtant récemment repeintes. Alors que M. Pitel invoque la sécurité des futures portes coupe-feu, eux suspectent une ruse « pour expulser en douce ».

M.L.

ÉCLAIRAGE

De Sonacotra à Adoma

Situé dans le quartier Allende, le foyer David-Siqueiros est l’un des sept établissements d’Adoma à Saint-Denis. Il en est aussi avec le foyer Romain-Rolland l’un des plus anciens. Outre ces foyers de travailleurs migrants qui constituent la majeure partie de son patrimoine dionysien, Adoma a ouvert depuis quelques années des résidences sociales pour l’hébergement provisoire des mal logés. Une diversification conforme aux orientations nationales de cette société d’économie mixte, dont l’État est l’actionnaire majoritaire. Fondée en 1956 sous le nom de Sonacotral, devenu peu après Sonacotra, l’entreprise a été rebaptisée en 2007 pour mieux signifier cette évolution et se défaire surtout d’un nom mal connoté. Si ses établissements récents justifient amplement cette volonté d’une nouvelle image, le vieux foyer Siqueiros a tout l’air d’un anachronisme.

M.L.

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