En ville

Porte de Paris
/ L’histoire d’une renaissance

Passage : Il permettait de traverser les fortifications construites au cours de la Guerre de Cent ans vers le village de la Chapelle et la capitale, et les cortèges royaux y transitaient vers la basilique.<br />Carrefour : En 1965, le site est éventré pour livrer passage à l’autoroute A1 et, en 1976, il accueille une gare routière, le transformant en verrueurbaine. Aujourd’hui repensé, il est inaugurésamedi 9 avril.
La Porte de Paris en 2016
La Porte de Paris en 2016
 
C’était à la fin du Moyen Âge l’une des cinq portes pour franchir les remparts qui enserraient le bourg de Saint-Denis. Positionnée sur la principale voie d’échanges qui ait irrigué l’histoire de la ville, la Porte de Paris et avec elle l’ensemble du quartier n’avait conservé de cette histoire que des bribes éparses. Plans ou gravures, ces documents d’archives ont été croisés depuis une vingtaine d’années avec les résultats des fouilles archéologiques. Et ce pan de territoire a recouvert un peu de sa mémoire. 
 
« Les fortifications ont été construites de 1356 à 1416, au cours de la Guerre de Cent ans, raconte Nicole Rodrigues, directrice de l’Unité d’archéologie de Saint-Denis. On en a retrouvé des éléments lors des interventions qu’on a menées depuis 1995, notamment sur le boulevard Marcel-Sembat, au débouché de la rue Pinel et sur le chantier de l’immeuble de PCH, le Barbacane. » Édifié sur un talus, le mur s’ouvrait en son sud par une porte à pont-levis, dans l’axe du chemin vers le village de la Chapelle et la capitale. Et un ouvrage fortifié, en forme de chicane, en protégeait l’abord. Telle était la barbacane qui a inspiré PCH.
 

On se promenait sur le Grand Chemin Pavé

En 1567, lors de la bataille de Saint-Denis, où s’affrontent catholiques et protestants, la Porte de Paris et les fortifications sont endommagées. Saint-Denis, « place forte nord de la défense de Paris » avec son abbaye royale, se protège alors avec des bastions, ces remblais en terre avec fossé, flanqués de leur talus, escarpe et contrescarpe. « En 1750, on décide de restaurer la porte en ruines dont il nous reste une gravure », poursuit l’archéologue. Ce sera en fait une grille, surmontée d’un linteau en pierre, finalement supprimée dans les années 1770. « Nous avons le dessin d’une porte monumentale. Mais nous n’en avons rien retrouvé. » 
 
La Porte de Paris est encore à cette époque le point de passage des cortèges royaux vers la basilique, nécropole des têtes couronnées depuis Dagobert 1er. Mais elle est surtout devenue un carrefour. Au sud, le chemin sinueux, ancienne voie gallo-romaine, emprunté par ces cortèges, est redressé et redimensionné par les ingénieurs de Louis XV en 1724. 35 mètres de large, deux contre-allées, quatre rangées d’ormes, le Grand Chemin Pavé est encore au début du XXe une avenue dont les promeneurs du dimanche vantent les agréments à l’égal des Champs-Élysées. En 1750, c’est à l’ouest de la Porte, et pour contourner Paris, qu’est ouverte la route dite de la Révolte, sur l’axe de l’actuel boulevard Anatole-France. Les modifications ensuite infligées au paysage pour l’adapter à la modernité du tout automobile sont encore dans les mémoires. Et persistent en grande part. 
 
Déjà bien amochée par l’industrialisation de la Plaine, l’avenue Wilson, ex Chemin pavé et ex avenue de Paris, est littéralement éventrée en 1965 pour livrer passage à l’autoroute A1. « À l’origine, cette autoroute construite à partir de Lille devait s’arrêter à la Porte de Paris », rappelle Nicole Rodrigues, qui a retrouvé du quartier une aquarelle à l’atmosphère bucolique. Le foisonnement vert d’un square y apparaît au débouché d’une rue où trône au premier plan une maison à deux étages. La même maison est identifiée sur une photographie de 1963, qui la montre perdue au beau milieu d’un embouteillage… Elle sera bientôt engloutie dans ce déferlement motorisé.
 

Un jardin pour deux cents roses

De même, le square sacrifié six ans plus tôt pour les besoins d’un rond-point qui devient gare routière en 1976. Installée là en haut d’un monticule par la RATP, la gare fera obstacle entre le vieux bourg et son quartier Plaine, pendant une trentaine d’années. Comme le déni définitif d’une histoire millénaire. « Nous avons des attestations d’occupation qui remontent à l’Antiquité. Le secteur va rester habité et se développer alors qu’il n’est pas intégré dans les remparts », signale Nicole Rodrigues. Sur les plans anciens, où figurent des voies disparues attestées par des fouilles, l’archéologue désigne le « chemin d’Aubervilliers », auquel s’est plus ou moins superposée la rue Danielle-Casanova. 
 
Dans son sillage, le ru de Montfort, pas encore canalisé, servira à irriguer le vaste jardin des Carmélites, situé à l’intérieur du fortif. Dans ce jardin, en contrebas de la bute alors utilisée pour l’agrément d’un chemin planté, s’épanouissent jusqu’en 1815 Belle Aurore, Carmosina, Toque violette… Les quelque deux cents roses créées là par Jacques-Louis Descemet, premier rosiériste français. 
 
Marylène Lenfant
 

Entre ville historique et Plaine
Opération reconnexion

 
Créée en 2002, la ZAC de la Porte de Paris ne couvre pas moins de 17,5 hectares, à la jonction de la ville historique et de la Plaine, l’ancien quartier industriel métamorphosé en 1997 par l’implantation du Stade de France. Reconnecter entre eux deux pans d’un même territoire sectionné et pollué par les infrastructures autoroutières, telle est la grande ambition de ce projet urbain mûri depuis quinze ans avec le concours d’un comité consultatif réunissant habitants et associations du quartier. Adossés à cette continuité territoriale, les objectifs de la ZAC sont multiples. Ils sont contenus dans un programme qui a dû être scindé en deux étapes. L’une pour la partie Sud, comprise entre canal, boulevard Anatole-France et rue Danielle-Casanova, est aujourd’hui suspendue aux projets d’aménagement de la Métropole du Grand Paris qui devrait aider à financer la suppression des bretelles d’autoroute. 
 
L’autre étape est quant à elle bien avancée sur cette partie Nord qui sera « inaugurée » ce samedi 9 avril.Confiée par Plaine Commune à la Sem d’aménagement Plaine Commune Développement, la réorganisation de ce bout de quartier a notamment porté sur les espaces publics, enfin libérés de la gare routière, où la rue Danielle-Casanova a été ainsi redressée, et plantée le long du terminus de la ligne 8 du tramway. 
 
Signalons encore les nouveaux accès au métro Porte de Paris, la rénovation du parking souterrain, ainsi que la création, parmi les nouveaux immeubles, de la rue de la Barbacane et dans sa continuité de la place René-Dumont. Pour le volet immobilier, 63?000 m2 étaient inscrits au programme avec une mixité de fonction, logements, activités et équipements, dont un groupe scolaire (19 classes) et une résidence étudiante (32 studios), l’un et l’autre réalisés.Livré voilà bientôt un an, le front bâti du Novotel et du siège de PCH, avec 50 logements en accession sur son flanc nord, a été édifié sur le bitume, autant dire une table rase. Mais à l’arrière de cet alignement, c’est à un maillage avec le vieux tissu urbain qu’il a fallu procéder.

Vers la suppression des bretelles d’autoroute

Dans l’alignement du premier bâtiment édifié dans la ZAC – le Barbacane aux 32 logements sociaux de PCH – s’est d’abord insérée la résidence de la CAPS. Baptisée « Les deux Louise » en hommage à Louise de France et Louise Michel, elle comporte 44 logements en accession sociale, qui ont tous trouvé preneurs. Ils seront livrés à partir de la mi-avril, avec deux locaux commerciaux, dont l’un vendu au STIF pour accueillir les conducteurs du tramway T8.
 
Quelques pas plus loin, un chantier prendra fin dans les mois à venir pour Les Jardins Casanova, une résidence de 42 logements en accession classique, commercialisés par le promoteur SMBI. Et d’autres programmes sont en vue, à l’angle des boulevards Anatole-France et Marcel-Sembat, et à l’extrême est de la ZAC sur l’avenue Paul-Vaillant-Couturier. Reste une friche, ceinturée de palissades, le long de la bretelle d’autoroute. Vouée pour l’heure à des occupations tout au plus provisoires, elle sera mise à profit quand viendra l’heure d’aménager la partie sud de la ZAC, autrement dit, de supprimer les maudites bretelles. L’affaire d’une dizaine d’années. 
 
M.L.
 
 

Commerces en vue dès début juin

Après le Novotel en juin, puis le restaurant Hippopotamus en octobre, un troisième commerce est en vueà la nouvelle Porte de Paris. Aménagée sur 200 m2, au rez-de-chaussée du siège de PCH, ce sera une boulangerie pâtisserie avec petite restauration, à l’enseigne du Bon Pain Piérol. Troisième boutique en Île-de-France sous cette licence de marque, elle sera exploitée par un chef pâtissier. Et devrait ouvrir début juin. Pour les cellules commerciales bientôt livrées rue de la Barbacane, la Ville mentionne l’installation probable d’un assureur et de professionnels de santé. 

 
« Les commerces, c’est ce qui manque au quartier », déclare Matthieu Menal, le directeur général du Novotel. Ce premier hôtel quatre étoiles en centre-ville est aussi le principal pilier du renouveau de la Porte de Paris. Le groupe Accor avait pourtant renoncé à l’exploiter en propre, préférant le confier à un franchisé de confiance. L’hôtel de Saint-Denis est le 10e qu’exploite Guy Parrain, Pdg d’Accueil Hôtel, sous une enseigne d’Accor. « Nous avons 38 collaborateurs dont un tiers habite Plaine Commune », précise le Dg. Avec ses 156 chambres, plus son restaurant, son bar et ses salles de réunion, « c’est la seule offre full service dans le secteur ». M. Menal parie pour le quartier comme pour la ville sur un développement à la manière de Brooklyn,l’ancien quartier populaire de New York. « Le seul warning, insiste-t-il, c’est la sécurité et la propreté. » 
 
M.L.

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