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Relation police-population
/ Fracture ouverte

Meurtre de George Floyd. Affaire Cédric Chouviat. Scandale autour de la compagnie de sécurisation et d’intervention du 93, dissoute le 2 juillet. Des voix s’élèvent de plus en plus en France pour dénoncer « l’impunité des violences policières ». Remise en contexte et témoignages de deux policiers du territoire séquano-dionysien.
(c) Yann Mambert
(c) Yann Mambert

« Ils nous parlent comme à des chiens ». Dans ce rapport de 44 pages dévoilé jeudi 18 juin, Human Rights Watch épingle les « contrôles de police abusifs en France » sur des enfants mineurs (certains concernés sont âgés de dix ans). L’ONG de défense des droits humains a recueilli durant un an (avril 2019 à mai 2020) les témoignages d’une centaine de jeunes noirs et arabes de plusieurs villes de France. Le tableau qu’elle dresse sur les actions policières et notamment la pratique dite du « contrôle au faciès » ou « profilage ethnique » est glaçant.

HRW dénonce des « contrôles abusifs et racistes » ainsi que des fouilles et palpations corporelles «humiliantes » et « traumatisantes » pour les jeunes qui en sont victimes. Dans un climat de contestations contre des bavures policières et contre le racisme dans l’institution, ce rapport lève le voile sur les rapports tendus entre la police et ces jeunes ciblés par des contrôles d’identité. Pendant le confinement, des vidéos de confrontations violentes entre la police et des jeunes de quartiers populaires interpellés ont essaimé sur la Toile et ont fait réagir politiquement.

Le hashtag #MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice, a cristallisé inquiétudes et revendications. Lancé sur Twitter par Assa Traoré pour soutenir la chanteuse Camélia Jordana, critiquée suite à ces propos sur les violences policières (1), ce hashtag a mis le feu aux poudres. Jusqu’à la Place Beauvau. Sous ce hashtag devenu viral, des milliers d’internautes ont témoigné de leur expérience malencontreuse avec la police.

Violence, racisme, le fait d'une minorité 

Oscar et Fred (2) sont deux fonctionnaires de police qui exercent sur le territoire de la SeineSaint-Denis et qui y ont grandi. « Depuis le collège, je voulais devenir policier, parce que j’avais envie d’être utile à la société », relate Fred âgé d’une quarantaine d’années. Pour ce policier issu d’une grande famille et qui n’a pas « pas mal tourné pour autant », le métier de fonctionnaire de police est « passionnant mais dur et il restera dur ». Entré en école de police à 19 ans, Oscar a choisi ce métier car il avait « l’ambition de rendre le monde meilleur, d’aider les gens ».

Interrogés sur leur ressenti quant aux accusations de violences policières et de racisme dont fait l’objet l’institution pour laquelle ils travaillent, les deux hommes avancent qu’ils sont le fait d’une « minorité ». « S’il y a un corps de métier où les gens viennent de tous horizons, où les religions, les couleurs et les catégories sociales se mélangent, c’est bien la police, affirme Oscar. On se fait une image du policier, celle du gros blanc avec une moustache et un gros bide mais la police a bien changé », développe celui pour qui la défiance actuelle autour de la police apparaît « vexante ».

À lire aussi : Témoignages, contrôle au faciès, réalité ou fantasme ?

Sur la question du racisme de l’institution, Fred, qui se décrit comme un « grand enfant bercé par les dessins animés et toujours du côté des gentils » reste vague. « Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, la police est le reflet de la société », exprime-t-il après un petit silence. Des histoires de discriminations et de violences policières, il en a déjà entendu. Comme celle de ce fonctionnaire haut placé qui aurait lâché à propos d’un policier noir : « Ce n’est pas un nègre qui va me commander ».

Ou ces « histoires de petits jeunes qui se ramassent des grosses gifles pour rien » lors d’interpellations. Fred commente: « Un de mes collègues m’a rapporté cette histoire, il était choqué. Si des fonctionnaires de police font ça devant moi, je fais un rapport direct », avertit-il. Mais pour ce « républicain » qui dit que l’État lui a confié un travail et qu’il faut appliquer les règles de la République, « ceux qui parlent de violences policières n’imaginent pas comment c’est difficile d’exercer cette profession».

S’il se souvient avoir été contrôlé à plusieurs reprises, Oscar, qui est blanc avoue ne jamais s’être senti « martyrisé » par la police. Quant aux contrôles au faciès dénoncés dans un rapport de 2017 par le défenseur des droits Jacques Toubon (qui achève son mandat le 16 juillet) le policier insiste: « Ce n’est pas une histoire de couleur de peau » mais plutôt « une histoire d’horaires, de lieu, d’attitudes, de regroupements, de quartiers sensibles, de quartiers criminogènes ». De son côté, Fred tient à clarifier le fait que « la plupart des flics » qui ont des comportements abusifs « ne sont pas originaires du territoire » et pour certains d’entre eux, « c’est la première fois qu’ils mettent les pieds dans une cité ».

« Rien pour colmater cette fracture »

Selon une enquête nationale menée en 2019 sur la « qualité du lien entre la population et les forces de sécurité intérieure » – à la méthodologie débattue – et révélée le 7 juin par le ministère de l’Intérieur qui l’a également commandée, 85% des Français ont une image positive de la police. Malgré cela, Fred constate qu’il y a dans certains quartiers une « étiquette collée sur le dos des policiers. Les jeunes et certains éducateurs de quartiers se méfient de nous, ils ne disent pas bonjour. Or, il y a une certaine éducation à avoir », alerte le fonctionnaire qui pointe aussi du doigt le comportement de certains policiers.

Pour Oscar, l’un des « gros problèmes actuels » est « la fracture pas seulement entre la police et les jeunes mais entre la police et l’ensemble de la population. Rien n’est fait pour colmater cette fracture au contraire entretenue. ». Par qui? « Par nos politiques, répond le policier. On nous fait comprendre que la police n’est pas là pour être cool »

Yslande Bossé

(1) samedi 23 mai à la télévision, la chanteuse a dit : « Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic et j’en fais partie » 
(2) les prénoms ont été changés 

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