Portrait

Guy et Paulette Charpentier : des valeurs à l’unisson

À 86 et 80 ans, ils restent résolument jeunes. Leurs vies eurent d’abord de nombreux points communs. Puis elles ont fini par s’unir, un beau jour de 1950. Et, depuis, ils ne se sont pas quittés. Guy et Paulette, on ne les imagine pas l’un sans l’autre. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils n’ont pas chacun leurs propres personnalités, bien affirmées, et leurs histoires.
Guy est né en 1923, à Paris, « de famille paysanne berrichonne », dit-il avec fierté. Il est le deuxième de dix enfants. Il grandit à Saint-Ouen, accompagne son père ouvrier aux manifestations de 1936. Paulette est venue au monde six ans plus tard, également à Paris, fut un temps élevée dans le Morvan chez sa grand-mère, avant de revenir à Nanterre. « Ma mère était placée chez les bourgeois. » Traduisez bonne à tout faire. Elle se souvient aussi du Front populaire, des gamelles portées à son père gréviste.
Dès 16 ans, Guy est apprenti chaudronnier, va en usine, à la Plaine et ailleurs. De la guerre, ils ont tous deux des souvenirs douloureux. « Ma mère se levait à 5 h du matin pour nous nourrir, c’était terrible ! » Guy en est toujours ému, soixante ans plus tard. Paulette se souvient que son école a été bombardée, de son retour dans le Morvan, où elle aussi, « est placée », avec sa sœur. À 11 ans. Pas facile de grandir dans un tel contexte. Les souvenirs affleurent, les anecdotes remontent à la surface. La Libération, ses grands moments de joie, ses excès avec la tonte de femmes, qui choque profondément Guy.
Après la guerre, tous les deux vivent à Stains, d’abord sans se connaître. Guy s’engage, adhère au PCF ; Paulette, plus jeune, aux Vaillantes, puis aux Jeunesses communistes. Deux vies de militants se rejoignent. Guy est permanent au niveau départemental de 1954 à 1983, Paulette est élue à Saint-Denis de 1959 à 1983, où ils sont arrivés en 1956, déléguée entre autres à l’enfance et aux affaires sociales. Durant la guerre d’Algérie, elle soutient les femmes d'Algériens enfermés à Vincennes élevant seules leurs enfants. Elle milite aussi à l’Union des femmes françaises, est journaliste à Saint-Denis Républicain, tient la librairie Paul-Éluard, jusqu’en 1989. Guy, lui, a pris sa retraite à 60 ans, heurté par les divisions au sein du PCF. Et pour jouir de sa famille, trois enfants, quatre petits-enfants. Ils achètent une maison dans le Loiret, font des randonnées, des voyages, lisent, beaucoup, Guy travaille le cuir…
Lorsque la santé devient plus fragile, ils reviennent à Saint-Denis en 2000. Mais gardent un enthousiasme intact. Ils s’apprêtent à fêter comme il se doit les 80 ans de Paulette, et aiment la jeunesse d’aujourd’hui. « Ils sont purs, ils veulent se battre, mais il n’y a plus rien pour accompagner leurs valeurs. On leur tond la laine sur le dos et ils sont livrés à eux-mêmes… », regrette-t-elle. « Mais je garde espoir », s’exalte Guy. « Un jour, on y arrivera, les rapports entre les hommes seront différents, les uns n’écraseront plus les autres… » Toujours jeunes, on vous dit !

Benoît Lagarrigue

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