Portrait

La prof aux 39 rentrées

C’était juré?: pour cette année, sa dernière dans l’enseignement, Chantal Harel, professeure d’histoire-géographie au collège Pierre-Degeyter, devait prendre un peu de recul. « Je ne suis plus toute jeune, il faut que je me ménage », explique-t-elle avec un sourire. Et pourtant, moins d’un mois après le début des cours, le constat est sans appel?: « Il va falloir se battre pour défendre ce magnifique métier. Cette rentrée a été difficile, très tendue et je suis franchement inquiète pour l’avenir », ajoute celle qui est aussi représentante syndicale (Snes) depuis vingt-cinq ans.
Trente-neuf ans que ça dure. Trente-neuf rentrées pour cette Dionysienne qui a débuté sa carrière par « un poste d’institutrice à l’école du Landy, avec un certain Patrick Braouezec, qui me permettait en même temps d’étudier pour devenir prof ». Un objectif qu’elle atteint peu de temps après mai 1968. « Je suis une enfant de Mai 68. C’est de là que je tiens cette culture de la lutte pour obtenir quelque chose. »
Une bonne dizaine d’établissements de Seine-Saint-Denis plus tard, la voilà qui découvre le collège Pierre-Degeyter de Saint-Denis à la rentrée 1983?: « Ça a tout de suite été un endroit que j’appréciais », confie-t-elle. Elle se découvre bien plus qu’une mission de professeure?: « Ici, les enfants et leurs parents attendent énormément de nous. » Elle s’y installe pour en devenir le personnage incontournable. Avec les années, elle voit ses collègues quitter le collège. « Certains ont opté pour le calme à Paris, où c’est un autre métier, explique-t-elle, ici nous avons une mission sociale. » Les propositions n’ont pas manqué, y compris des postes à responsabilité?: « Être principale nécessite d’arrêter d’enseigner, et j’aime trop ça pour m’en passer. » Les années passent et les élèves se succèdent. « C’est drôle, aujourd’hui j’ai les enfants après avoir eu les parents. » Elle ajoute?: « C’est presque ma famille?! » Ses deux fils, l’un professeur en BTS au lycée Suger, l’autre en charge d’enfants à Paris, n’en seront pas choqués. Ils étaient d’ailleurs à Degeyter.
Chantal Harel a vécu la soudaine et folle médiatisation du collège. Un reportage diffusé sur Canal+ en 1993, Une vie de prof, puis Madame la principale en 2003. « Après le premier documentaire, les crédits se sont débloqués pour la réfection du collège comme par magie », s’amuse-t-elle. Elle reste un témoin privilégié de toutes ces époques. De l’évolution de l’école aussi?: « C’est deve­nu plus difficile qu’avant parce que la situation des familles est bien plus ru­de. La population s’est appauvrie et les classes moyennes se tournent plus vers le privé. Si l’on ajoute l’annulation de la carte scolaire, il va être difficile de parler de mixité sociale. »
L’avenir s’annonce compliqué. Chantal Harel n’a de cesse de convaincre ses jeunes collègues?: « C’est un métier passionnant même si l’on ne gagne pas des mille et des cents. » Elle va le quitter par la force des choses, et donnera notamment de son temps à Amnesty International. Il n’empêche?: « Ça va être dur d’arrêter ce métier que j’aime. »
Étienne Labrunie

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