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À l’IUT de Saint-Denis
/ L’Effet Mukwege

Le médecin congolais Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018, a inauguré vendredi 13 septembre en présence d’élus, de professeurs et d’étudiants, un amphithéâtre à son nom à l’Institut universitaire de technologie Paris 13.
Dévoilement de la plaque inaugurale dans l’amphithéâtre « Docteur Denis Mukwege » en sa présence. © Yann Mambert
Dévoilement de la plaque inaugurale dans l’amphithéâtre « Docteur Denis Mukwege » en sa présence. © Yann Mambert

Faut-il encore le présenter ? Gynécologue de renommée internationale, fondateur de l’hôpital de Panzi (République démocratique du Congo) spécialisé dans le soin des femmes victimes de « viol utilisé comme arme de guerre », défenseur des droits de l’homme, féministe déclaré, co-lauréat du prix Nobel de la paix 2018 partagé avec la Yézidie Nadia Murad, ex esclave sexuelle de Daesh…

Vendredi 13 septembre, le Docteur Denis Mukwege, 64 ans, a été accueilli comme une star à l’Institut universitaire de technologie de Saint-Denis où a été inauguré un amphithéâtre qui porte son nom. « L’homme qui répare les femmes », comme on le surnomme, a eu droit au tapis rouge, à des airs de musique classique au piano et à une pluie d’hommages.

« Nous avons souhaité que votre nom soit gravé dans le marbre », a prononcé à son arrivée le directeur de l’IUT, Samuel Mayol, en ouverture de l’événement et en introduisant l’exposition Denis Mukwege, un médecin au cœur des ténèbres, de la journaliste Anna Miquel, présentée dans le hall de l’établissement. De ses débuts en tant que médecin engagé après la Première guerre du Congo en 1996, au travail titanesque qu’il a fourni au sein de l’hôpital de Panzi dédié depuis vingt ans à la prise en charge holistique (1) des femmes survivantes de violences sexuelles à l’est de la RDC, en passant par les batailles menées pour faire connaître son combat, l’exposition a retracé le parcours d’un Denis Mukwege qui a conquis sa place parmi les grands hommes, ceux qui ont marqué l’Histoire.

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« Dénominations féminines »

La venue du médecin congolais à Saint-Denis s’inscrit dans un projet de l’IUT Paris 13 qui a pris l’initiative de donner des noms de femmes à ces quatre amphithéâtres récemment rénovés pour un montant total de 650 000 €. Les amphithéâtres « Niki de Saint Phalle » et « Rosa Parks » ont été inaugurés il y a quelques mois. L’amphithéâtre «Simone Veil » le sera le 18 octobre en présence de ses deux fils, Jean et Pierre-François Veil. 

« Nous avions décidé de choisir quatre noms de femmes. Mais votre nom est apparu. Peut-être, voire même sûrement, parce que vous faites tellement pour les femmes que ce choix nous est apparu comme légitime », a souligné Samuel Mayol dans le désormais amphithéâtre « Docteur Denis Mukwege », plein à craquer. Plus largement, la question de la place des femmes dans l’espace public et en particulier la démarche de la Ville « de privilégier les dénominations féminines pour ses nouvelles rues et espaces publics » est un « choix politique », a explicité Patrick Vassallo, président du Conseil de l’IUT et maire-adjoint.

Le maire Laurent Russier a honoré quant à lui le nom du Docteur Mukwege qui « va bien à cette ville. Votre présence est aussi un écho à la Maison des femmes », a avancé l’élu en saluant le travail de sa fondatrice Ghada Hatem Gantzer. 

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Réparations

Alors que dans l’Hexagone, depuis le début de l’année, un peu plus de 100 femmes ont été victimes de « féminicides conjugaux », et que le gouvernement a lancé début septembre son « Grenelle des violences conjugales », le Docteur Denis Mukwege a rappelé que la question des violences sexuelles ne se limitait pas à l’Afrique ou aux zones de conflit.

« Tous les trois jours en France, une femme est tuée. Mais il n’y a pas de guerre en France ! » Le gynécologue a discouru sur le viol, cette « arme utilisée partout pour diverses raisons », que ce soit en Irak, Bosnie, Colombie. « Notre engagement est important pour lutter contre ce fléau », dans lequel« les femmes et les enfants sont devenus les cibles privilégiées ». Comment aider les victimes à s’en sortir ? Pour le militant des droits humains, il est primordial « d’engager les hommes dans ce combat ».

Enfin, Denis Mukgweke a insisté sur le nécessaire travail de réparation. Celui qui est favorable à la création d’un tribunal international en RDC a précisé les grandes lignes d’un « Fonds mondial » de réparation pour les survivantes de violences sexuelles à travers le monde, dont le lancement se fera en octobre. « Ce Fonds sera alimenté par les États (2). Le principe est de soutenir les survivantes dans des pays où les dirigeants ne veulent pas ou ne peuvent pas le faire. Dans les deux cas, nous considérons que les victimes doivent avoir une réparation. Elle pourra être individuelle ou collective. Elle pourra aussi être symbolique. »

Autre symbole annoncé vendredi 13 septembre par Anne-Sophie Barthez, qui a représenté la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal – dont l’absence à l’inauguration a été remarquée : l’annonce de la diffusion dans tous les établissements d’enseignement supérieur du documentaire L’homme qui répare les femmes, de Thierry Michel, lors de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes le 25 novembre.

Yslande Bossé

(1) L’approche holistique désigne l’accompagnement à plusieurs niveaux des femmes victimes de violences sexuelles. Aux soins médicaux s’ajoutent les soins psychologique, social et juridico-économique.
(2) La France a participé à hauteur de 6 millions d’€, l’Allemagne 400 000 €.

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