En ville

L’échec scolaire en soins intensifs

Mériel, centre de loisirs plus connu pour héberger les petits Dionysiens en congés, accueille depuis mi-mai cinq pensionnaires de 8 à 11 ans en grande difficulté scolaire.

Un domaine de 4 hectares en grande partie boisé, sur un vallon de la campagne du Vexin. Dans le centre de loisirs qu’elle possède à Mériel, dans le Val-d’Oise, la ville de Saint-Denis n’accueille plus seulement les enfants venus s’aérer les bronches le mercredi. Depuis le 15 mai et jusqu’à la fin juin, elle y héberge cinq jours sur sept les pensionnaires de son nouvel internat de Réussite éducative. Cinq élèves du CE1 à la 6e, âgés de 8 à 11 ans, auxquels se consacre une équipe de huit adultes, dont six professionnels de l’éducation.
« C’était ça où j’allais me faire virer du collège, raconte Souleymane, 11 ans. Je m’entendais bien qu’avec le prof de sport. Les autres, je leur parlais mal. J’ai été content d’avoir une deuxième chance. J’ai fait des progrès en tout. Sauf en français où j’y arrive pas. » Mêmes paroles de raison de la part de Kaourou, 10 ans, un ancien dur de dur, comme il le dit lui-même. « Je me battais, je tapais ma maîtresse. Les grands disaient qu’en venant ici j’allais empirer. Je voulais pas non plus. Après j’ai dit d’accord. » Lui aussi annonce avec fierté ses  progrès. « En maths, surtout, j’ai de très bonnes notes. J’aurais aimé rester ici plus longtemps pour progresser », ajoute-t-il, même s’il avoue des difficultés à se coucher à 20h30. « Avant, j’allais dehors jouer au foot jusqu’à 22h30. Ça me calmait. »
Pas de télé, pas de jeu vidéo, mais des séances d’arts plastiques, de théâtre et de relaxation, des promenades à vélo… Et un rythme de vie des plus cadrés auquel veillent, tour à tour, quatre assistants d’éducation. L’internat de réussite éducative permet d’abord de « remettre en place des bases de vie. Ce sont souvent des enfants épuisés qui tiennent sur les nerfs, raconte l’institutrice, Marie-Pierre Lanlo. D’ailleurs, quand ils reviennent le lundi, ils sont fatigués. On travaille avec eux sur le sommeil pour leur en montrer l’importance au point de vue physiologique. Ils apprécient qu’on leur explique les choses ».
Également essentiel, « le temps d’écoute » qui ouvre la journée par un groupe de paroles où sont notamment commentés les problèmes de comportement. « Il s’agit de les responsabiliser. Ils constatent que ceux d’entre eux qui ont commencé à évoluer progressent en classe », poursuit l’institutrice en relevant a contrario pour facteur de « mauvais comportements », « l’échec scolaire qui les renvoie à leur impuissance ». « J’encourage toujours les progrès, aussi minimes soient-ils », insiste-t-elle. Issus de différents établissements, les enfants avaient été désignés par les équipes éducatives (directions d’école, Rased…) en accord avec les familles, monoparentales pour la plupart. Le lien avec elles est assuré par Omar Sow, le responsable administratif et éducatif, qui les voit vendredi soir et lundi matin quand il achemine les enfants à bord d’un minibus. « Au départ, note-t-il, les parents éprouvaient une gêne. On les bouscule dans leur rôle éducatif. Mais quand ils voient les résultats, ils admettent que leurs enfants avaient bien besoin de cette aide. » La résidence scolaire de Mériel devrait accueillir à la rentrée prochaine dix enfants pour une durée de six semaines, qui pourrait être renouvelée deux fois.
Marylène Lenfant

Éclairage

Plusieurs dispositifs existent
Pièce maîtresse du programme de Réussite éducative que la Ville met en place depuis l’automne, en concertation avec l’inspection académique, la résidence scolaire de Mériel est la première du genre en Seine-Saint-Denis. Alors que la Ville en finance les équipements (salles de classes et d’activités, chambres…), c’est l’État qui prend en charge les dépenses de personnels et de fonctionnement pour un montant évalué à 109 000 euros en année pleine. Développé dans le cadre de la loi de cohésion sociale de janvier 2005, avec un financement de l’Acsé (Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances), le programme de Réussite éducative est piloté par un coordonnateur, appuyé par deux assistantes sociales, chargées de concevoir avec les familles des « parcours personnalisés » pour leurs enfants. Parmi les « actions » élaborées au sein d’équipes pluridisciplinaires (dont des psychologues et personnels spécialisés de l’Éducation nationale), une autre structure, dénommée « Le chemin vers l’école », située rue Dezobry, est dans l’attente de la nomination d’un enseignant pour accueillir dix enfants avant leur scolarisation en maternelle. Ont déjà été mis en œuvre une prévention des troubles du langage à la Plaine et des animations pour le sport en famille, auxquelles s’ajoutent activités culturelles en PMI et clubs lecture que la Ville proposait déjà. Pour Marc Bablet, inspecteur d’académie adjoint, les moyens alloués à ces dispositifs « ne sont pas contradictoires avec les moyens des écoles, dont la Réussite éducative complète le travail ». Un point de vue en partie partagé par David Proult, maire adjoint délégué à l’enseignement. « Mais ce n’est pas parce que nous sommes engagés dans ces actions que nous n’allons pas continuer à revendiquer des moyens pour l’Éducation nationale », insiste-t-il.
M.L.

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