Portrait

Claire Doutriaux
/ Femme à objets

Portraitiste. Après La Couleur de nos origines dans le cadre d’une résidence au collège Fabien (septembre 2017- juin 2018), la journaliste d’Arte se lance dans une ambitieuse aventure : Moi, Dionysienne, moi Dionysien. Une galerie de portraits vidéo géante dans laquelle chacun se raconte à travers un objet. Projection programmée sur le parvis de la basilique tout l’été 2020.
Claire Doutriaux © Yann Mambert
Claire Doutriaux © Yann Mambert

Claire Doutriaux rôde. Préparez-vous à vous faire caster ! D’ici au mois de mars la créatrice du magazine d’Arte Karambolage (depuis 17 ans le dimanche soir sur l’antenne franco-allemande) ambitionne de faire passer près de 400 personnes devant sa caméra. Pour ce faire elle disposera bientôt d’un studio au 16 rue des Boucheries.

Un travail de fourmi qui s’inspire formellement des installations qu’elle a déjà pu réaliser dans le cadre de la Nuit blanche parisienne (Ce qui me manque, avec des citoyens européens expatriés et avec des travailleurs immigrés en Allemagne et en France). Sur un écran géant, 16 portraits se côtoient. Soudain, l’un d’entre eux s’anime et une personne se raconte 1’30 durant à travers un objet de son choix. Besoin d’un exemple peut-être ?

Antoine, le fils de Claire (chef opérateur et monteur de profession, il l’a assistée pour le film La Couleur de nos origines tourné avec des collégiens de Fabien), qui habite Saint-Denis depuis quatre ans, n’a pas eu d’autre choix que de se faire caster par maman. Et pour se raconter et raconter sa ville, le jeune homme a choisi… la boîte de kebab. Sa couleur immédiatement reconnaissable, le son de l’ouverture de sa coque en polystyrène expansé à nul autre pareil, etc. 
 

A la recherche de soutiens

Mais où veut en venir la sémillante sexagénaire avec ce medley dionysien ? « J’ai passé beaucoup de temps à Saint-Denis ces derniers mois, dans le cadre de ma résidence au collège Fabien notamment, et ce qui me frappe ce sont ces incroyables contrastes entre les salariés qui se déversent chaque jour à la Plaine, la population du centre-ville, ou encore les étudiants de Paris 8. L’idée, avec ce projet, est de rapprocher sur un même écran ces populations juxtaposées qui ont pour point commun un territoire mais ne se connaissent pas. Que l’on vive ou non à Saint-Denis, chacun doit pouvoir se reconnaître. » Après avoir déjà reçu le soutien d’Arte dans le cadre de son action hors les murs (Claire Doutriaux est détachée à temps plein sur le projet dionysien pendant plusieurs mois), de la Ville de Saint-Denis, de la préfète à l’Égalité des chances, d’entreprises, ou encore de la Direction régionale des affaires culturelles, Claire Doutriaux continue de chercher des soutiens car le projet à un coût. Et la journaliste ne manque pas d’arguments.

« C’est un événement citoyen qui doit permettre de regarder l’autre différemment. Ce qui m’ennuie le plus c’est l’indifférence. La vie est plus belle quand on s’intéresse à autrui. Une installation comme celle-là permet de poser un regard plus curieux et empathique sur son prochain et c’est déjà bien. On peut difficilement obtenir plus. Par ailleurs, j’aimerais que, passé l’été 2020, le projet continue de vivre dans la ville. Les films seront libres de droit. Ils pourraient ainsi être projetés avant des séances de cinéma à l’Écran ou dans des halls d’entreprise. »
 

Le langage de la société

Défricher des territoires audiovisuels inconnus, c’est finalement le fil conducteur de cette fille du Nord (née à Valenciennes) passée par l’Allemagne (une quinzaine d’années à Hambourg). Outre-Rhin, dans une autre vie, elle a monté et dirigé un réseau de salles d’art et d’essai. « Je faisais la programmation. J’adorais, mais ça m’occupait 365 jours par an. » Elle a lancé un festival de films documentaires à bas coûts et pris part aux débuts de l’épopée Arte, unique chaîne de télévision binationale au monde. Depuis vingt ans, elle expérimente des nouveaux formats au sein de l’atelier de recherche d’Arte France qu’elle anime avec son comparse Paul Ouazan. « Nous avons par exemple créé Brut dans les années 1990, un magazine hebdomadaire. On ne voulait pas filmer comme les autres, se souvient Claire Doutriaux. On diffusait des extraits non montés. On s’intéressait au langage de la société. »

L’époque a changé, mais la journaliste continue d’interroger à sa façon la société française. Pour son plaisir et celui des gens à qui elle tire le portrait. « Au collège Fabien, les élèves de 4e avec qui j’ai travaillé étaient fiers (1). » Une chose les a quand même déçus se souvient Claire Doutriaux. « Ils m’ont demandé mon salaire. Quand je leur ai donné le chiffre ils m’ont répondu : “Il faut que vous changiez de chaîne madame !” »

Yann Lalande

Vous souhaitez participer à Moi, Dionysienne, moi, Dionysien… contactez Claire Doutriaux au 0182003700, par mail moi.d@artefrance.fr ou en passant directement au 16 rue des Boucheries à compter du 1er octobre. (1) La Couleur des origines a été projeté au TGP en présence de l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira entre autres, ainsi qu’à l’Écran et sur Arte.

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