En ville

En avant première dans les coulisses de la Cité du cinéma à Saint-Denis

Avec « Malavita », Luc Besson occupe l’un des neuf plateaux jusqu’en octobre. Après les « Schtroumpfs2 » cet été, des contacts sont en cours pour la suite. Les studios tournent et la Cité est officiellement inaugurée le 21 septembre. La société EuropaCorp s’est installée début août. D’autres bureaux cherchent preneurs. Le centre de formation lancé par Luc Besson et l’École nationale supérieure Louis-Lumière sont rentrés.
Des centaines de mètres de vastes couloirs parcourent la zone technique des ateliers
Des centaines de mètres de vastes couloirs parcourent la zone technique des ateliers


Plateau numéro 5. Le plus grand des neuf studios de la Cité du cinéma. 2000 mètres carrés, 16 mètres de haut, plancher en béton lisse, au centre une fosse de 20 mètres sur 20, profonde de 3 mètres… Hugues Tissandier, le chef décorateur qui surgit au milieu d’un bric-à-brac, est très laconique. « S’il vous plaît, pas de photo, et je ne peux rien vous dire. Oui, vous voyez, c’est un décor que l’on monte. Voilà. Merci beaucoup. Au revoir. » Mais déjà c’est un petit événement.

Ce jeudi matin, bien avant l’installation des lumières, puis la venue des principaux acteurs – Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones – la lourde porte s’est entrouverte sur le film que tourne actuellement Luc Besson, Malavita, d’après l’œuvre de Tonino Benacquista, un thriller dans lequel, pour dire vite les choses, un mafioso de New York repenti s’installe avec sa famille dans un petit et paisible village normand.


Et voilà donc Luc Besson chez lui. Ou presque. Car c’est bien le réalisateur du Grand Bleuet de bien d’autres succès qui, voilà dix ans, s’est pris de passion pour l’ancienne centrale EDF des bords de Seine, au bout du quartier Pleyel de Saint-Denis. Il y a tourné quelques scènes de Nikita, mais aussi de Léon. Puis a imaginé une Cité du cinéma qu’il espérait bien voir sortir de terre en quelques années. Il en a fallu une dizaine.

90 événements déjà prévus dans la vaste nef

« Nous avons un gros atout pour concurrencer les sites qui existent dans la grande banlieue de Londres (Pinewood) et de Berlin (Babelsberg) ou encore des lieux plus à l’Est :notre grande proximité avec la capitale et son attractivité », affirme Pascal Becu, le responsable des studios cinéma du groupe Euro Media, lequel gère désormais les neuf studios, regroupés sous l’entité des Studios de Paris. Ce géant de la prestation audiovisuelle en Europe (France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, Suisse et Italie) vient de fermer ses studios ciné d’Arpajon, au profit de Saint-Denis « pour ne pas se retrouver en surcapacités ».


Désormais, La Cité du cinéma fait partie du générique. La nef de la vieille centrale a non seulement été restaurée – avec talent – mais aussi rallongée. Il est déjà prévu d’y organiser 90 événements de toute nature en 2013, notamment des défilés de mode, qui seront sans doute un vrai spectacle dans cette sorte de galerie des glaces de l’ère des cathédrales industrielles. Elle est bordée d’un côté par l’École nationale supérieure Louis-Lumière et par une salle de projection de 500 places, disposant des équipements les plus performants.


Un peu plus loin, sous des hauteurs de plafond vertigineuses, le restaurant, au bord du fleuve, pourra servir jusqu’à 1000 repas par jour. De l’autre côté, « la tour » de la société Besson EuropaCorp est mitoyenne d’autres locaux de bureaux, pour l’heure encore sans occupants déclarés. Sans oublier l’école que le cinéaste a lancée (lire ci-sessous).

Des loges quatre étoiles pour les stars

Désormais, cette Cité est un territoire de partage. Et cela est vrai depuis qu’il a fallu trouver les 160 millions d’euros nécessaires. Les collectivités locales n’ont pas déboursé un centime. L’essentiel provient de fonds privés (Vinci, Euro Media Group et Quint communication) et de fonds plutôt publics, puisque la Caisse des dépôts a déposé 40 millions dans la corbeille, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, et avec son soutien. De son côté, EuropaCorp s’est engagé à garantir le versement des loyers des occupants et à utiliser une bonne part des studios.


Sans doute qu’après Adèle Blanc-Secet The Lady, ses deux derniers longs métrages qui n’ont pas réellement fait un carton, Luc Besson espère-t-il avec Malavita sortir la tête de son sweat à capuche. Avec le sourire. Et avec lui sa boîte de prod, bien évidemment.

Pour l’heure, il tourne. Après les extérieurs, voici venu le temps des studios. Et celui de tester en vrai le rêve devenu réalité. « Ici, tout est plus moderne qu’ailleurs », sourit encore Pascal Becu, qui explique : « Nous innovons par exemple avec des armoires électriques mobiles.


Cela ne semble rien, mais des câbles électriques sur un lieu de tournage, c’est un vrai cauchemar. » « Bien sûr, nous avons eu recours à des architectes, mais des professionnels du cinéma ont participé à l’élaboration des plans, et c’est fondamental dans nos métiers », ajoute Lucie Wibault, responsable de la communication chez Euro Media.

Maquettes, peinture, menuiserie, post production…

Aux Studios de Paris « rien n’est jamais loin », glisse encore Pascal Becu qui, tel le guide en chef d’un Grands Palais méconnu, invite à le suivre, ouvre des portes les unes après les autres. Des dizaines de salariés du territoire et d’habitants (un groupe de Pleyel a eu les honneurs de la première de ces visites le 4 juillet).


Mais on en est désormais aux derniers coups de peinture. Avant la cérémonie officielle d’inauguration le 21 septembre. Mais en mode mineur. Car, dit-on encore du côté d’Euro Media, « en ces temps de crise, personne n’aurait compris ni admis que l’on dépense beaucoup d’agent dans une grande fête ».


Ici c’est l’espace dédié à la post production, et vite nous voilà guidés à la menuiserie, un hall de 1500 mètres carrés. Puis à l’atelier des maquettes, à la peinture, partout où se construisent à quelques dizaines de mètres les décors. Ici, on installe une batterie de machines à laver, là une porte entrouverte laisse voir de beaux costumes. Seule certitude, pas de bleu à l’horizon, ce n’est donc pas un abandon du tournage des Schtroumpfs 2 en juillet dernier.


À l’étage, salles de maquillage, loges ordinaires et au-dessus loges pour les stars. Comme des suites en modèles réduits d’hôtels quatre étoiles. Et des couloirs, encore des couloirs. Se repérer aux couleurs. Rouge, bleu… Un peu partout des ascenseurs, des sas qui rendent tout proches les plateaux et la nef… On est bien au cinéma.

Gérald Rossi


En chiffres

9500

Ces mètres carrés se décomposent en 9 plateaux de tournage de 600 à 2000 m2 chacun, cinq d’entre eux comportant des fosses de 3 m pour créer un univers aquatique ou gagner de la hauteur dans un décor.


160

C’est en millions d’euros le coût total de l’opération. Les collectivités publiques n’y ont pas contribué sauf la Caisse des dépôts pour 40 millions. Le reste étant partagé entre Vinci, Euro Media Group et Quinta communication. EuropaCorp (Besson) étant très minoritaire.


Projecteur sur les écoles

Lumière et Besson

« Nous avons enfin le sentiment d’être là où il faut que nous soyons. La Cité du cinéma propose aux professionnels de fabriquer sur place un film presque de A à Z et nous, c’est ce que l’on apprend à nos étudiants. » Directeur de la communication de l’École nationale Louis-Lumière, Mehdi Ait-Kacimi vit une rentrée pas comme les autres.


Pendant les vacances, l’établissement (qui dépend du ministère de l’Éducation nationale), a quitté Noisy-le-Grand où il s’était installé en 1989. Pour prendre place dans 8000 mètres carrés, dans un bâtiment initialement destiné à des bureaux, « mais que nous avons pu aménager avec les architectes ».


Au final, les 150 étudiants, qui viennent tout juste de rentrer, disposent de salles de cours, de studios de montage et d’enregistrements sonores, de deux plateaux de tournage, de laboratoires… Et tout s’est bien passé, chacun a vite pris ses marques, en dépit d’un gros cambriolage qui a fait disparaître le parc de caméras en plein été.


« Heureusement, la profession a été solidaire et on nous a prêté tout le matériel nécessaire pour pouvoir commencer normalement l’année », se réjouit M. Ait-Kacimi. Dans l’urgence, toutes les serrures ont été changées, des mesures de sécurité renforcées, « ce qui complique un peu la vie au quotidien ».

Un recrutement national

L’école (née en 1924 à Paris avec Louis Lumière et Léon Gaumont pour former des techniciens) recrute nationalement sur concours à bac +2, et délivre un diplôme de sortie équivalent d’un master (bac +5). Que ce soit dans les métiers du cinéma, de la photo ou du son. Une centaine d’intervenants assure les cours, dont de nombreux « anciens » de la profession. Et pour la rentrée prochaine, l’école veut mettre sur pied « des classes tremplin » qui en six mois et à raison de quatre heures par samedi aideront les jeunes du territoire à la préparation du concours d’entrée (1).


À quelques pas de là, un autre pôle de formation ouvre ses portes en ce début d’automne. Lancée par Luc Besson pour les 17-25 ans, sans condition de diplôme, mais avec un concours d’entrée, cette école (2) va orienter ses formations sur deux axes : auteur-scénariste ou réalisateur. Avec un enseignement pratique sur deux années. Les deux écoles entendent chacune de leur côté former aux métiers du cinéma, mais aussi de la télévision, des intermittents aguerris aux dernières techniques et inventifs : car ces métiers se font aussi de multiples petits bricolages.

G.R.


(1) Tous les détails et les dossiers d’inscription seront disponibles dans quelques semaines sur le site Internet: http://www.ens-louis-lumiere.fr

(2) http://www.ecoledelacite.com/

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