En ville

Covid-19
/ L’épidémie semble contenue

Si la Seine-Saint-Denis apparaît en rouge sur la carte du déconfinement, la situation sanitaire s’est nettement améliorée ces dernières semaines à Saint-Denis. Le virus circule peu. Les capacités de test ont considérablement augmenté. La ville et le département paient finalement la faiblesse des capacités ordinaires en réanimation.
Le service réanimation de l'hôpital Delafontaine pourraient ne plus être saturées. (c) Jacky-Yves Manco
Le service réanimation de l'hôpital Delafontaine pourraient ne plus être saturées. (c) Jacky-Yves Manco

Jeudi 7 mai, l’hôpital Delafontaine ne comptait plus que 14 patients en réanimation contre 32 au pic de la crise, et la direction de l’établissement de soins dionysien espère voir ce chiffre tomber à six dans le courant de cette première semaine de déconfinement.

Pour la première fois depuis des semaines, les capacités de la « réa » de Delafontaine (12 lits en temps normal) pourraient donc ne plus être saturées. Une nouvelle encourageante qui n’est pas la seule. Cette semaine va aussi marquer la reprise des activités d’urgence chirurgicale dont l’hôpital s’était délesté ces derniers temps au profit de la clinique de l’Estrée. Si la situation sanitaire continue de s’améliorer, les interventions semi-urgentes (liées aux cancers notamment) pourraient reprendre à partir du 18 mai. S’ils étaient encore 46 patients hospitalisés, hors réanimation, pour Covid-19 (contre 157 au moment du pic épidémique début avril) en fin de semaine dernière, petit à petit l’hôpital Delafontaine se « décovidise » donc.

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« La décrue est presque aussi rapide que la crue », constate la direction de l’hôpital. À ceci près que de nombreux patients (49) étaient encore hospitalisés pour soins de suite, en milieu de semaine dernière. La dynamique de l’épidémie de coronavirus semble bel et bien avoir pâti du confinement. Aux urgences, le flux de patients, encore inférieur de moitié aux moyennes habituelles, est désormais « essentiellement non Covid-19 » toujours selon la direction de l’hôpital, qui parle « d’une à deux hospitalisations par jour pour Covid-19 depuis plusieurs semaines. Deux sur onze pour la journée de mercredi 6 mai par exemple. »

Délicat retour à l’activité normale

La situation est quelque peu plus nuancée au Centre cardiologique du Nord (CCN), également en première ligne pendant cette crise sanitaire. « Il y a une vraie baisse de la demande pour hospitaliser les patients Covid, ce qui montre que le confinement a fonctionné, détaille le cardiologue Xavier Copie. Certains malades passent encore en consultation sans rendez-vous dans notre structure, mais on ne nous demande plus d’en prendre en réanimation. En revanche, on a encore beaucoup de patients en “réa”. Plus de vingt. Les patients Covid sont longs à sortir de réanimation. Certains sont là depuis plus de quarante jours. Cela dit, c’est le cas aussi pour d’autres maladies respiratoires. Il faut beaucoup de temps pour que le poumon guérisse et que les gens puissent respirer tout seuls. »

Désormais, l’enjeu à Delafontaine comme au CCN est de retrouver un fonctionnement le plus proche de la normalité. Pas une mince affaire, alors que l’ombre de l’épidémie plane encore. « Nous allons garder six lits Covid-19 en réanimation en cas de besoin, explique la direction de Delafontaine. Par ailleurs, l’objectif est de rouvrir le plus rapidement possible des lits non Covid-19. Le souci est que nos capacités d’accueil se trouvent réduites d’un tiers, car nous avons fait le choix par précaution de n’accueillir les patients que dans des chambres individuelles dans cette période. »

50% de téléconsultations dans les CMS

Au CCN, Xavier Copie relate aussi un lent retour à la normale : « On voit les patients de cardiologie revenir, bien qu’ils aient peur. Il faut absolument qu’on s’en occupe maintenant. Les patients qu’on peut encore différer sans risque, le sont. Mais ceux dit “semi-urgents” commencent à devenir urgents. Il y a des gens qui ont des maladies menaçantes qu’on reprogramme pour fin mai déjà. On s’aperçoit que le mois de juin est déjà un peu rempli. Ça risque d’interférer avec le besoin de repos du personnel qui est aussi très important. C’est le défi du déconfinement, arriver à gérer l’afflux des autres malades. »

La reprise de l’activité normale, c’est aussi le défi dans les quatre Centre municipaux de santé (CMS) de la ville, où le Covid-19 se fait de plus en plus discret. « On constate très clairement un décrochage depuis trois semaines au niveau des consultations pour Covid-19, se réjouit Simon Bonnaure, directeur de la santé. La semaine du 27 avril, nous avons comptabilisé moins de 10 consultations pour suspicion de Covid-19 dans l’ensemble des CMS. La semaine dernière, il y a eu une très légère reprise, mais, clairement, l’intensité épidémique est faible pour le moment. » Pour autant, les CMS ne baissent pas la garde et conservent le principe du double flux, avec des consultations Covid-19 dédiées en matinée, sur rendez-vous pour garantir l’absence de contact. « En outre, pour les prochaines semaines, au moins un rendez-vous sur deux devrait être encore assuré en téléconsultation (70% actuellement), dans le but de réduire le flux de patients, justifie le directeur de la santé. Maintenant, si on juge qu’il est nécessaire de voir une personne, on la reçoit évidemment. » N’en déplaise à Molière, au temps du Covid-19 ce n’est plus le malade, mais le médecin qui est imaginaire.

Yann Lalande et Olivia Kouassi

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Crash test

Et maintenant comment tenir sous contrôle l’épidémie ? La réponse tient en une phrase : casser les chaînes de transmission. Pour ce faire, en plus des gestes barrières et des masques, l’arme décisive s’appelle test virologique.

« À Saint-Denis, les capacités de dépistage ont été considérablement accrues, constate Simon Bonnaure, directeur de la santé. La Ville dispose de quatre sites de prélèvement actifs pour une capacité d’environ 500 tests par jour (200 pour le seul hôpital Delafontaine, dont les capacités ne sont pas saturées pour le moment) qui nous permettra de répondre à la demande. » Alors que dans les premiers temps on ne testait que les cas graves, la stratégie change diamétralement avec le déconfinement.

« Dès qu’il y aura des symptômes, on dépistera systématiquement, assure Simon Bonnaure. On isole le patient ainsi que les membres de son ménage et on repère les cas contacts, à savoir les personnes qui ont été en situation de discussion 15 minutes sans protection. Toutes ces personnes vont aussi faire l’objet d’un dépistage. L’ensemble des médecins ont la responsabilité de recevoir les cas de suspicion de Covid-19 et de les adresser avec une ordonnance aux centres de prélèvement. Si on a des symptômes, il est donc impératif de consulter pour éviter de contaminer. » Confiant, Simon Bonnaure ajoute « qu’en mai il devrait être plus simple de repérer les cas symptomatiques qu’en plein hiver ».

YL

Réactions

je trouve qu'il y a eu à st Denis une excellente coopération entre l'hôpital, le CCN, les équipes de santé de la ville de ST Denis que nous devons féliciter et remercier- A ce soir 20 h pour les applaudissements -
Les patients intubés reçoivent du curare afin d'obtenir un relâchement musculaire. Donc leur masse musculaire fond. Les soins de suite durent des mois. Il faut plusieurs mois pour recréer les muscles des bras et des jambes. Comment font l'hôpital Delafontaine le CCN et les quatre CMS pour prodiguer ces nombreux soins de kinésithérapie ? En Seine-Saint-Denis il faudra une armée de kinésithérapeutes d'ergothérapeutes et d'orthophonistes pour réapprendre à respirer à parler et à marcher aux patients covid-19 sortis de réanimation. Or notre département manque cruellement de spécialistes de ces trois disciplines.

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