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/ L’insurrection gitane se fête rebelle

La Fête de l'Insurrection gitane qui a pris ses quartiers dimanche 15 mai sur le parvis de la basilique est une commémoration historique mais pas seulement. Au fil des exposants et des animations, ce « Rromani resistance day » a cherché à faire le lien avec la situation actuelle des communautés roms, manouches et tziganes pour être un outil de la lutte contre les discriminations et montrer qu’aujourd’hui encore, pour ces populations, il y a matière à se révolter.
L’association Murals proposait la réalisation d’une fresque participative représentant la scène historique de révolte des familles Tziganes du 16 mai 1944 à Auschwitz II-Birkenau.
L’association Murals proposait la réalisation d’une fresque participative représentant la scène historique de révolte des familles Tziganes du 16 mai 1944 à Auschwitz II-Birkenau.

 


Au premier plan, on voit un homme armé d'une fourche, une femme brandir une pioche et un autre personnage tenir un marteau. Il y a aussi des enfants et même le nourrisson dans les bras de sa mère est représenté poings levés. En arrière plan, on distingue les uniformes SS et les cheminées des chambres à gaz. Proposée par l'association Murals, cette fresque participative de deux mètres sur quatre, qui prend formes et couleurs ce dimanche 15 mai sur le parvis de la Basilique à mesure que les enfants et passants se saisissent des pinceaux pour la réaliser, représente la scène « Rromani Resistance » justement célébrée à travers cette Fête de l'Insurrection gitane qui a pris une nouvelle fois ses quartiers à Saint-Denis. « Aujourd'hui, on célèbre la révolte des familles tziganes du camp Auschwitz II Birkenau qui ont réussi le 16 mai 1944 à repousser les nazis venus les conduire aux chambres à gaz », explique Pierre Chopinaud, de la Voix des Rroms, l'un des organisateurs de cette manifestation. Avertis par le réseau clandestin, les déportés se sont munis de leur outils de travail pour tenter d'échapper à leur extermination qui interviendra finalement dans la nuit du 2 au 3 août 1944. Si la Fête de l'insurrection gitane commémore cet événement historique, « on a voulu prendre le revers de ce type de cérémonie pour en faire un moment joyeux, placé sous le signe de la dignité, de la résistance et surtout pas de la victimisation, signale Pierre Chopinaud. Car c'est bien la vie qui donne la force de résister et de relever la tête ».

Un spectacle politique vivant

Et qui dit fête dit évidemment festivités, avec au programme tout un tas d'animations pour accompagner cette journée de 11 heures à 2 heures du matin : des stands, des buvettes, des concerts, des projections de films, des débats, un atelier maquillage, des balades à poney. Mais à mesure que l'on déambule d'une activité à l'autre et d'un exposant à l'autre, on saisit davantage les enjeux de cette manifestation présentée dans son ensemble comme un spectacle politique vivant. « Et non, ce n'est pas du folklore ! », se défend un organisateur en prenant pour exemple le groupe de jeunes rappeurs roms en train d'offrir sur scène une très belle prestation. « D'ordinaire, ces jeunes jouent dans le métro... Et dans leurs textes, ils racontent leur situation, qui est celle de beaucoup de Roms en France. » C'est aussi un peu de cette situation qu'ont donné à voir et à entendre dans leur intervention les « femmes d'Hellemmes » qui depuis août 2013 luttent dans le Nord de la France pour dénoncer les conditions de vie dans l'aire d'accueil pour les gens du voyage, s'attaquant entre autres à l'empoisonnement environnemental, à la privation des droits sociaux et aux abus des gestionnaires. Elles sont venues raconter leur combat et montrer le film Nos poumons qu'elles ont elles-mêmes réalisé. « C'est important de visibiliser ces luttes, ne serait-ce que pour les Roms qui sont aujourd'hui dans l'assistance et qui peuvent à leur tour s'en inspirer. » Et ils sont nombreux dans le public à vivre dans des bidonvilles, à lutter chaque jour pour accéder aux dispositifs de soins, à l'emploi ou à la scolarisation et à éprouver au quotidien le sens du mot discrimination. « Aujourd'hui encore, il y a matière à se révolter, c'est pour ça qu'à travers ce mouvement de l'insurrection gitane, les Roms, les Tziganes, les Manouches lient leur force d'une manière commune pour ne plus être pris pour des boucs émissaires », assure Sasha Zanko, un représentant des communautés roms et tziganes venu spécialement de Toulon pour l'occasion, « car elle est d'importance », explique celui dont les grands-parents étaient exposés au début du XXe siècle au Jardin d'acclimatation « tels des bêtes de foire ».

« Cette romophobie persistante, il faut la combattre »

« Aujourd'hui, les Roms, les Tziganes, les Manouches continuent de cristalliser le rejet et le racisme qu'ils soient conscients ou inconscients. Et cette romophobie persistante, il faut la combattre », avertit Madjid Messaoudene, conseiller municipal délégué à la lutte contre les discriminations, en rappelant le soutien de la Ville de Saint-Denis à cet événement et l'importance qu'elle lui accorde en accompagnant sa tenue en plein centre-ville, au cœur de la vie de la cité. « Ce qui fait aussi la force et la portée de cette manifestation, c'est qu'elle a été voulue et organisée par les intéressés eux-mêmes et non par des réseaux militants, comme c'est généralement le cas », observe Andrea Caizzi, président de l'association ASET 93, qui a pour vocation d'animer des missions de préscolarisation dans les bidonvilles de Seine-Saint-Denis. Le bus-école dans lequel habituellement les enfants des campements apprennent le français proposait en ce jour de fête des cours d'initiation à la langue et à la culture Rromanis, pour promouvoir l'interculturalité et combattre les clichés. Pari réussi, les trois sessions ont affiché complet.


Réactions

Alors que des associations travaillent à développer la scolarisation auprès des enfants et des parents, il serait urgent de mettre un terme à l'utilisation des jeunes enfants pour la mendicité à presque tous nos carrefours. Ce n'est pas la place de ces jeunes enfants, leur place est sur les bancs de l'école , celle de leurs exploiteurs est d'être mis hors d'état de leur nuire....

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