En ville

L’impasse Queune ne trouve pas d’issue

Sept familles vivent dans des immeubles dangereux en attente d’être démolis, dans le cadre du vaste projet de construction de la ZAC Landy 2. Aucune solution pour les reloger n’a encore été trouvée.

C’est une petite impasse bordée de maisons en briques, débouchant sur l’avenue du Président-Wilson, où une banderole avait été déployée l’an dernier par ses habitants. S’ils l’ont rangée depuis, la procédure d’expulsion, qu’ils dénonçaient alors, leur vaut d’être assignés au tribunal d’instance le 14 décembre prochain. C’est du moins le cas pour le dernier carré d’entre eux. Seul lotissement d’habitations dans les 16 hectares de la ZAC Landy France 2, à présent en chantier, l’impasse Queune devrait être livrée tôt ou tard aux bulldozers. La Sem Plaine commune développement, qui a préempté l’ensemble des terrains du périmètre et engagé la procédure, a bien mis en place, à la fin 2007, une maîtrise d’œuvre urbaine et sociale, pour accompagner les habitants.

Au terme de son enquête sociale, cette MOUS a retenu quinze ménages pour des relogements qui ont débuté en septembre 2008 chez des bailleurs sociaux privés de la communauté d’agglomération. Cinq restent à reloger. La sélection était fonction des critères habituels, l’ancienneté dans le quartier, la régularité du séjour dans le cas des étrangers, et le titre d’occupation du logement. Lequel fait précisément défaut à l’ensemble des habitants des maisons côté pair. Des maisons squattées depuis des années et dont le propriétaire unique vit aussi sur place.

« On a été jusqu’à une cinquantaine. Aujourd’hui, on est une vingtaine. »

« On a été jusqu’à une cinquantaine. Aujourd’hui, on est une vingtaine. On s’est constitué en collectif dont je suis le président, explique Safiou Adejumo. On est presque tous d’Afrique de l’Ouest, poursuit-il. Il y en a moins d’une dizaine sans titre de séjour. Moi, je suis le plus ancien ici. Je suis arrivé en juin 2000. J’ai eu un contrat de location. Mais après deux mois, j’ai arrêté de payer parce que c’était trop vétuste et les travaux n’étaient pas faits. Et puis d’autres sont arrivés. Depuis, j’ai eu trois enfants qui sont nés ici. On est ici sept familles avec des enfants. » Composés chacun de quatre logements, studios et deux-pièces, sur deux niveaux, les immeubles de l’impasse ont depuis belle lurette sombré dans l’insalubrité. Les occupants des squats, côté pair, n’ont pour seul point d’eau qu’un robinet sur le trottoir, installé en 2006 par la Ville en accord avec Veolia. « Avant, on allait prendre l’eau aux fontaines publiques ou aux bouches à incendie », se souviennent-ils.

Un disjoncteur provoque un début d’incendie

Côté impair, où un immeuble a été démoli, et où bon nombre de logements ont été murés, les conditions de vie des derniers occupants sont à peine moins sordides. Un disjoncteur électrique a provoqué voici quelques jours un début d’incendie, raconte M. Adejumo. Et dans le même bâtiment qui vient d’être évacué, « les caves sont pleines d’eau depuis des années », se plaint-il avec quelques voisins, qui rapportent la mine dégoûtée « les eaux usées qui remontent et se déversent dans la rue ». « Il y a des rats, des cafards, des odeurs nauséabondes… »

Dans l’espoir d’un relogement, les squatteurs ont pris un avocat et sollicité les militants du DAL qu’ils devaient rencontrer le 9 décembre. En attendant, « on a déjà prorogé nos accords avec les investisseurs, qui sont là malgré la conjoncture », fait-on savoir à Plaine commune développement, où l’on rappelle les vastes projets immobiliers, centre de conférences, palais des congrès, studios de télévision, bureaux, etc., inscrits au programme de cette ZAC Landy 2, créée en 2006 au nord de la ZAC Landy 1.

Marylène Lenfant

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