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/ La Maison des femmes cherche l'équilibre

En attente de financements publics pérennes pour assurer son fonctionnement, la Maison des femmes de Saint-Denis s’inquiète pour son devenir. Confrontée également à une hausse de la fréquentation, elle espère pouvoir s’agrandir, et garde espoir.
En 2017, quelques 11 000 consultations ont eu lieu à la Maison des femmes / © Delphine Dauvergne
En 2017, quelques 11 000 consultations ont eu lieu à la Maison des femmes / © Delphine Dauvergne

À côté du centre hospitalier Delafontaine, se dresse un petit bâtiment coloré : c’est la Maison des femmes. Ouverte en juillet 2016, elle accompagne des femmes victimes de violences, mais agit également sur des thématiques comme la contraception et l’avortement. Son existence est aujourd’hui menacée, faute de financements pérennes. La construction a coûté 920 000 €, « financée un tiers par la Région, un tiers par des fondations privées et le dernier tiers par les collectivités locales et l’hôpital », rappelle Ghada Hatem, fondatrice de l’établissement.
Le personnel du centre du planning familial a été transféré dans la nouvelle structure, mais reste financé par le Département.

 

Dépendante des fondations privées

« Le modèle économique de la Maison des femmes est non-pérenne, car il repose sur une facturation des consultations, un financement par des fondations privées et une participation de l’Agence régionale de santé (ARS) limitées dans le temps », explique Marie-Gabrielle Daniel, directrice des finances de l’hôpital.

Les dons des fondations privées (Kering, Sanofi Espoir, Raja…) représentent la moitié du budget de fonctionnement de la Maison des femmes (qui est de l’ordre de 820 000 €). Ils servent notamment à financer les postes de 5 personnes à mi-temps : deux sages-femmes, un sexologue, un psychologue et une secrétaire. Problème : ces engagements financiers du privé prennent fin au printemps 2019. « Les fondations aiment surtout financer l’innovation », souligne Ghada Hatem, qui espère cependant renouveler certaines donations d’un an ou deux.

Quant au financement public, si l’ARS a octroyé 160 000 € en 2017, ainsi qu’en 2018, la Maison des femmes attend toujours de savoir s’il sera renouvelé en 2019. « Le ministère de la Santé a changé, depuis l’engagement de 2016. Un rapport de l’IGAS qui attestait de l’utilité de notre mission a été rendu, mais comme il n’a pas été commandé sous cette nouvelle ministre, cela m’étonnerait qu’il ait un impact », présume Ghada Hatem. 

D’où une inquiétude matérialisée par une campagne de financement participatif en février 2018, qui a permis de récolter plus de 50 000 €. Même analyse peu optimiste du côté de l’hôpital : « Nous sommes en attente d’une réponse du ministère de la Santé, dans la perspective d’un possible financement public pérenne dédié à la Maison des femmes. Nous avons cependant conscience que le contexte budgétaire national actuel dans le domaine de la santé est contraint. »

 

Un projet d’extension

En 2017, quelque 11 000 consultations ont eu lieu à la Maison des femmes. « Nous avons besoin de plus de surface pour mener à bien nos consultations, se réunir, stocker du matériel… », justifie la fondatrice.
Un projet d’extension d’environ 200 m2, sur le terrain vague qui appartient aussi à l’hôpital, juste derrière l’établissement, est donc envisagé. Le budget du chantier est chiffré entre 600 000 et 700 000 €, la Région s’est déjà engagée à en payer la moitié.

Quelque 150 000 € de promesses de dons privés ont été faites. L’hôpital, qui devra donner un feu vert pour cette nouvelle construction, est encore timide sur son engagement : « Nous étudions les besoins supplémentaires, mais restons vigilants quant à l’obtention de financements pérennes de cette activité, ainsi que sur la charge complémentaire du financement de cette construction. Nous ne nous positionnons pas pour le moment. Le dossier devrait être traité en 2019. » En attendant, la Ville de Saint-Denis a annoncé une mise à disposition d’un pavillon situé juste en face, qui sera partagé avec la médecine scolaire qui l’occupe actuellement.L’équipe de la Maison des femmes ne baisse pas les bras. 
 

Delphine Dauvergne