En ville

Gare : le trafic de drogue se fait plus discret

Incontestablement, la présence des forces de l’ordre sur le territoire du marché du crack à ciel ouvert a changé la donne. Le quartier n’offre plus le même visage angoissant, mais le commerce existe toujours dans ses arrière-cours et il a également essaimé dans d’autres lieux.

Usagers de la gare, habitants et commerçants du quartier sont d’accord sur un point : la police a reconquis le territoire où prospérait au vu et sus de tous le marché du crack. Ce déploiement, avec les moyens de la nouvelle police métropolitaine placée sous l’autorité du préfet de police de Paris, avait été annoncé à la mi-septembre par le ministre de l’Intérieur. Autre promesse tenue pour l’essentiel, le poste de police de la gare a rouvert 7 jours sur 7, de 7h30 à 22h – et non 24 heures sur 24 – avec cinquante policiers de la Brigade des réseaux ferrés. Les premiers bilans consécutifs à ces mesures ont été tirés le 13 octobre en sous-préfecture, où le préfet Nacer Meddah présidait, comme il s’y était engagé en juin, la nouvelle cellule de veille sanitaire, avec entre autres participants le directeur de cabinet du préfet de police de Paris, des représentants des services de police qui travaillent ensemble à démanteler les réseaux, des élus de la ville et dix habitants.

Des dizaines d'arrestations liées à la drogue

Convoquée toutes les cinq ou six semaines, cette cellule est « un lieu où chacun rend compte de ses engagements, et fait le point sur leur mise en œuvre, à quel rythme », résume Stéphane Peu, maire adjoint délégué pour le quartier. Lequel s’interroge sur « la pérennité du dispositif » avec une police métropolitaine que « d’autres lieux de tension en Île-de-France » peuvent conduire à déserter le quartier Gare. La Ville, souligne l’élu, doit aussi assurer sa part. « On s’est engagé à recruter quatre gardes de l’environnement pour le square Brise-Échalas. » Ceux-ci devant prendre le relais des policiers municipaux, affectés aux abords de l’école mitoyenne où la présence de dealers avait d’abord été contrée par les agents d’une société de surveillance.

Aujourd’hui, alors qu’elle fait état d’une soixantaine d’arrestations liées à la drogue, la police admet un effet de dissémination, repéré à Pierrefitte et à Stains. Non mentionné, le cas de L’Île-Saint-Denis a pourtant motivé début octobre un courrier de son maire Michel Bourgain au ministre de l’Intérieur, où il demande « une intervention massive et immédiate ». Quant au centre-ville de Saint-Denis, il fait l’objet d’une surveillance policière en divers lieux où aurait pu migrer le deal de crack. « Un amalgame rapide a été fait avec des rassemblements de jeunes qui existaient déjà », prévient Stéphane Peu pour citer le cas de la rue Gabriel-Péri, où il n’en reconnaît pas moins « les nuisances pour le voisinage ». Mais pour beaucoup, c’est encore dans le quartier Gare, dans les arrière-cours, que se poursuit le commerce.

Marylène Lenfant

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Accompagnement des toxicomanes

La Ville cherche un lieu, la Ddass met la main à la poche

« Parent pauvre du dispositif », selon les élus de Saint-Denis, l’accompagnement des toxicomanes va être pris en charge par un Caarud, Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues, dont la Ddass 93 vient d’annoncer le financement pour un montant de 500 000 euros. « Nous sommes en train de chercher un lieu, pour lequel nous prévoyons une concertation avec les habitants. Leurs inquiétudes sont naturelles. Mais elles sont renforcées par l’absence de lieu d’accueil où les toxicomanes peuvent se resocialiser », explique Virginie Le Torrec, maire adjointe en charge de la santé. Ces toxicomanes en errance « ont été jusqu’à 300 au cours de l’été 2008, précise l’élue. On les estimait dernièrement entre 50 et 100. Depuis l’augmentation de la présence policière, ils seraient entre 30 et 50. On s’est bagarré pour avoir des moyens proportionnés. »

Aides 93, qui n’intervient que deux demi-journées par semaine pour la prévention des risques, sera épaulée par une autre association, Proses (Prévention des risques, orientation sociale, échange de seringues) qui gère un centre à Montreuil. Étendues à l’accompagnement social et aux premiers soins, les missions du centre devraient être assurées par une équipe de cinq personnes, sur des fonds exclusivement de l’État, « puisqu’il s’agit de sa compétence ». Mais la Ville n’en sera pas moins à leur côté, avec « ses connaissances du territoire » et au travers d’un partenariat. Les services sociaux municipaux comptant aussi des toxicomanes dans leurs publics. Face à ce phénomène d’ampleur régionale, il faut, insiste Mme Le Torrec, relancer « les groupes de travail du Plan Crack dans le nord-est parisien » qui avaient planché voici cinq ans sur la prise en charge des toxicomanes. « Sinon, on est, d’une ville à l’autre, dans la logique de la patate chaude. »

M.L.

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29, rue Auguste-Delaune

L’immeuble qui sert de QG aux dealers

C’est, au 29 de la rue Auguste-Delaune, un immeuble ancien de quatre étages, dont la longue façade décorée de moulures est parmi les plus belles du quartier. « C’est ce qui nous avait séduits, avec l’emplacement, et l’arrivée du tramway. On s’était dit que Saint-Denis allait devenir comme Clichy-la-Garenne ou Asnières. » C’était il y a dix-huit ans. Depuis, Pascal Viger a assisté à la dégradation du quartier, et pis encore de l’immeuble, dont sa SCI avait acquis 70% des lots. QG pour les dealers, repaire pour les toxicomanes qui viennent acheter et sitôt consommer, la copropriété, avec ses treize logements et cinq boutiques, est aujourd’hui l’emblème du pourrissement du quartier. Entre cour, hall et cage d’escalier, une même atmosphère de crasse et de désolation. Ouvert à tous vents sur la rue Delaune, le hall donne accès à une sortie dérobée rue Ernest-Renan, par une cour intérieure.

« Une année, j'ai fait refaire sept fois le digicode »

À l’entrée comme dans les étages, des câbles et des fils de téléphone ont été arrachés de leur cache, boîtier, coffret… De tout ce qui pouvait servir de planque. Les vieilles plaques des conduites de gaz n’ont pas échappé à cette monomanie et restent ouvertes, à la grande inquiétude des propriétaires et locataires qui ont tous en tête un précédent : l’incendie de la cage d’escalier, conséquence d’un règlement de comptes entre dealers. « Ils en avaient balancé un dans un container à poubelles auquel ils avaient mis le feu. Le gars a eu chaud. Mais il y a eu un mort, une femme qui s’était jetée du 3e étage, se souvient M. Viger. Ça remonte à cinq ans. On a dépensé pour 70 000 euros de travaux. » Il n’en reste guère qu’une peinture rose, taguée par endroits. À l’exception de la façade sur rue, ravalée voici une quinzaine d’années, rien ne subsiste des travaux énumérés par M. Viger. L’installation électrique des parties communes dont tout éclairage a disparu, la remise à neuf des caves dont l’escalier d’accès sert de décharge, ou la porte d’entrée sur rue, « explosée ». « Il y a eu une année où j’avais fait refaire sept fois le digicode !

À l'épicerie, les dealers avaient pris l'habitude de se servir en bière

Depuis avril, rapportent plusieurs témoins, la copropriété a été littéralement envahie. Y compris l’épicerie de la rue Renan, qui a dû s’équiper d’une cage de verre pour protéger la caisse et le réfrigérateur où les dealers avaient pris l’habitude de se servir en bière. « Ils étaient au moins une dizaine dans la cour. On ne pouvait pas dormir la nuit », raconte avec sa fille, la couturière, habitante de l’immeuble, qui tient l’autre boutique de la copropriété côté rue Renan. Depuis le déploiement du dispositif policier, « ça va mieux », constate-t-elle. Les habitants de l’immeuble ont à peu près le champ libre, du moins en journée. Les policiers sont plus prompts à intervenir. « Mais dès qu’ils sont partis, les autres reviennent. » Et plus fréquemment ces derniers jours, semble-t-il.

Même régulier, le nettoyage des parties communes n’a guère plus d’effet qu’avant. Plus discrète, l’occupation de la copropriété n’en est pas moins palpable. Certains y veillent, depuis la rue et depuis un studio squatté au 4e étage, et font en sorte de le rappeler aux visiteurs. Les dix copropriétaires ont beau avoir changé de syndic pour améliorer la situation, les caisses restent vides. « Il y a un problème de factures d’eau », déplore Pascal Viger, qui a pourtant repris espoir. Le vendredi 16 octobre, en effet, une réunion s’est tenue en mairie pour envisager les aides de la Ville, d’abord pour un contrôle d’accès de la copropriété. Encore faudra-t-il au préalable en déloger les intrus.

M.L.

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