En ville

Infirmiers et aides-soignants en grève

Depuis début novembre, un puissant mouvement du personnel paramédical conteste une réorganisation des horaires et, plus globalement, met en cause « un management industriel ».

Infirmiers et aides-soignants des urgences de l'hôpital Delafontaine poursuivent leur grève entamée le 2 novembre. « On savait que ça allait durer longtemps », souligne Patricia Gatinet, aide-soignante aux urgences, infirmière gréviste, comme 100 % du personnel paramédical des urgences. Une grève qui se concrétise par des personnels portant un brassard « assigné mais en grève » et un service minimum assuré. Face à l’afflux continuel de patients, tout le monde reste en poste, mais la colère demeure intacte: « Il faut vraiment que la direction nous entende », lâche Yacine, un infirmier.

Pourquoi une grève ? Au départ, une réorganisation des horaires pour « plus d’équité entre tous les services et plus de transparence », explique Aude Goldsztejn, directrice des ressources humaines (DRH). Bref, le passage à une journée de 7h30 au lieu de 8h. Conséquence : en moyenne, une perte de 12 à 15 jours de RTT aux urgences (contre 5 dans les autres services). « Ça nous tombe dessus comme ça sans aucune concertation avec les intéressés », explique Malika Fauchet, secrétaire générale FO. « Cela fait un an et demi que nous préparons cette réorganisation des horaires », dit pour sa part Aude Goldsztejn. « L’ensemble des syndicats ont participé aux réunions au printemps. », ajoute-t-elle. Des syndicats consultés qui, à l’exception de la CFDT, n’ont pas signé la totalité des avenants. Ils sont toutefois applicables au nom de la loi de représentativité. « Résultat : travailler plus sans gagner plus », ironise Abdel Zombo, le représentant de la CGT à Delafontaine.

«le timing n’a pas été bon car nous n’avons pas eu le temps de voir tous les services pour expliquer cette réorganisation »

De son côté, la direction assure que tout a été fait dans les règles et en concertation, mais Aude Goldsztejn concède que «le timing n’a pas été bon car nous n’avons pas eu le temps de voir tous les services pour expliquer cette réorganisation ». Patricia Gatinet ne dit pas autre chose : « Nous avons été informés par nos cadres sans aucune concertation : nous ne sommes pas que des machines à travailler ! » Yacine : « On fait comme avec des caissières, en nous disant d’être plus nombreux quand il y a du monde ! »

Aux urgences, on reproche à cette réorganisation de ne pas tenir compte de la spécificité du service et de trop s’appuyer sur les chiffres. « On sort un calcul froid qui se base sur le nombre de passages aux urgences, on est dans le management industriel », avance Abdel Zombo. « On gère des êtres humains, pas des voitures ; il y a aussi tout un travail avant et après la prise en charge du patient », souligne Patricia Gatinet.

« On jongle pour faire au mieux, mais nous ne sommes clairement pas assez nombreux »

Le malaise est visible. Au-delà de cette réorganisation, pointe une nouvelle fois la question des conditions de travail. Il y a dix mois, une grève sur ce sujet avait agité les urgences. Manque de personnel, détériorations des conditions de travail, agressions physiques et verbales… Les doléances sont nombreuses. « On jongle pour faire au mieux, mais nous ne sommes clairement pas assez nombreux », explique Patricia Gatinet. « Il manque 5 000 infirmiers dans la région et la pénurie est plus grave en Seine-Saint-Denis, car peu de gens veulent venir y travailler », déplore Aude Goldsztejn. « On tourne en rond ; si les infirmiers ne veulent pas venir, c’est parce que nos conditions de travail sont déplorables », répond Yacine.

« On va continuer à mener les négociations »

L’hôpital tente d’y répondre en mettant en place une préformation pour intégrer des futurs candidats aux métiers d’infirmiers ou d’infirmières, avec à la clé une embauche, en faisant appel à des vacataires ou en proposant des heures supplémentaires. « Cela représente un poste et demi par mois », avance Aude Goldsztejn. « C’est une simple précarisation des soins ! », tranche Yacine.

Le débat continue. La menace d’une généralisation du mouvement aux autres services semble réelle. « On va trouver une solution en prenant en compte les spécificités des urgences », avance Aude Goldsztejn. « On va continuer à mener les négociations avec optimisme et détermination », conclut pour sa part Patricia Gatinet.

Étienne Labrunie

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