En ville

La résidence sociale Adoma offre une pause aux squatteurs

Dans des appartements flambant neufs, du studio au F4, une vingtaine d’anciens occupants de l’immeuble sinistré a trouvé toit et dignité. Et bénéficie d’une aide pour l’insertion professionnelle et l’accès au logement.

Une façade blanche, rehaussée d’ocre rouge, qu’agrémentent des balcons : le contraste avec le vieux squat est saisissant. Au 69, rue Charles-Michels, à quelques mètres de l’immeuble délabré du 59-61 où un incendie avait ravagé leur cage d’escalier en avril dernier, ils sont vingt et un, familles, couples et personnes seules, à savourer leur nouveau cadre de vie. Construite et gérée par Adoma, ex Sonacotra, la résidence sociale comporte 29 logements, lumineux et tout équipés, complétés d’une lingerie, d’un local à vélos... Sopie Sako, une Ivoirienne, maman de deux enfants de 4 ans et 19 mois, a emménagé le jour même de l’ouverture, « le 18 août, à 10h. J’étais la première arrivée », précise-t-elle. Un grand moment dont elle se souviendra assurément toute sa vie.
Depuis le début juin, Sopie était hébergée en hôtel, comme l’ensemble des 150 personnes évacuées du bâtiment sinistré. Dans ce squat où elle avait échoué en 2003, « j’étais dans 9 m2. Il y avait des cafards, des souris. Cela me faisait honte », raconte-t-elle. Elle dispose à présent des 46 m2 d’un F2, avec cuisine équipée, mobilier, où elle n’a eu qu’à poser ses bagages. « Maintenant, ma petite fille est heureuse », dit-elle les larmes aux yeux en remerciant « la France et les Français ». Comme elle, Moïse Samba est titulaire d'un titre de séjour qui lui a valu de faire partie des premiers attributaires proposés par le GIP habitat, Groupement d’intérêt public pour les mal-logés et sans-abri qui a été chargé du diagnostic social de la population du squat. « J’ai aussi un CDI. Depuis 2006, je suis agent de sécurité qualifié ERP1 », ajoute cet originaire du Congo Brazzaville, logé dans un studio de 36 m2. « Je prends toutes les précautions pour respecter mon domicile, insiste-t-il, à l’appui du message qu’il tient à faire passer contre certaines habitudes d’« hospitalité ». « Dans l’immeuble à côté, il pouvait y avoir dix personnes dans un espace comme celui-là. Il faut être vigilant, sinon il y aura des dérapages. »
Basée dans les trois bureaux en rez-de-chaussée, une équipe de quatre à cinq personnes est là qui travaille auprès des résidents, dont la responsable de la résidence. Elle en assure la gestion et veille à son entretien avec le concours d’un ouvrier de maintenance. Entre autres tâches, elle encaisse les redevances dont les montants, charges comprises, s'échelonnent de 320 euros (90 avec l’Aide au logement temporaire ou ALT) pour un studio, à 460 euros (200 avec l’ALT) pour un F4 de 88 m2. Rien à voir avec les loyers pratiqués sur le marché de l'immobilier. À son côté, c'est une mission d'accompagnement sociale dont sont chargées les intervenantes et la coordinatrice de la MOUS, Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale, mise en place pour le relogement des habitants du squat, et financée à parité par la Ville et par l’État. Outre les démarches d’accès aux droits et à divers aides, « cet accompagnement porte sur l’insertion professionnelle et surtout sur l’accès au logement, dans le parc social, notamment par le 1% patronal, et dans le parc privé, explique Florence Daugert, attachée de direction à Adoma. Notre objectif est que les résidents ne restent pas plus d’un an et demi maximum. »
Mais tous ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés. Les huit derniers arrivés ne détiennent pour l’heure que les récépissés de demande de titre de séjour délivrés par la préfecture pour une durée de trois mois, en attendant de pouvoir fournir la promesse d’embauche indispensable à leur régularisation. D'après les délégués du squat et le Réseau solidarité logement, les détenteurs de récépissés pouvant ainsi prétendre à un logement seraient à présent au nombre de vingt. Parmi eux, Adoma entrevoit pour les hommes célibataires d'autres structures type foyers que la nouvelle résidence bientôt au complet. Mais la majorité des évacués du squat, soit une quarantaine de familles, couples ou personnes seules, sans titre de séjour, demeure toujours en hôtel. Ils espèrent que l'examen bienveillant de leur dossier, promis voici quelques mois par le préfet est encore d'actualité. Restent les 160 occupants du squat, où le GIP habitat réalise un diagnostic social auprès des personnes en situation régulière, en vue d'un relogement dans une structure Adoma. Quel accueil la préfecture réservera aux squatteurs sans papiers? Telle est la question pour envisager l'évacuation du squat où les services de la ville veillent aujourd'hui à prévenir tout nouvel accident, avant une réhabilitation par Adoma en résidence sociale. Marylène Lenfant

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